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Attentats : journaliste ou citoyen

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Il faut mettre fin à l’Etat d’urgence

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Culture 2017

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Opinion, Politique
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Société
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Chez Les Éclaireurs nous pensons qu’un autre journalisme est possible

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Il n’y a jamais eu autant d’informations et nous avons pourtant toujours autant de mal à être convenablement informés.Nous aimons Internet et nous sommes persuadés que l’innovation journalistique peut exister sur le web. Lire plus
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Nuit Debout : utopie d’un moment ou point de départ ?Sélection

Un jour un ami m’a dit : « Tu verras, le peuple en aura marre, il se rassemblera et ça ne tardera pas ». J’étais dubitatif, persuadé que l’idée était bonne mais irréalisable. C’est là que j’ai commencé à entendre parler de la « Nuit Debout ».

Le 31 mars, les manifestants contre la loi Travail se sont rassemblés Place de la République à Paris. Cette-fois ci, il n’y avait pas de cris, pas de pétards, pas de débordements. Les manifestants sont restés, ensemble, pour se réapproprier l’espace public. L’objectif a évolué : il ne s’agit plus uniquement de contester la loi Travail mais de pointer toutes les incohérences de la société. Peu à peu, le mouvement a gagné d’autres villes de France : Toulouse, Nantes, Strasbourg… Lycéens, étudiants, salariés, monde associatif et toutes catégories socio-professionnelles se sont rassemblés et ont occupé les places du pays. Tous ont l’envie de redonner de l’importance à la parole publique trop souvent monopolisée. Cela ressemble beaucoup aux écrits grecs que l’on a étudiés à l’université. Cette fois-ci ce ne sont pas que des mots… mais des actes !

Ça c’est ce que tout le monde connaît de la Nuit Debout, du moins dans son ensemble. De là, chacun a sa propre interprétation et son idée du mouvement. Je me suis demandé si Nuit Debout allait s’inscrire dans la durée. J’ai décidé d’aller prendre la mesure de l’événement et de ne me fier qu’à mon ressenti. Mes pas m’ont guidé tout naturellement sur la Place de la République à Lille, non pas pour faire un reportage, mais pour y « être ». J’y suis allé une fois. Puis une deuxième, une troisième fois… Un jour, j’ai arrêté de compter. C’était une pulsion chaque soir qui m’emmenait sur la Place.

 Autour de moi, ils s’appellent Jean, Frédéric, Emma, Charlotte, Sylvie, Thomas, Jacques, Rose, Paule… peu importe leur nom puisqu’au final, nous sommes tous des « Camille ».

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Qu’est-ce que cela signifie « s’appeler tous Camille » ?

Je ne connaissais personne au départ, puis j’ai vite compris que nous étions tous des « Camille ».* Les revendications sont différentes, mais un élément rassemble tout le monde : ce mouvement ne doit appartenir qu’au peuple et ne doit pas être politisé. Je conçois qu’il est facile de tenir ces propos. En faisant l’expérience de la Nuit Debout, j’ai adhéré à cette philosophie. Étant jeune journaliste, insatisfait de la politique et du système actuels, je suis aussi un Camille.

Mais il est possible aussi de parler en son nom propre. Ainsi, Maud se retrouve chaque soir sur cette place car elle est persuadée que « plus on rate, plus on réussit ». Quant à Pierre, il veut remettre « l‘humain au centre des préoccupations » et trouve cette initiative « belle ». Angel est heureux que « les gens se sourient et se regardent à nouveau ». Enfin, Mathilde souhaite se réapproprier « l’espace public pour revendiquer un meilleur accès au logement ». Le mouvement n’a pas encore d’idée concrète, mais la démocratie participative prend du temps.

Après l’euphorie des premiers soirs, ces sourires, ces regards expriment quelque chose de singulier et de déterminé. Les inconnus, rencontrés la veille, deviennent un espoir du lendemain. Tous sont convaincus : « Si le mouvement s’essouffle, au moins nous aurons eu la chance de voir des gens échanger, débattre, s’exprimer avec des gestes et respecter un temps de parole ». Oui, les gestes sont la clef de la discussion. Les « deboutistes » en ont appris plusieurs pour se faire comprendre au milieu de centaines de personnes : d’accord, pas d’accord, plus fort, je m’oppose, on se répète… A Lille, les « deboutistes » ont inventé le tac au tac pour répondre à quelqu’un en 30 secondes, pour ne pas perturber le débat en cours. Pas de brouhaha inutile, tout est cadré et bien structuré.

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Concrètement, que se passe-t-il à la Nuit Debout ?

A Lille, comme partout en France, des commissions se sont créées suite aux premières assemblées : « constitution », « fonctionnement », « logistique », « communication » et « environnement – mode de vie ». Petit à petit, le mouvement se met en place. Les référents changent chaque jour afin de ne pas monopoliser les actions et la parole. Chaque soir, les commissions débattent dès 18h30 pour présenter un compte-rendu à l’Assemblée Générale à 20h. Si les personnes ne sont pas présentes, un compte-rendu est disponible sur Internet. Les choses avancent à leur rythme et les « deboutistes » ne veulent pas brusquer les choses. La Place de la République a changé au fur et à mesure. Désormais, un pôle d’accueil est là pour informer les nouveaux arrivants. A cela s’ajoute le coin nourriture qui offre de la soupe, du pain et des fruits. L’odeur des légumes envahit le stand et réchauffe le cœur de toute personne s’arrêtant Place de la République pour manger un morceau. Sans oublier les ballots de paille où les guitaristes installés au coin du feu encouragent le mouvement et offrent un moment de partage. Enroulés dans leurs couvertures, la pluie et l’orage peuvent s’inviter à la fête, les « deboutistes » ne partiront pas et écouteront les sonorités de la guitare après plusieurs heures de débat et de discussion. Quelques actions ont vu le jour : des lectures publiques sont organisées quotidiennement ;  les vidéos sont traduites en anglais et pour les sourds-muets ;  ou encore le « massacre du printemps », action qui consiste à aller à la rencontre des industriels en criant « de l’argent il y en a, dans les rues du Panama ».   Si le calendrier s’est arrêté en mars pour ceux qui revendiquent le mouvement, les choses avancent. A l’heure où j’écris cet article, nous sommes le 17 avril. Quelle sera l’avenir de la Nuit Debout dans les jours à venir ? La base d’un rêve collectif ? Un mouvement qui tend à s’essouffler ? Avant de juger, faites l’expérience ! Vous ne serez pas déçus !

* « Camille«  est le pseudonyme utilisé par tous ceux qui s’expriment lors des assemblées de la Nuit Debout, ce mouvement n’ayant pas d’incarnation physique ou morale, et personne ne pouvant prétendre représenter les autres. – NdlC 

Politique, Reportage

A la recherche des djihadistes perdus de Molenbeek, j’ai trouvé l’ennuiSélection

On va se calmer tout de suite à propos de Molenbeek. La frontalière de Bruxelles n’est ni un ghetto ni un nid à djihadistes. Pas plus Arabe que Belge, pas plus communautaire que Knokke, ici les différences ne pèsent pas, elles se mesurent. Alors que les passions se déchainent depuis les attentats de Paris autour de cette ville aux 96 000 âmes, c’est le moment de remettre les choses au clair : on se fait chier à Molenbeek, et tout le reste n’est que littérature.

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Je me balade dans le cœur feutré de l’Europe, ou plutôt dans une petite veine qui le pénètre. Une petite veine soi-disant nerveuse qu’on appelle Molenbeek-Saint-Jean. Tandis que j’avance, les nuages se dissipent dans le ciel comme une trainée de feuilles balayées par le vent. Son souffle est doux, c’est le début du printemps. Le soleil éclabousse d’un or éphémère les vitrines des boucheries hallal, des libraires coraniques et des boutiques de vêtements traditionnels, et je me fais chier. Oui, je m’ennuie, je m’emmerde, je tourne en rond.

Depuis qu’une mauvaise blague a frappé Bruxelles, et Paris un peu plus tôt, il paraît que c’est ici que converge la crème du terrorisme international. Une sorte de centre d’entraînement pour intégristes musulmans en colère, le Clairefontaine des djihadistes. Alors j’interroge les habitants pour démêler le vrai du faux, je les emmerde à mon tour pour savoir ce qu’ils en pensent. Et finalement ce sont eux qui me posent des questions.

