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Culture 2017

La thématique est loin d’être une priorité du débat politique actuel, et tout porte à croire que ce n’est pas près de changer.

La primaire de la droite est terminée. François Fillon sera bien le représentant des Républicains pour l’élection présidentielle. Le « Thatcher français » aura convaincu un peu plus de 2 millions de Français de le choisir comme le candidat de l’alternance en mai prochain. Les principaux sujets qu’il aura mis en avant durant sa campagne portent essentiellement sur les préoccupations économiques et sociales : la suppression de 500 000 fonctionnaires, des allocations chômage dégressives… Des mesures qui ont pour but selon lui de remettre à flot la France. Mais outre ces propositions, qu’en est-il de la culture ? 

Précarité et gros sous

Et oui, la culture. Celle qui a fait d’André Malraux et de Jack Lang des ministres dont les noms ont traversé les époques et les mémoires. Comment expliquer dans quelques décennies que les résidents de la rue de Valois de notre génération ne nous ont pas marqués, au point même d’oublier leurs noms ? Malgré tout le respect qu’impose la fonction, ne pas se souvenir des passages de Renaud Donnedieu de Vabres ou de Jean-Jacques Aillagon fait partie des signes d’une culture totalement délaissée par la politique. Il suffit de s’arrêter sur les programmes des principaux candidats à l’élection présidentielle pour se rendre compte que la priorité est aujourd’hui ailleurs. Pour reprendre l’exemple de François Fillon, l’action autour de la culture se développe dans ses propositions autour des outils numériques et en particulier internet. Le reste ne concerne qu’initiatives autour d’institutions déjà existantes et la participation des citoyens à des projets culturels. Des idées qui ne respirent pas l’innovation et qui sont portées par le prisme du secteur privé que l’ancien Premier Ministre veut solliciter comme principal financeur.

Une démarche de gestion et non d’innovation qui marque bien l’entrée de la politique culturelle dans une logique bureaucratique. Une preuve s’il en fallait une : depuis Jack Lang (de 1988 à 1993), pas un seul Ministre de la Culture n’a exercé ses fonctions plus de 2 ans. Une instabilité qui, à leur décharge, ne permet pas de mener de grandes réformes dans un laps de temps aussi court.

Est-ce que tout ça n’est alors qu’une simple histoire de gros sous? En temps de crise, il conviendrait de croire que les restrictions budgétaires s’imposent dans de nombreux secteurs, et notamment ceux où il n’y a pas « urgence ». Pourtant, le budget de l’État en 2017 comprend une enveloppe de 7 milliards d’euros, soit un peu plus d’1% des fonds alloués l’année prochaine, dédiée à la culture. La Ministre, Audrey Azoulay, se félicitait d’ailleurs de ce chiffre « historique ». Un symbole plus qu’un réel apport puisqu’à l’époque de Malraux, le pourcentage du budget consacré à la culture n’excédait pas les 0,5%.

L’artiste au cœur des projets

Plus qu’une histoire de gros sous c’est surtout une question de volonté qui se pose. Une sonnette d’alarme tirée par l’essayiste américain Donald Morrison et l’historien Antoine Compagnon, depuis 2007, dans un ouvrage intitulé Que reste-t-il de la culture française ?. Un titre provocateur pour un constat qui l’est tout autant : la France décline culturellement du fait de la posture « subventionniste » prise par l’État.

Une théorie bien pessimiste pour une culture malmenée par une réalité budgétaire, alors que les artistes, eux, sont bel et bien là. Les exemples de Françaises et Français, et ce quel que soit leur domaine de prédilection, s’exportant loin de nos frontières sont encore nombreux. Le fait est que ces derniers semblent être persona non grata dès que leur notoriété dépasse notre pays. Le mandat avorté de Benjamin Millepied en tant que directeur de la danse à l’Opéra de Paris, car jugé trop réformateur, résume bien la place des artistes dans le paysage culturel français. De même que le fait que les Ministres de la Culture soient plus souvent des énarques que des artistes.

D’ailleurs, en parlant d’énarque, il ne manque plus que le candidat du Parti Socialiste soit désigné en janvier et la dernière ligne droite de l’élection présidentielle arrivera à grands pas. Parmi ceux qui se sont déjà déclarés candidats, on retrouve Arnaud Montebourg et Benoit Hamon. Aucun des deux n’a encore exprimé ses idées autour de cette thématique. Espérons que le débat politique s’y intéressera un minimum pour refaire de la culture, à terme, le plus court chemin de l’homme à l’homme, dixit un certain Malraux…