« Vous avez fait toute cette route rien que pour venir à Molenbeek ? »

Je n’ai conduit qu’une heure depuis Lille mais Abdel, hagard, peine à comprendre ce qui me motive à me balader dans son quartier avec mon Reflex, que les angoissés du moment confondent avec un flingue, le temps d’une fraction de seconde. Nous sommes assis dans une pizzeria, place de la Duchesse de Brabant. Son regard navigue entre méfiance et amusement pendant qu’il m’explique qu’il a toujours vécu ici. Par toujours, il veut dire trente ans. C’est déjà pas mal. « Ici il ne se passe rien de spécial, et rien n’a changé depuis ce que vous savez ».

Mohamed, le patron, vit ici depuis 37 ans et il en a marre que les gens pensent qu’il n’y a que des Maghrébins à Molenbeek-Saint-Jean. Il y a, parait-il, toute une grappe de visages : « Des Brésiliens du côté de la voie ferrée, des Algériens le long du canal, des Turcs aussi, qui tiennent la plupart des garages, et puis il y a les Africains, les Nigériens, les Sénégalais, les Mauritaniens… Des Roumains, des Polonais aussi ». Il en oublie entre deux commandes. « Et il y a encore des Belges aux yeux bleus, en majorité ».

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A quelques pas de là, des enfants jouent au foot dans une cage en métal du parc Pierron. Ils jouent en compagnie d’un grand chien Malinois dressé au poil et doux comme une plume. C’est un pur race que sa maîtresse a nommé Mazal. Elle m’explique que ça signifie « bonne fortune » en hébreu, tandis qu’elle lui ouvre doucement la gueule pour me montrer la tache noire incrustée sur son palais, prouvant que ce n’est pas un bâtard. Amusé, je lui réponds qu’on est tous un peu issu d’une race bâtarde. Elle est d’accord, ça lui donne envie de me parler de ses voyages. Elle dit qu’elle a vécu à Jérusalem et Rio de Janeiro avant de débarquer à Molenbeek. Je m’efforce de la croire. On se dit au

revoir et elle me souhaite tout le bonheur de monde. Du bonheur, il y en a dans ce parc aux fondations modestes. Ici les visages cassés ne font pas la gueule. Ils vous saluent quand vous les saluez et se laissent photographier à condition de ne pas rester dix plombes. Rien d’incroyable, rien d’inattendu. Juste un parc où les gosses jouent pendant que leurs pères, leurs mères ou n’importe qui d’autre passe un moment au soleil.

En continuant vers la place communale, j’aborde Selim le poissonnier de la rue du Comte de Flandre qui fume sa clope contre un muret, même si c’est haram. « Comment c’est ici depuis les attentats ? Je trouve que les gens ont du stress dans leurs cœurs. » Et puis il devient moins poétique : « C’est la faute des familles tout ça. Moi quand je faisais une bêtise, mon père sortait sa ceinture et ça me calmait. Aujourd’hui si tu lèves à peine la main sur ton enfant, on t’envoie au tribunal. Aujourd’hui les gamins ils veulent tout, et ils sont prêts à tout pour l’avoir. Ils manquent de valeur et ça les corrompt, il n’y a pas que l’argent dans la vie. C’est cette avidité qui les a transformés, il fallait que leurs familles les recadrent ».

C’est la faute des parents. Ce discours, j’aurais pu l’entendre dans un petit village reculé, mais on va encore me dire qu’il y a un basculement communautaire et identitaire dans les quartiers populaires. Selim a à peine trente ans et il pense comme un de mes oncles du Périgord. Tous les réacs ne mangent pas forcément de porc.

Avant de me perdre définitivement dans ce grand bourgmestre, je me réchauffe un petit moment devant la mosquée du parvis Saint Jean-Baptiste. Pas de quiétistes et pas de barbus ici, ni même de djihadistes/intégristes/terroristes, mais des jeunes Pakistanais en train de jouer au cricket. C’est exotique. En revanche, pour le volet islamiste, on repassera. Ces jeunes se font engueuler par les anciens qui sirotent leurs cafés aux abords de la place, car leur balle ricoche parfois contre les voitures stationnées. Des jeunes qui jouent au cricket en pleine rue, c’est assez drôle à regarder. J’avais presque oublié que je séjournais dans le royaume de l’humour.

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Je finis ma journée en me faisant passer un coup de tondeuse à 5 euros chez un coiffeur qui ne paie pas de mine, dans une rue dont j’ai oublié le nom. A l’intérieur, Abdel Kader m’invite à m’asseoir. C’est un grand bonhomme massif qui commence fort ses phrases et les termine doucement, comme un air de piano. Le virtuose ne comprend toujours pas les derniers attentats. « Ces jeunes ils se font exploser -son accent bruxellois insiste sur le O de exploser- et ils pensent qu’ils vont aller au paradis pour ça. Mais quel paradis va vouloir d’eux, hein ? » Il rapproche son visage du mien, pour bien entendre ce que je vais lui répondre. Mais je ne réponds pas grand-chose. Personne ne sait vraiment quoi répondre en réalité, on a tous du mal à comprendre un attentat, peu importe les prétextes invoqués. « C’est la pauvreté qui nourrit la bêtise mon frère, ça fait du mal ».

Voilà tout ce que j’ai retenu de Molenbeek. A la recherche de l’exubérance, celle-là même qui colore l’existence, j’ai finalement trouvé le banal, qui l’engourdit. Mais j’ai aussi trouvé l’honnêteté, le sourire gratuit et le rire facile. Je me suis senti chez moi car Molenbeek est en Belgique. Et les Belges sont comme les Français, mais en mieux. La preuve en statue, devant le bâtiment de la Communauté française, qui nous rappelle que malgré les larmes et malgré les tragédies, on n’oubliera jamais de rire. Mais je n’en dis pas plus, maintenant c’est à vous de la découvrir.

Édito

N’est croyant que celui qui aime l’autre, nous n’avons pas peur.Sélection

Il n’y a que deux sentiments réels dans ce monde ; l’amour et la peur. Je ne sais pas vous, mais entre les deux, mon choix est fait.

L’Amour, qui mérite une majuscule, ce parfum de vie qui s’évapore lorsque les armes nous ôtent le monopole des cœurs, est malmené depuis notre dernier numéro. Hier nous écrivions après les attentats de Paris, aujourd’hui c’est Bruxelles qui s’est abimée.

Que faire alors, comment réagir ? Sortir la tête de l’eau ou se noyer dans le fantasme, qui deviendra lentement son propre cercueil ? Là encore, mon choix est fait. Notre choix. Pour ce troisième numéro, l’équipe des Eclaireurs se tient debout pour promouvoir l’effort de paix. Peu importe l’obscur regard de la haine, il ne noircira pas notre lumière.

Notre vecteur est l’information car sa justesse apaise, et la justice la suit de près. Informer sans céder aux on dit, aux mal dits et aux raccourcis. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire à travers plusieurs sujets ce mois-ci ; une balade à Molenbeek-Saint-Jean, la soi-disant Mecque des jihadistes à deux pas de Bruxelles. Une Nuit debout à Lille, puis deux, puis trois, et plus encore. Des réflexions sur la démocratie en Europe, le combat du terrorisme, sur la violence dans la culture et les jeux vidéo. Mais aussi sur le sport, et la révolution Stephen Curry qui fait vibrer le basketball Outre-Atlantique, car on a tous besoin de rêver quand on se rappelle que le temps est court et qu’il court vite, comme ces demi-dieux d’athlètes.

Voici quelques pensées pour rester éveillés tout en ayant la tête dans les nuages, plutôt que dans la brume. Des idées pour se libérer et des mots pour s’exprimer. Une manière de dire que nous croyons en ce monde car ce monde ne se fera pas sans nous.

N’est croyant que celui qui aime l’autre, nous n’avons pas peur.

Politique

La guerre n’est pas une fatalité, la paix est un devoir.Sélection

« Nous sommes en guerre ». Entendre ce refrain qui, une énième fois, place la France dans un conflit armé total et global, sans entrave aucune, devrait tous nous obliger à réagir. Laisser s’installer ce discours, c’est habituer nos consciences à la cruauté. Les passions guerrières ne sont jamais spontanées, mais toujours suscitées et entretenues par des défaites plus essentielles, des défaites intellectuelles.

TRIBUNE

Nous ne sommes pas en guerre. Une guerre implique un ennemi, clair et défini. Le terrorisme n’en n’est pas un. Il est déstructuré, invisible, nomade. L’armée française livre bataille à quelques commandos terroristes, mais certainement pas à leur idéologie universelle. On n’éradique pas le terrorisme, l’issue nous serait même fatale. Quand on entre en guerre, il faut un vaincu à l’issue et, vaincus, nous risquerions de le devenir en nous mêlant au gouffre syrien. Une fois les troupes au sol à Raqqa, quelle sera l’issue ? Sûrement pas un armistice. Soit nous resterons et ce sera le chaos, soit nous partirons et ce sera une défaite, une guerre de prolongations. Quid de l’Irak, quid de l’Afghanistan.

Daech a un territoire, une organisation et un mode opératoire, certes. Mais Daech n’est pas un Etat, Daech n’a pas de véritable armée, et encore moins l’envie de négocier avec ses opposants. Or la guerre n’est rien d’autre qu’une étape de négociation qui a pour but ultime de régler un conflit entre deux Etats, de gagner une issue politique. Pis, en parlant de guerre impunément, on donne la dignité de soldats à des délinquants, on élève leur statut. Il y a en effet une disproportion entre l’effet psychologique des attentats de masse et les dégâts réels qu’ils provoquent. En décrétant la mobilisation nationale contre Daech, nous faisons leur jeu car nous amplifions leur influence dans les esprits.

La paix n’est pas une utopie

La violence a éclaté chez nous. Ce qui se passe au quotidien au Proche Orient est arrivé à Paris. Mais il est inadmissible pour autant de tolérer le retour de la rhétorique guerrière, cette voie sotte et idiote qui ensanglante les patries. Plus la guerre recule dans les faits et plus elle avance dans les discours. Sa légitimation, une fois libérée, n’épargnera aucune cible. Qui sera l’ennemi demain, dans cette guerre sans fin, si ce n’est le musulman de France et, plus tard, la démocratie ? Il faut redonner aux citoyens le sens de l’Histoire et de l’engagement, plutôt que celui de l’appel au combat.

La paix n’est pas une utopie. Elle est un but inévitable, comme l’écrivait Victor Hugo. Elle est même un devoir de fidélité. A notre histoire, à notre mémoire, à notre héritage. Aurions-nous oublié le meilleur de nous-mêmes ? Refuser la guerre, c’est sauver l’honneur de la France. Pour vaincre la terreur, il faut des mesures de défense, de répression, mais qui ne requièrent pas l’utilisation de l’armée. Cette mission revient à la police et aux renseignements, seules entités capables de prévenir de nouvelles attaques, sans céder à l’usage outrancier de notre force.

La guerre n’est pas une fatalité et la paix est un devoir. Apprenons à lui faire honneur, à nouveau, pour que les larmes cessent et que les armes cèdent à la toge*.

(*Cedant arma togae, Cicéron)

Politique

Penser les attentats de Paris autrement que par le prisme religieuxSélection

Tribune

Comme beaucoup de parisiens et de français, je n’ai pas dormi le soir du 13 novembre2015. Des cris, des sirènes, des hélicoptères, on appelle fébrilement ceux qu’on aime, on pleure, on hurle, on souffre. Mais mes amis et moi, le lendemaincontrairement aux 130 victimes, nous avons eu cette chance d’être vivants et de pouvoir marcher à nouveau dans Paris. Paris sous les larmes. Paris, ville lumière qui s’est consumée, une balafre inscrite par la haine, la violence et le fanatisme. Paris, qui comme Tunis, Beyrouth, San Bernardino, ou le Caire doit enterrer ses morts et tenter de penser l’avenir après l’horreur. Sans oublier les villes syriennes ou irakiennes, pour qui l’Etat islamique se conjugue au quotidien et dans une intolérable permanence. Après un attentat, la douleur est puissante, et puis très vite c’est l’incompréhension. Les visages des terroristes surgissent dans nos journaux et se mêlent aux témoignages des rescapés. Nos vies s’engouffrent dans ces lectures, et on en ressort sonnés. Une seule question : Pourquoi ? Ou plutôt, pour quoi ? Tenter d’expliquer l’inexplicable, voilà qui donne le vertige. Mais pourtant il le faut, il faut chercher, fouiller, sonder, retourner : sinon d’autres le feront à notre place, abrégeront la multitude, feindront d’avoir trouvé un dénouement convenable, et là seulement nous pourrons dire que nous avons réellement tout perdu.

C’est avec l’esprit indocile qu’on écoute les débats qui agitent sa propre société au lendemain d’un attentat. Un exercice essentiel de reconstruction collective et de compréhension. Le chemin sera long et grave, il s’ajoutera pour la France à celui emprunté depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher en janvier. Très vite, c’est la question religieuse qui a occupé une place privilégiée dans les échanges ainsi que dans l’espace politiqueLa France connait un phénomène sans précédent : la radicalisation de jeunes qui adhèrent à une vision corrompue de l’islam, fondée sur une doctrine antisociale, ultra-violente et destructriceLire les témoignages des parents et des proches de ces terroristes est édifiant à beaucoup d’égards : tandis que certains étaient très religieux depuis plusieurs années, d’autres se sont tournés vers la religion quelques semaines avant de partir pour la Syrie, ou bien se sont radicalisés en prison après avoir commis des délits mineurs. La plupart sont très jeunes et se trouvent être à un âge auquel tout est possible, un âge auquel la dernière idée que l’on puisse avoir est probablement de se faire exploser au milieu d’un stade ou d’une salle de concert. Pour beaucoup, ils sont nés et ont grandi dans le même pays que nous, ont fréquenté les mêmes écoles et les mêmes rues. Pourtant, ils se retrouvent à égorger des innocents dans le nord de la Syrie, ou à abattre un groupe d’amis qui prend un verre à la terrasse d’un café du XIe arrondissement. Leur itinéraire fait froid dans le dos, il est souvent teinté de mauvais choix, de misère affective et sociale, de mal-être et de mauvaises rencontres. Beaucoup plus que religieux, il faut analyser ces situations comme étant des phénomènes sectaires d’endoctrinement et d’accaparement des consciences. La religion sembleici secondaire, elle sert de cautionnement et de couverture pour un besoin de déchainement haineux et ultra-violentLe Captagon, la « drogue des terroristes », produit d’ailleurs des effets euphorisants et deshumanisants. Il est utilisé en Syrie par les djihadistes et des seringues ont été retrouvées dans les appartements de certains des terroristes du 13 novembre, dont Salah Abdeslam.

Le terrorisme islamiste représente un danger grave pour nos sociétés et nos libertés, mais il doit être combattu pour ce qu’il est : autrement dit, comme une doctrine totalisante et violente, et non pas comme un courant religieux. Les accusations dressées contre la communauté musulmane française sont honteuses et erronées.  Plus que jamais, l’école –et à travers elle la société– se trouve investie d’une mission fondamentale d’émancipation des consciences. A court terme, déradicaliser doit passer par un travail de déconstruction des discours extrémistes violents.Il est urgent de détacher le terrorisme de la question religieuse, d’une part pour éviter d’en subir les conséquences dramatiques dans nos urnes, et d’autre part pour que ces jeunes cessent de chercher un salut religieux dans la haine et la négation brutale de l’autre. A long terme et à l’échelle globale de la société, il s’agit d’orienter le débat et les solutions vers des considérations sociales et politiques : s’interroger sur les discriminations, l’accès à la culture, ainsi que la répartition des richesses, du pouvoir et de la prise de parole au sein de l’espace public. Il est par ailleurs intéressant de noter que ces questions se jouent alors que dix ans nous séparent des émeutes de décembre 2005 dans les banlieues.

Je ne vois pas de question religieuse ou raciale. Je ne vois que des humains, et d’autres qui ont choisi de ne plus l’être.

Politique

De la crise des réfugiés aux «valeurs européennes»Sélection

Depuis la crise des réfugiés, on entend souvent parler de « valeurs européennes ». Mais personne ne se pose la question pourtant évidente: qu’est-ce qu’une valeur européenne?

S’agit-il d’un principe d’action partagé par tous les états membres ? Une notion immuable voulant définir une éthique européenne en construction ? De facto, les « valeurs européennes » ont été inscrites noires sur blanc dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne en 2000. Mais l’ambiguïté demeure. Que comprendre dans « l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité » ? Le Traité de Lisbonne en 2007 ne nous aide guère plus. Ce dernier garantit, sans jamais définir, le respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme (y compris des minorités)… Les valeurs communes aux Etats-membres seraient « la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité, l’égalité entre les femmes et les hommes ». Problème : aucun pays européen ne respecte ces valeurs européennes dans leur totalité, leur complexité et leur multiplicité. Ces traités semblent donc à la fois apragmatiques et utopiques ; incapables de répondre à la question : « qu’est-ce qu’une valeur européenne, concrètement ? »

Le problème est donc sémantique. Le livre de Frank Baasner, directeur du DFI (institut franco-allemand), est une référence à ce sujet. Dans Europe, l’avenir d’une idée, il montre notamment en quoi l’Europe est animée par un « système de valeurs dynamique » et non statique. Pour le dire autrement, l’Europe est en construction identitaire et son histoire, si elle influence ses valeurs, ne les fixe pas. Parler des valeurs communes de l’Europe sans référence aucune, ce n’est pas définir ce qu’est l’Europe, mais construire arbitrairement par le langage ce qu’elle devrait être.