Culture, Inspiration

Chez Yémen je m’en vais…. plus qu’un livre, un acte de paix 

« Chez Yemen je m’en vais… » n’est pas une poésie, ni un titre de film. C’est le livre d’un ancien responsable sécurité en mission diplomatique avec l’Union Européenne.L’auteur de ce livre s’appelle Jean-François Mercier. Après avoir vécu au Yémen entre décembre 2009 et décembre 2015, Jean-François est retourné vivre dans le Nord de la France. À  son retour, il a décidé de raconter sa vie au Yémen, son amour pour ses peuples et sa vie aux côtés d’Al-Qaïda et l’Etat Islamique…

Il a vécu les meilleurs années de sa vie mais aussi les pires. L’ancien responsable sécurité a découvert un pays fracturé à son arrivée. En effet, si le Président de la République, élu démocratiquement, est le souverain légitime au Yemen, plusieurs organisations dirigent le pays dans l’ombre et souhaitent renverser le président : Les Houthi ou encore l’AQPA (Al-Qaïda Péninsule Arabique). Jean-François découvre également que le Yémen est le deuxième pays le plus armé au monde, derrière les États-Unis. Sur 26 millions d’habitants, 55 millions d’armes circulent sur le territoire… triste constat ! Jean-François est encore surpris quand il en parle « Tu peux tout acheter : armes de poings, canons, lances-roquette, chars d’assauts… tout dépend de ton revenu ». En novembre 2011, un sursaut de paix arrive dans le pays. Les Etats-Unis et les Pays du Golfe ont suggéré au Président Ali Abdallah Saleh de quitter le pouvoir. Il s’exécute et obtient une immunité judiciaire, précipitant ainsi son départ du pouvoir. C’est la fin de la révolution yéménite. Son ancien ministre de la défense Abb Rabbo Mansour Hadi lui succède à la tête de l’État. Il fut élu  logiquement président en février 2012 puisqu’il était le seul à se présenter à l’élection…

« J’ai aimé ces peuples »

« Je suis tombé amoureux de ce pays dès mon arrivée, il y a plus de 300 tributs au Yémen. J’ai pris le temps de les connaître et j’aime ces peuples » Pour Jean-François, les habitants du Yémen sont « naïfs ». Attention, ce terme n’est pas péjoratif. Bien au contraire. L’ancien responsable sécurité a été bluffé par l’innocence des habitants. Ce qui semble paradoxale, étant donné le nombre affolant d’armes dans le pays. Néanmoins, il a aimé échangé avec ses gens : « Quand tu leur parles, ils ont des yeux ébahis, grands ouverts, une pureté dans leurs yeux. » A la fin de la conversation, ils avaient le regard qui signifiant : « Ah, c’est comme ça que ça se passe ? »

Le canon ne crache plus, les checkpoints se sont faits nettement plus rares tout en étant de nouveau tenus par des professionnels et les hautes instances de l’État travaillent avec le monde de la diplomatie, ça c’est le côté positif ! Quant au négatif, du moins sa partie visible, la liste est longue et non exhaustive avec des rues, qui la nuit sont infréquentables car mal fréquentées ; avec des tribus armées, qui sont toujours aussi présentes tout en se comportant parfois très ‘tribalement’; avec une criminalité, plus galopante que jamais mais comme c’est un sujet tabou il est forcément et officiellement ignoré ; avec toujours plus d’assassinats contre des membres du P.S.O et du N.S.B sans qu’aucune action concrète n’endigue, de quelque façon que ce soit, le phénomène ; avec enfin une bête, qui est impunément installée dans la ville, alors que d’après les autorités, elle serait traquée sans relâche…

« Ce livre est un acte de paix »

Jean-François Mercier n’est pas écrivain mais il souhaite « raconter ce qu’il a vu au Yémen de la plus manière la plus neutre possible ». Cet homme, désormais à la retraite, est toujours ému quand il repense à cette épisode de sa vie : « Ce livre, c’est un bâton relais, un acte de paix. Ce qu’il s’est passé au Yémen est passé sous silence. Je veux en parler, que ça se sache. Cette guerre n’a pas été assez relayée à l’étranger. Ces peuples souffrent et je ne l’accepte pas. Ils sont 3 millions au Yemen à ne pas avoir de toits. 20 millions ont demandé l’aide humanitaire ». Jean-François a envie de se servir de son expérience au Yémen pour nous transmettre un double message : tout d’abord, il a rendu hommage aux habitants du Yémen et a tenu à raconter la situation dans le pays. Il a perdu ses amis à cause des entités terroristes. Il a d’ailleurs failli perdre la vie à maintes reprises… C’est pour cette raison qu’il est rentré en France. Jean-François était l’un des derniers internationaux à être resté au Yémen.

Aujourd’hui, le nordiste comprend que plusieurs événements comme la braderie de Lille soient annulées. Cependant, il martèle sans cesse le même message : « Ne tombons pas dans leur jeu ». Au Yémen, Jean-François a continué à vivre malgré la guerre et les bombardements. « Il est normal d’avoir peur mais il ne faut pas arrêter de vivre. Avec des « si » nous oublions que nous sommes dans le concret et nous n’avançons plus… » À nous désormais de garder la tête haute, de faire front et de ne pas oublier de vivre…

Où trouver le livre ?