L’Allemagne prétend ainsi réifier les valeurs européennes via sa politique d’accueil des réfugiés. Et pourtant, ces valeurs ne semblent pas vraiment partagées par des pays membres comme la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie ou la Hongrie. Tous se sont hissés contre la politique des quotas de réfugiés proposés par la Commission européenne.

Dans le discours Allemand, définir l’Europe par des valeurs faussement absolues permet de légitimer l’ouverture des frontières aux réfugiés, et a contrario de rendre illégitime toute politique de fermeture des frontières. Les réactions des Etats membres non favorables à l’accueil des réfugiés illustrent simplement, faute de consensus clair et défini, les différentes résonnances que les « valeurs européennes » peuvent avoir dans l’esprit des représentants. Cela a créé une mésentente fratricide entre les acteurs politiques européens. La politique hongroise, qui assure défendre les « valeurs chrétiennes » de l’histoire européenne, s’oppose ainsi en tous points au gouvernement Allemand qui affirme défendre de son côté des « valeurs européennes ». Quelle est la différence ? Cela explique-t-il le refus des réfugiés d’un côté, et l’accueil massif de l’autre ? Ou avons-nous bel et bien à faire à une appropriation autoritaire d’un terme indéfini pour justifier des prises de décision politiques?

Le contexte actuel de la crise des réfugiés donne tout son sens à la question des « valeurs européennes » car elles doivent se manifester explicitement. Il n’est plus question de termes flous comme « respect de la dignité humaine ». La divergence des interprétations fait d’ailleurs que la politique appliquée est très différente d’un pays à l’autre. Et il faut pourtant trouver un accord commun, un palimpseste des valeurs européennes ! Cet accord commun définira l’Europe bien plus que le traité de Lisbonne ne définit les valeurs européennes. Mieux : il explicitera le traité de Lisbonne.

En résumé l’Europe se construit sous nos yeux mais ne s’actualise pas. L’existence de l’union ne saurait devancer son essence, dirait Sartre. Les décisions d’aujourd’hui construisent l’Europe de demain. Il n’y a pas de modèle à suivre, mais une Union à construire, à renforcer, à définir.

En parallèle de la structure institutionnelle de l’Union européenne se construit aussi une citoyenneté européenne. Jamais les citoyens européens ne se sont senti aussi européens que durant cette crise des réfugiés. Pour la première fois, l’Europe des 28 doit trouver un accord commun qui ne concerne pas seulement le domaine économique, mais aussi politique, social et éthique. Tout le monde ou presque se sent impliqué dans cette politique générale : de la Lettonie qui diffuse des spots télévisés éducatifs sur la nécessité d’accueillir des réfugiés, à Strasbourg en France qui a mis en place un numéro vert pour que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice… Les actions citoyennes suivant la ligne de conduite européenne sont possibles et encouragées par les médias des différents pays membres. On se sent d’autant plus citoyen européen lorsque nos actions sont en accord avec la politique commune. La crise des réfugiés nous rendrait-elle alors individuellement plus européen ?

Un accord permettrait d’optimiser cette « citoyennisation ». Mais faut-il que les valeurs européennes instituées soient imposées de force aux pays ne les partageant pas ? Fin juin 2015, la Cour Suprême avait légalisé sans préavis le mariage homosexuel dans l’ensemble des Etats-Unis. Un symbole fort qui a contribué à renforcer l’unité nord-américaine. Ce sont peut-être de telles mesures qui permettraient de définir les « valeurs » dont l’Europe se revendique. L’on voit bien en tout cas l’enjeu de la crise des migrants pour l’Union : elle possède l’occasion unique de se définir sur la scène internationale. Lorsque le président turc Erdogan évoque à Bruxelles le laxisme des politiques de l’Union européenne quant à l’accueil des migrants, il prouve déjà une chose : l’Union forme un bloc sur cette question. Maintenant, quelles valeurs voulons-nous donner à ce bloc? La page n’est ni tout à fait blanche, ni tout à fait écrite.

 

Opinion, Politique

Pourquoi il faut s’opposer à de nouvelles frappes en Syrie

Les dernières frappes de l’armée américaine contre la base syrienne de Shayrat constituent une grave atteinte au droit international et au processus de paix dans le pays. De nouvelles attaques pourraient suivre par la coalition, il est urgent de s’y opposer. A moins de ne pas vouloir retenir les leçons du passé.

Les faits. Jeudi 6 avril, Donald Trump décide finalement de passer à l’attaque contre le régime syrien et lance 59 missiles sur la base de Shayrat, en réaction au raid aérien lancé sur Khan Cheikhoun deux jours plus tôt, que la Maison Blanche impute directement au pouvoir de Bachar al-Assad. Ce raid a fait 86 morts, au moins, dont 27 enfants et plus de 160 blessés dans cette petite ville de la province d’Idleb, contrôlée par les rebelles et jihadistes. Il est qualifié d’attaque chimique par deux sources uniquement, qui accusent également Damas d’être à l’origine de l’attaque : l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme (OSDH), et l’organisation des Casques blancs. Deux sources peu fiables, à l’indépendance jugée douteuse à plusieurs reprises.

Article Le Figaro

L’OSDH, tenu par un opposant au régime, a été jugé en 2013 comme l’une des sources les moins partiales par l’Agence France-Presse. L’organisation des Casques blancs (financée à 23 millions de dollars par le gouvernement américain via USAID, 20 millions de livres de gouvernement britannique, et 4 millions d’euros par le gouvernement hollandais) est quant à elle suspectée de fabriquer de fausses images et vidéos pour mettre en scène leur action sur le terrain.

Article Huffington Post

Les questions. A la veille de nouvelles négociations de paix, après les derniers pourparlers de Genève en mars, et peu de temps après que la Maison Blanche déclare ne pas s’ingérer au conflit, pourquoi Bachar al-Assad lancerait-il soudain une attaque contre son peuple, qui plus est à l’aide de gaz chimique, suffisamment sanglante et spectaculaire pour se mettre à dos la quasi-totalité de la communauté internationale ?

Pourquoi cet empressement à intervenir militairement, avant même d’obtenir des preuves solides et fiables ? En 2013, après le massacre à l’arme chimique à Damas, provoquant 1845 morts et presque 10 000 blessés, les Nations Unies n’avaient pas réussi à prouver la responsabilité du régime. Une étude de la très reconnue Massachussetts Institue of Technology (MIT) concluait même que les frappes avaient été perpétrées depuis une zone rebelle.

Article Le Point

Pourquoi contourner le droit international et la constitution américaine ? Ce scénario nous rappelle les débuts de la seconde Guerre du Golfe, et les fausses allégations portées à l’encontre de Saddam Hussein, et sa supposée possession d’armes de destruction massive.

Le contexte. La Syrie est actuellement l’épicentre d’un possible basculement politique du Moyen-Orient. Le pays, gouverné par des Alaouites, branche du Chiisme, est en proie au retour des Sunnites. Un grand danger pour la Russie, soutien militaire au régime d’al-Assad, qui verrait se fermer la route allant du port de Tartous, au Nord, à Bagdad et Téhéran, jusqu’au Golfe Persique, et mettre directement à mal ses intérêts dans la région. En intégrant le conflit, la Russie saisit également l’occasion en or d’affaiblir les monarchies pétrolières du Moyen-Orient, notamment les Saoudiens, sunnites. Pour se faire, elle fait alliance avec les principaux pouvoirs chiites, à savoir l’Iran, le Hezbollah libanais et le nouveau gouvernement d’Irak. Avec cette alliance, le Kremlin et les régimes chiites peuvent mettre fin à la domination américaine au Moyen-Orient et faire tomber les monarchies sunnites en cas de victoire, permettant une hausse du prix du pétrole.

Un scénario impensable pour le camp de l’OTAN, qui a tout intérêt à ce que Bachar al-Assad quitte le pouvoir.

Ce qu’il risque de se passer. Le Sénat américain et la Maison Blanche vont probablement passer une résolution condamnant Bachar al-Assad pour cette attaque. On y devinera une autorisation d’user une fois de plus la force militaire. Cette résolution laissera probablement un ultimatum à Bachar al-Assad pour quitter le pouvoir avant d’éventuelles frappes, le même type d’ultimatum qui avait été laissé à Milosevic et Saddam Hussein à quelques jours de l’offensive finale. 

Ce qu’on peut faire. Bouger les pierres, faute de pouvoir déplacer les montagnes. Nous invitons les lecteurs à se mobiliser, à mener des actions collectives et se rassembler pacifiquement de type #handsoffsyria aux USA, pour demander la non-intervention de l’armée française dans le conflit syrien, en l’absence de preuves réelles accablant le régime de Damas.

Contrairement aux Anglais et aux Américains, le citoyen français n’a pas le privilège de pouvoir demander à ses députés de voter contre une intervention militaire. Sauf cas d’urgence, seul le Président, chef des armés, peut en décider. Commençons par lutter par l’information.

Société

Agnès Bonfillon : « Je ne m’attendais pas à ce que l’on entre dans la culture du buzz »

Agnès Bonfillon est journaliste sur RTL. Le 11 septembre 2001, elle était sur place, à New-York, aux Etats-Unis. Elle nous confie ses ressentis, nous avoue qu’elle « se rappelle de tout, même de l’odeur » et pose un regard parfois critique sur ses collègues journalistes. Rencontre.

 

Au téléphone, Agnès est comme une vieille copine à qui l’on n’a pas parlé depuis longtemps. Elle se rappelle parfaitement des attentats du 11 septembre. Après avoir intégré l’ESJ Lille, Agnès Bonfillon a été lauréate de la bourse René Payot, concours réservé aux jeunes journalistes par les radios publiques francophones. Elle débute alors son stage à Radio Canada, le triste 11 septembre 2001. « France Inter me connaissait déjà et on m’a tout de suite dit de partir sur place, à New-York. J’étais jeune journaliste, je n’avais pas de carte de presse ni de permis de travail. J’ai eu la chance de passer avec l’un des journalistes de Radio Canada et nous sommes arrivés dans la soirée du 11 septembre ». Sans réellement réaliser la portée de l’évènement qu’elle va couvrir, Agnès Bonfillon explique : « j’étais obnubilée par le fait de bien faire mon travail. Mais la comparaison entre les attentats que nous avons connus en France et le 11 septembre est assez délicate. Par exemple, une zone était délimitée autour du Ground Zero, on ne pouvait pas filmer, on n’était pas sur le site, ce qui a évité les images ou témoignages choquants. »

 

« Je m’autorise à avoir des sensations »

 

« C’était le 15 septembre, je suis allée dans la caserne de pompiers qui avait perdu le plus d’hommes. Un des pompiers n’avait pas dormi depuis trois jours, persuadé que tous ses camarades allaient revenir ». Aussi, au détour de quelques rues, elle découvre les nombreuses affiches collées au mur, interrogeant désespérément sur la disparition de proches. Sur l’une d’elle, une demoiselle est née la même année que sa sœur. Instinctivement, Agnès « rebranche le fil ». Elle ajoute, magnanime : « en rentrant en France, on m’a même dit d’abandonner le métier car j’avais vu ce qu’il y avait de pire. J’avais seulement 26 ans. »

 

Le pont entre le 11 septembre 2001 et les attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015 et 13 novembre 2015 se fait naturellement.

« C’est très compliqué, on se sent directement touchés, on vit à Paris, on tous des amis qui vivent dans les quartiers touchés ou qui étaient à l’intérieur du Bataclan. » Elle poursuit : « dans les lignes éditoriales, la loi du mort-kilomètre* est une réalité. Les gens sont plus touchés par ce qu’il se passe autour d’eux, s’identifient plus facilement qu’à des choses qui se passent à des milliers de kilomètres : c’est injuste mais c’est comme ça depuis des années. Je suis allée en Syrie plusieurs fois et je suis choquée par le temps que les médias ont mis avant de parler d’Alep, surtout lorsque l’on traite ce dossier comme une information buzz. Il faut prendre le temps de traiter l’information et les journalistes ont la responsabilité de l’information, on ne peut pas faire n’importe quoi. »

 

« N’importe quoi », c’est ce qu’il s’est passé lors des attentats, le traitement médiatique des évènements a été couvert de façon sensationnaliste et contre-déontologique plus d’une fois par les chaînes d’information ou les journaux. Agnès estime que les médias sont parfois allés trop loin. « Ce qui me gêne le plus c’est le côté quelque peu voyeuriste de la chose. On n’est pas obligés de photographier ou de filmer des corps, ne serait-ce pour le respect des familles. On s’est laissés aller dans l’effet catharsis ».

 

« Peut-on apprendre aux journalistes de faire face à l’horreur et de rester professionnels jusqu’au bout ? »

 

Agnès Bonfillon pose la question. Effectivement, est-il possible de former les journalistes au traitement d’un attentat ? « Il faut surtout apprendre à traiter les attentats en restant dans l’information » affirme la journaliste. « La société recherche le sensationnalisme et ce n’est pas à nous de leur donner », continue-t-elle. Vérifier les informations, prendre des précautions et laisser la place à l’humain. Confiante, Agnès Bonfillon l’est beaucoup envers la nouvelle génération de journalistes : « je répète souvent aux jeunes qu’ils ne pourront pas révolutionner le journalisme sans entrer dans le système. Pour ça, il est nécessaire de prendre le temps de traiter une information, de partir en reportage et de mettre de côté la culture du buzz. »

 

*ou « loi de proximité », est le principe suivant lequel les informations ont plus ou moins d’importance suivant leur proximité par rapport au lecteur. La proximité peut être temporelle, géographique ou sociétale.

Opinion, Politique

Attentats : journaliste ou citoyen

Peu de temps après les commémorations des attentats de Charlie Hebdo, après ceux, douloureux, du 13 novembre, le traitement humain d’un attentat par les journalistes –dans un contexte où le hard news le rend pernicieux-, pose question.

Attentat, n.m : Atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, acte de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou l’intégrité du territoire national.

Journaliste, n.m, n.f : Est celui dont le métier est d’informer à travers un média, presse écrite, radio, télévision. Son travail consiste à collecter, vérifier, sélectionner, synthétiser et commenter des faits pour les présenter au public.

Le devoir d’informer et la liberté d’expression sont les fondements même de toute société démocratique. La France a connu en 2016 plusieurs attentats sur son sol, comme quelque chose d’inédit, que les journalistes ont du in fine traiter, comme toute autre information majeure. Néanmoins, la course effrénée à l’information et au sensationnalisme a pris le pas sur la logique journalistique, et nous avons vu les médias sombrer en direct.

Le 15 janvier 2015, le gendarme de l’audiovisuel, le CSA, a convoqué télévisions et radios afin de les avertir sur leur –mauvais- traitement des attentats. Un appel à la prudence avait été donné, notamment à cause du non-respect des impératifs de sécurité. La liste serait bien longue à énumérer, mais on peut toutefois se rappeler de l’accusation largement fondée à l’encontre de BFMTV, annonçant en direct que des personnes se trouvaient cachées dans une chambre froide au sous-sol de l’Hyper Cacher.

La victoire du « journalisme jaune »

Il y a déjà un bon nombre d’années que les médias ont développé des stratégies de développement de programmes de type hard news afin d’attirer un maximum d’audience. Il est donc peu étonnant que des chaînes d’info en continu se laissent aller au sensationnalisme, appelé dans le milieu « journalisme jaune » et diffusent des images, des vidéos ou encore des témoignages de victimes sans aucun filtre. Sous la pression du direct, on cherche un proche, une victime encore sonnée qu’on doit absolument interviewer afin de combler le manque cruel d’images. Mais la course aux images chocs a même touché France Télévisions, TF1 ainsi que des journaux mythiques comme Libération ou Le Point, avec sa une dégoûtante montrant la photo du policier à terre avant de se faire abattre par les terroristes de Charlie Hebdo.

La déontologie a laissé sa place à la logique de « mass-médiatisation », largement insufflée par Internet et les réseaux sociaux, qui, pour le coup, ont largement pris part au grand n’importe quoi ambiant. Sans aucune analyse ni aucun recul, comme si tous les journalistes de France avaient décidé de laisser leurs cerveaux blessés et choqués au bureau, la montée crescendo du malsain s’est organisée.

Des situations exceptionnelles

Le temps médiatique a souvent du mal à s’accorder avec le policier, spécialement lors d’un moment de crise ou d’une situation exceptionnelle, qui sort de l’ordinaire. Le droit d’informer de la presse se heurte ainsi à la volonté de discrétion des forces de l’ordre, mais n’excuse en rien les dysfonctionnements majeurs dont les journalistes et les rédactions sont coupables.

Balloté entre ressentis personnels et réflexes professionnels, le métier de journaliste peut devenir difficile à exercer en direct, surtout lorsque l’on évolue habituellement loin des zones de conflits. Des reporters de guerre ou photojournalistes, habitués aux terrains de guerre ont facilement avoué que ces attentats sur le sol français avait une portée différente en étant français et journaliste, à l’instar de Patrick Chauvel, qui avoue volontiers à Télérama : « J’ai du mal à me contenter d’être photographe. Etant aussi Français et citoyen, habitant moi-même à Belleville, je voudrais pouvoir agir, et je suis très en colère […] C’est également très étrange de retrouver, dans la ville, tous les photographes de guerre que l’on ne croise jamais d’habitude à Paris, équipés comme s’ils étaient en reportage en Libye.»

Sans tomber dans le pessimisme, il est probable que les français vivent à nouveau un attentat. Il est alors essentiel que les journalistes soient préparés professionnellement et psychologiquement à ce type d’évènement, afin d’être les fossoyeurs de la déontologie journalistique.

Opinion, Politique

Il faut mettre fin à l’Etat d’urgence

La France est le seul pays de l’Union Européenne à vivre dans un état d’urgence permanent. Il avait été instauré au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, et il se poursuivra jusqu’au 15 juillet 2017. Nous en sommes aujourd’hui à sa cinquième reconduite, décidée après 3 jours de débat seulement au Parlement, et zéro audition.

Le seul pays de l’Union Européenne. En voilà une honteuse distinction. Pourquoi ? Car l’état d’urgence, au fur et à mesure qu’il se poursuit, dévore toute une série de libertés individuelles qui façonnaient jusqu’ici notre identité et nous distinguait, cette-fois avec fierté, des autres démocraties. Véritable cavalier fou d’un système autoritaire, il augmente les pouvoirs de l’administration (les préfets), du parquet et de la police, et permet au juge administratif de contourner le juge judiciaire. Concrètement, sa reconduite a provoqué une pluie de lois liberticides en remettant en question les fondements de notre République : la distinction entre police judiciaire et police administrative, le contrôle judiciaire a priori et a posteriori et la séparation des pouvoirs. Ses défenseurs rétorqueront que cette loi a été votée par Parlement et que cette décision a valeur démocratique mais, avec tout le respect, qu’ils se taisent un peu. Ce n’est pas parce que le Parlement vote une loi qu’il faut l’adouber sans sourciller.

Toutes ces lois parallèles instaurent indépendamment un état d’urgence permanent. Et l’Etat de droit ne fonctionne pas si l’état d’urgence devient permanent. L’équation est simple, mais ce sont toujours les choses simples qui perdent de leur évidence quand elles sont tiraillées par leurs ennemis. Selon notre Constitution, toute entrave à nos fondements doit être autorisée par juge judiciaire, or ce n’est pas du tout le cas ici. Exemple ? L’état d’urgence autorise les perquisitions administratives sans recours, sur un simple soupçon de terrorisme. Il y en a eu 4500 depuis son application, qui n’ont débouché sur… rien. Seule une dizaine de poursuites à peine. Tout cela dans des conditions épouvantables où les forces de l’ordre déboulent au petit matin au domicile des suspects, devant femmes, enfants, parents. Du bon gros arbitrage en somme. Pourtant la Constitution est claire à ce sujet, il suffit de lire la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui lui est rattachée, et son article 12 :

« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »

En d’autres termes, aucun citoyen français ne devrait être victime de l’arbitraire de l’Etat.

Pas de sécurité sans libertés

Comment expliquer cette régression ? L’esprit de sécurité se substitue à l’esprit de sûreté et les citoyens semblent s’en accommoder. La peur du terrorisme absorbe toutes les peurs, on s’intéresse moins à l’environnement, aux risques phytosanitaires… Nous laissons l’Etat bafouer nos libertés pour atteindre un semblant de risque zéro, qui est pourtant inatteignable. On n’éradique pas le terrorisme, et on n’obtient pas la sécurité sans libertés.

Et l’état d’urgence a un coût. Financièrement, on en ignore encore le montant, probablement considérable. Mais on connaît déjà celui qui pèse sur la cohésion sociale, sur le racisme, sur les conditions de travail des forces de l’ordre, et la méconnaissance de la laïcité. Ce sont souvent les mêmes – les citoyens musulmans pour ne pas les nommer – qui sont réquisitionnés et assignés à résidence. Ou comment aggraver encore un peu plus les difficultés d’intégration que l’on connait déjà.

Il faut absolument que la France s’en dégage, et recouvre son identité. Dernièrement, le président Turc Recep Tayyip Erdogan a pris notre pays en exemple pour légitimer l’accroissement de ses pouvoirs. Est-ce bien ce type de gouvernements que nous voulons inspirer ? 

Clément Martinet

Culture

Culture 2017

La thématique est loin d’être une priorité du débat politique actuel, et tout porte à croire que ce n’est pas près de changer.

La primaire de la droite est terminée. François Fillon sera bien le représentant des Républicains pour l’élection présidentielle. Le « Thatcher français » aura convaincu un peu plus de 2 millions de Français de le choisir comme le candidat de l’alternance en mai prochain. Les principaux sujets qu’il aura mis en avant durant sa campagne portent essentiellement sur les préoccupations économiques et sociales : la suppression de 500 000 fonctionnaires, des allocations chômage dégressives… Des mesures qui ont pour but selon lui de remettre à flot la France. Mais outre ces propositions, qu’en est-il de la culture ? 

Précarité et gros sous

Et oui, la culture. Celle qui a fait d’André Malraux et de Jack Lang des ministres dont les noms ont traversé les époques et les mémoires. Comment expliquer dans quelques décennies que les résidents de la rue de Valois de notre génération ne nous ont pas marqués, au point même d’oublier leurs noms ? Malgré tout le respect qu’impose la fonction, ne pas se souvenir des passages de Renaud Donnedieu de Vabres ou de Jean-Jacques Aillagon fait partie des signes d’une culture totalement délaissée par la politique. Il suffit de s’arrêter sur les programmes des principaux candidats à l’élection présidentielle pour se rendre compte que la priorité est aujourd’hui ailleurs. Pour reprendre l’exemple de François Fillon, l’action autour de la culture se développe dans ses propositions autour des outils numériques et en particulier internet. Le reste ne concerne qu’initiatives autour d’institutions déjà existantes et la participation des citoyens à des projets culturels. Des idées qui ne respirent pas l’innovation et qui sont portées par le prisme du secteur privé que l’ancien Premier Ministre veut solliciter comme principal financeur.

Une démarche de gestion et non d’innovation qui marque bien l’entrée de la politique culturelle dans une logique bureaucratique. Une preuve s’il en fallait une : depuis Jack Lang (de 1988 à 1993), pas un seul Ministre de la Culture n’a exercé ses fonctions plus de 2 ans. Une instabilité qui, à leur décharge, ne permet pas de mener de grandes réformes dans un laps de temps aussi court.

Est-ce que tout ça n’est alors qu’une simple histoire de gros sous? En temps de crise, il conviendrait de croire que les restrictions budgétaires s’imposent dans de nombreux secteurs, et notamment ceux où il n’y a pas « urgence ». Pourtant, le budget de l’État en 2017 comprend une enveloppe de 7 milliards d’euros, soit un peu plus d’1% des fonds alloués l’année prochaine, dédiée à la culture. La Ministre, Audrey Azoulay, se félicitait d’ailleurs de ce chiffre « historique ». Un symbole plus qu’un réel apport puisqu’à l’époque de Malraux, le pourcentage du budget consacré à la culture n’excédait pas les 0,5%.

L’artiste au cœur des projets

Plus qu’une histoire de gros sous c’est surtout une question de volonté qui se pose. Une sonnette d’alarme tirée par l’essayiste américain Donald Morrison et l’historien Antoine Compagnon, depuis 2007, dans un ouvrage intitulé Que reste-t-il de la culture française ?. Un titre provocateur pour un constat qui l’est tout autant : la France décline culturellement du fait de la posture « subventionniste » prise par l’État.

Une théorie bien pessimiste pour une culture malmenée par une réalité budgétaire, alors que les artistes, eux, sont bel et bien là. Les exemples de Françaises et Français, et ce quel que soit leur domaine de prédilection, s’exportant loin de nos frontières sont encore nombreux. Le fait est que ces derniers semblent être persona non grata dès que leur notoriété dépasse notre pays. Le mandat avorté de Benjamin Millepied en tant que directeur de la danse à l’Opéra de Paris, car jugé trop réformateur, résume bien la place des artistes dans le paysage culturel français. De même que le fait que les Ministres de la Culture soient plus souvent des énarques que des artistes.

D’ailleurs, en parlant d’énarque, il ne manque plus que le candidat du Parti Socialiste soit désigné en janvier et la dernière ligne droite de l’élection présidentielle arrivera à grands pas. Parmi ceux qui se sont déjà déclarés candidats, on retrouve Arnaud Montebourg et Benoit Hamon. Aucun des deux n’a encore exprimé ses idées autour de cette thématique. Espérons que le débat politique s’y intéressera un minimum pour refaire de la culture, à terme, le plus court chemin de l’homme à l’homme, dixit un certain Malraux…

Politique

Une démocratie apaisée dans les monarchies constitutionnelles

Depuis la Révolution, notre système est en perpétuel changement. Après deux Empires, plusieurs Restaurations et quatre Républiques, la cinquième est déjà remise en cause et émaillé de scandales divers et variés. Pourquoi les monarchies constitutionnelles, notamment celles des pays scandinaves et l’Angleterre sont-elles plus apaisées et pérennes ?

En 2014, 84 % des Norvégiens étaient favorables à la monarchie constitutionnelle. Souvent, la répartition du pouvoir entre un roi ou une reine qui règne mais ne gouverne pas et un chef du gouvernement qui gouverne mais ne règne pas semble plaire aux citoyens des pays concernés. Le monarque est garant de la démocratie et de la Constitution et les monarchies constitutionnelles modernes font de cette prérogative leur force. Les abus de pouvoir de la part du gouvernement en place sont foncièrement limités. Comment se fait-il que dans les monarchies constitutionnelles européennes la démocratie semble mieux fonctionner ?

D’un point de vue sociétal, l’exemple de la Suède, monarchie constitutionnelle de temps immémorial, est assez flagrant. Alors qu’en France, la loi du 17 mai 2013 sur le mariage homosexuel a entraîné en amont des mobilisations énormes, le Parlement suédois a adopté le 1er avril 2009 à une écrasante majorité le mariage civil et religieux de deux personnes du même sexe. C’est le premier pays à légiférer sur le mariage religieux. Ainsi, l’Eglise luthérienne, la religion officielle du pays, a pour obligation de trouver un pasteur afin de procéder au mariage homosexuel. De plus, nos voisins européens, à l’image des Pays-Bas, ont souvent été en avance sur les questions sociétales et sociales comme le congé paternité. Ainsi, alors que le débat sur la dépénalisation du cannabis fait du sur-place en France, les Hollandais ont depuis 1976 légalisé le cannabis, tout en interdisant sa publicité et sa culture. Depuis, la consommation de cannabis est en baisse chez les 15-24 ans et le débat citoyen n’est pas bloqué.

Par là, il faut pouvoir entendre que la République n’est pas gage d’avancées plus que les monarchies constitutionnelles. La République « monarchique » voulue par De Gaulle en 1958, où le chef de l’Etat a entre ses mains tous les pouvoirs, où il règne et gouverne entre autoritarisme et refus de démocratie en est parfois l’exemple.

Vers une 6ème République ?

Une monarchie reste in fine un système politique -s’apparentant à une oligarchie ou une dynastie- où les membres d’une même famille se passent le pouvoir sans être élus par le peuple. Même si ce système semble populaire et stable dans les pays européens concernés, celui-ci n’est pas envisageable en France.

Ainsi, de Jean-Luc Mélenchon en passant par Cécile Duflot ou François Bayrou, tous appellent à la création d’une 6ème République afin de redonner davantage de place à l’Exécutif, plus de pouvoir au peuple et au Parlement. Notre histoire quelque peu chaotique n’a jamais réussi à trouver un système équilibré et plus de deux siècles après la Révolution, l’attente d’un meilleur équilibre institutionnel est latente, alors que ce-dernier semble être trouvé dans les monarchies constitutionnelles européennes. L’Allemagne, depuis la seconde guerre mondiale, semble avoir trouvé un juste milieu, où le Président n’a qu’un pouvoir symbolique et où le chancelier, à l’image d’Helmut Kohl et Gerhard Schröder, ne revient pas sur la scène politique après une défaite.

Le 23 juin dernier, c’est l’Angleterre qui a opté pour un moyen démocratique direct : le référendum. Plus de 72 % des électeurs britanniques ont voté pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Trouverons-nous une meilleure répartition des pouvoirs en France ?

Édito, Inspiration

Réchauffez-vous !

À l’heure où un élu français distille la haine en format abribus dans sa ville, et où une grave agression sur policiers vient ternir encore l’image des banlieues, il est important d’essayer de garder l’esprit du côté lumineux.

C’est un fait, l’hiver est arrivé.

L’obscurité nous gagne de plus en plus tôt chaque soir, et s’éloigne de plus en plus tard chaque matin ; le froid nous serre le corps chaque jour un peu plus ; et les nouvelles… il semble qu’elles soient mauvaises, d’où qu’elles viennent.

Alors justement, non. Aux Eclaireurs, vous le savez si vous nous suivez, on essaie de vous montrer que ceux qui savent s’ouvrir au monde peuvent y trouver de très belles choses.

C’est pourquoi j’ai [nous avons] envie de vous raconter deux aventures qui prennent le contrepied de la morosité ambiante.

D’abord, il y a le RECHO. RE pour refuge, CH pour chaleur, et O pour optimisme. C’est un projet unique en son genre, mené par 10 femmes formidables qui ont décidé de monter un food-truck pour aller cuisiner et distribuer des repas et de la chaleur humaine dans les camps de réfugiés, d’abord en France, puis à travers l’Europe.

Ayant avant tout pour but de venir en aide à des personnes dont la survie est devenue la seule préoccupation quotidienne, le projet de l’association ne s’en tient pas à la « simple » solidarité. En effet, il présente des aspects plus profonds que la seule distribution de nourriture : écologie et développement durable (lutte contre le gaspillage alimentaire, repas exclusivement végétariens, mise en place de jardins partagés), insertion (ateliers de cuisine, possibilité de formation professionnelle dans la restauration, formation aux métiers de la terre), et création de lien social (partage, désir de mêler la population locale et les bénévoles à l’action de l’association pour aller à la rencontre de l’autre, information et sensibilisation sur la réalité des camps de réfugiés), pour ne citer que ceux-là.

Aujourd’hui, après une première mission cet été sur le camp de la Linière à Grande-Synthe (59) et une soirée caritative à Paris début octobre, ces bienfaitrices continuent de récolter des fonds pour repartir sur la route dès le printemps 2017.

Cette belle initiative est soutenue par plusieurs personnalités, dont quelques grands noms de la gastronomie française. « J’me sens con, parce qu’en fait je vais faire juste un petit grain de sable, ‘fin je vais faire juste une petite action, mais un immense bravo à vous, et j’espère que… j’espère qu’on sera plusieurs à se sentir con et à apporter un petit grain de sable comme ça. » déclare Florent Ladeyn dans sa vidéo de soutien à l’association. Tout est dit.

Et puis il y a Malik Diallo et ses potes. Ces jeunes du quartier des Vignes Blanches à Sarcelles ont choisi d’agir en faveur des migrants qui dorment sur les trottoirs de Paris, en rassemblant les moyens nécessaires pour leur préparer et leur apporter 150 repas.

Mais, encore une fois, ils ne se sont pas arrêtés là : l’idée en plus a été de filmer toute leur opération pour la transformer en défi. En effet, la vidéo a été postée sur Facebook le 30 septembre par Malik, qui à la fin nomme un quartier voisin pour relever le défi et renouveler l’opération. Opération qui s’avère depuis être un succès, puisque non seulement les quartiers de Sarcelles qui ont été nommés chacun à leur tour ont tous relevé le défi, mais aussi car ce virus de générosité a déjà gagné d’autres villes, et pas seulement en Ile-de-France. Et ce avant même que de nouvelles vidéos aient été publiées, puisque des jeunes d’autres banlieues se sont lancés dans l’expérience sans même avoir été nommés par un quartier ayant déjà réalisé le défi.

« Voici le nouveau concept ou les nommés de chaque cités devront remonter le défi suivant !! Nourrir les sans abris en s’organisant avec les membres de son quartier !! […] Sans l’aide des associations, montrons au monde que nos quartiers ont un cœur et surtout une bonne éducation. » peut-on lire en introduction de la vidéo… Pari gagné.

Notons par ailleurs ce message, rempli de paix et d’altruisme, posté par Malik sur sa page Facebook le 12 octobre :

« […] Merci à tous pour votre soutien et la force que vous donnez au projet 😉 😉!!
Sans vous le projet ne pourra pas grandir car il a besoin de l’aide de tout le monde! La mobilisation c’est maintenant! Laissez vos religions, vos couleurs, vos races et votre orgueil chez vous!! Soyons un peuple uni, un peuple joyeux et surtout un peuple qui se bat pour la bonne cause!! Ce ne sont pas que les migrants mais vraiment tous les sans abris à qui nous devons tendre la main!!! Le froid ne fait pas de différence dehors quand il tue ces personnes! Il ne leur demande pas de carte d’identité, il ne leur demande ni leur religion ni leur couleur!!! Ma tristesse est grande mais l’espoir que j’ai en vous tous chèr(e)s ami(e)s est immense!!! Bon mercredi à tous ».

Finalement, tout ne va pas si mal.

Sport

Comment le football en est arrivé là?

La question mériterait d’être posée. Pourquoi des êtres humains qui excellent par leur condition physique mais aussi dans le rôle auquel ils sont placés valent le montant d’un avion. Or le football n’a plus aucune limite financière, à la sortie de ce mercato d’été où la valeur argent à été mise a rude épreuve. Cependant, une question se pose : comment le football en est il arrivé là?

Attention cependant aux préjugés et faux semblants qui peuvent régner autour du football, ce n’est pas forcément le sport où circule le plus d’argent. Certes la FIFA est la fédération sportive la plus riche au monde avec un revenu financier qui a atteint près de 2 milliards d’euros en 2014. Cependant, l’un des sports où circule le plus d’argent hors foot est le monde du basket américian. En effet, en NBA, il n’est pas surprenant de voir des contrats se compter en centaines de millions de dollars juste pour un joueur. Ainsi en ce début juin, LeBron James basketteur américain a négocié un contrat sur trois ans de 100 millions de dollars. De même les golfeurs gagnent d’importantes sommes d’argent dans les tournois majeurs. Pourtant, le football a connu une croissance économique exponentielle plaçant même deux footballeurs en tête du classement des sportifs les mieux payés en 2016 selon Forbes.

Il est bon de remettre en lumière plusieurs éléments qui ont conduit à cette explosion de la valeur argent dans un tel sport. Tout d’abord, il y a la professionnalisation du football, certes cet élément peut paraître banal mais il ne l’est pas. Parce qu’à partir du moment où une personne est payée pour jouer au football, il faut savoir où placer le curseur d’un salaire. Comme un salaire minimum qui existe dans un état développé. De plus, la « libre circulation » des joueurs en fonction des pays avec en point d’orgue « l’arrêt Bosman » a accéléré l’inflation des sommes engagées pour un transfert. Pourtant, encore récemment le mercato était fait de façon raisonnable par rapport aux sommes engagées. Pendant longtemps, la valeur étalon des transferts était celui de Zinédine Zidane passé de la Juventus Turin au Real de Madrid pour 74 millions d’euros à l’époque. Cette transaction a longtemps été considérée comme le Graal dans le marché jusqu’à ce qu’en 2008, ce même Real Madrid par l’intermédiaire de son président Florentino Perez décide de faire exploser la bulle spéculative via un nouveau transfert record : le Portugais Cristiano Ronaldo part de Manchester United pour 94 millions d’euros. A partir de ce moment la surenchère a été de mise, puisque Ricardo Kaka le brésilien Ballon d’or 2007 part lui aussi au Real pour 63 millions.

Le changement principal engendré par ces transactions viendra des Pays du Golfe. Tout d’abord, en 2008 un fonds venus des Emirats Arabes Unis deviennent propriétaires du club de Manchester City et investissent 105 millions d’euros de transferts au cours du mercato 2010. S’ensuit ensuite les fameux investisseurs qataris qui viennent financer le Paris Saint Germain en 2012. Ces investissments ont engendré deux types de situations différentes. Tout d’abord, en France, où le fossé s’est creusé entre le Paris Saint Germain et les autres équipes de Ligue 1. L’AS Monaco a riposté de son côté avec des investisseurs russes avant que ceux ci changent de modèle économique. L’Olympique Lyonnais a lui conservé son modèle économique en formant des jeunes du centre de formation pour les revendre ensuite, cependant récemment des hommes d’affaires chinois ont investi 100 millions d’euros dans le club.

Du côté des clubs anglais, l’économie est faite de façon différente. Certes les investisseurs sont présents dans quasiments tous les clubs mais ce n’est pas le seul apport financier. Il suffit de voir le montant des sommes repartis en terme de droits télévisés. Ainsi le club d’Arsenal a touché pour la saison 2015-2016 135 millions d’euros tandis qu’Aston Villa dernier du championnat à perçu 87 millions d’euros. Soit deux fois plus de droits TV que le PSG en France! Ce qui crée d’ores et déjà un déséquilibre majeur entre les deux championnats. De ce fait, l’arrivée de ces nouveaux riches du football a eu pour conséquence de créer une inflation des prix des joueurs et de leur salaires. Voyez plutôt la réponse de Zlatan Ibrahimovic a la question « Qu’est ce qui vous manque le plus de Paris? » Réponse : »Mon dernier salaire ». Cela traduit une manière de fonctionner du PSG qui paye plus ses joueurs et qui gonfle les salaires pour pouvoir s’aligner avec des clubs plus prestigieux.

Ces fameux clubs prestigieux que sont par exemple : le Bayern Munich, le Fc Barcelone ou la Juventus Turin, sont de réelles machines de guerre économiques. Certains clubs sont même côtés en bourse et génèrent des millions d’euros en terme de chiffres d’affaires. Cependant ces derniers ne sont plus réellement les acteurs majeurs dans les mercato. Jorge Mendes et Mino Raiola, voilà deux noms qui ne vous disent sans doute rien si vous n’êtes pas famillier avec la planète footballistique et pour cause, il s’agit d’agents de joueurs. Ils gèrent les intérêts de leur protégés tout en touchant une bonne part dans les transferts qu’ils réalisent. Par exemple, lors du transfert record de Paul Pogba vers Manchester United de 110 millions d’euros, l’italien a touché une commission de 20 millions d’euros. Ainsi, en un mercato estival, Mino Raiola à touché plus que le salaire annuel de Cristiano Ronaldo (21 millions). Les agents les plus influents possèdent une quasi entreprise où des centaines de joueurs sont affiliés et auquels ils sont dépendants. En bref, les agents sont devenus de réels acteurs économiques au sein des différents mercatos à tel point que les clubs et les joueurs sont parfois devenus dépendants de la décision de leur agent. Cette tendance montre qu’au sein d’un transfert de plus en plus de personne touchent de l’argent et ont donc tendance à faire gonfler la facture.

L’exemple du transfert d’Anthony Martial reste dans tous les esprits. Pour rappel en fin d’été 2015, le jeune monégasque de 19 ans s’engage avec Manchester United pour un montant annoncé de 80 millions d’euros! Seulement le site Football Leaks à dévoilé le détail du transfert qui est en réalité de 50 millions d’euros net auxquels s’ajoutent 30 millions de bonus si le joueur rempli certains objectifs : par exemple que le joueur marque 25 buts sur la durée de son contrat. Ce transfert illustre une nouvelle tendances chez les recruteurs et les clubs. « Pour continuer leur modèle économique qui marche fort, les grands clubs se doivent d’avoir de très grands joueurs ou des joueurs en devenir. C’est un cercle vertueux. Il y a aussi une hausse des prix des jeunes car il y a une volonté de faire des affaires à la revente. Aujourd’hui, il y a une bulle spéculative où on présuppose la valeur future de ces joueurs en devenir », explique Loïc Ravenel, collaborateur scientifique au Centre international d’étude du sport (CIES) de Neuchâtel.

Cependant, la question se pose sur l’avenir économique du football. En effet, chaque année les observateurs voient la bulle financière du football grandir encore et encore. Ainsi certaines voix s’inquiètent de l’éventuelle crise qui pourrait toucher le football ainsi que ses écarts. C’est le cas par exemple des clubs espagnols qui se mettent à recruter des mineurs où les trois plus gros clubs d’Espagne : Real Madrid, Athlético de Madrid et Fc Barcelone ont été condamnés a des interdictions de recrutements pour avoir engagé de jeunes personnes au sein de leur clubs afin d’essayer d’anticiper un éventuel gros transfert à l’avenir. Cette dérive fait partie des nombreux moyens détournés qu’utilisent les clubs pour éviter de payer d’énormes sommes pour un transfert. Cependant, il n’y a que peu de projections économiques dans l’avenir pour le football surtout que désormais, ce sont les chinois qui deviennent les nouveaux investisseurs en Europe ce qui aurait pour conséquence d’exporter encore un peu plus le football et donc avoir de nouvelles retombées économiques.

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