Actuellement, le livre n’est disponible que dans quelques boutiques du Nord Pas-de-Calais. Les éditeurs ne veulent pas prendre de risques à cause du contenu. Jean-François négocie actuellement avec des maisons d’édition en région parisienne et un peu partout en France. Il a même écrit à Patrick Poivre d’Arvor qui lui a répondu. À Suivre !

Culture

Interview. Anne Roumanoff : « L’humoriste tend un miroir à la société donc quand la société change l’humour change aussi »

Anne Roumanoff revient avec son spectacle « Aimons nous les uns les autres » qu’elle rejoue depuis le 26 juillet à l’Alhambra devant une foule acquise sa cause.

Pourquoi avoir choisir le thème de l’amour pour ce nouveau spectacle ? 

Et bien, parce que je me suis aperçue que le fil conducteur du spectacle finalement c’était la difficulté à aimer et puis, par les temps qui courent, c’est un message un peu positif. Je me doute bien que ce n’est pas avec le titre du spectacle que les gens vont se mettre à s’aimer tout d’un coup, mais tant qu’à faire on est dans la merde alors autant s’aimer plutôt que se détruire.

Ce spectacle, comment l’avez-vous préparé ?

Ça a été très long. Ça prend beaucoup de temps de préparer un spectacle comme ça. C’est d’abord un travail d’écriture, de mise au point. On cherche une idée avec tel personnage après on écrit, on raye, on rature. Ensuite on le joue en public, on regarde les gens s’ils rient ou pas, on raye, on recommence… Ce spectacle, je l’ai d’abord créé pour pouvoir le jouer à l’Olympia le 2 février 2015 ensuite je l’ai joué au théâtre de l’Alhambra pendant 6 mois pour après l’emmener pendant 6 mois en tournée. Et là je refais une nouvelle version avec plein de sketchs nouveaux. Mais c’est ça qui est agréable quand on joue longtemps un spectacle, c’est de pouvoir approfondir les personnages et les textes donc je pense qu’il est plus abouti… enfin c’est ce que tout le monde me dit, que c’est vraiment mon meilleur spectacle.

C’est un aboutissement ?

Oui, je le crois.

Qu’est ce qui a changé par rapport à vos précédents spectacles ?

Tout à changé ! La manière de faire de l’humour à changé, la société à changé, moi j’ai changé ! L’humoriste tend un miroir à la société donc quand la société change l’humour change aussi. Il est devenu plus efficace qu’avant, il s’est professionnalisé. D’autant qu’il y a beaucoup plus d’humoristes qu’avant, le niveau est meilleur et donc, il y a plus de compétition mais c’est une bonne chose, ça stimule !

Après tant de spectacles, d’où tirez vous votre inspiration, toutes ces anecdotes, ces sketchs ?

De tout ! De la vie quotidienne, de ce qui m’arrive, de mes amis, de ce que je lis sur internet, de ce que je ressens. Ce sont des expériences vécues qui, assemblées forment un tout, un ensemble. A chaque fois, je change, je le fais évoluer, je le fais vivre en fonction de l’actu, en fonction de ce qu’il se passe de ce que je ressens de la société, il change tout le temps.

C’est essentiel de parler aux gens de ce qu’ils connaissent, de leur propre quotidien ?

Oui. Je trouve que c’est ça qui est intéressant et ça m’intéresse beaucoup de parler aux gens d’eux. Je pioche dans mon expérience les anecdotes, les histoires qui j’estime peuvent toucher les gens.

Comme le sketch de la mairie dans lequel vous expliquez que vos papiers d’identité ont été détruits ?

(Rire) Oui, ça m’est vraiment arrivé. On m’a détruit mes papiers. Toutes les cartes d’identité de la famille étaient prêtes sauf la mienne et quand je suis revenue 3 semaines, 1 mois après, ils l’avaient détruite… ça ma tellement dégouté j’étais hystérique. (Rire) Et j’ai décidé d’en faire un sketch.

La politique aussi c’est un thème important ? Est-ce que c’est un exercice délicat que de faire rire avec nos politiques ? 

Oui c’est délicat mais de toute façon, en ce moment tout est délicat. Mais le fait que ce soit compliqué ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer de le faire. Comme par exemple ce sketch sur le front national il était compliqué à faire mais je suis contente d’y être arrivée même si c’était beaucoup de travail.

Le sketch doit être visible par des gens du FN sans que ça les heurte. C’est facile de dire c’est des cons c’est des fachaux et de leur cracher à la gueule mais ça ne résous rien. Alors là, de montrer une femme sympathique qui est militante front nationale qui a des petits défauts et qui après, tombe amoureuse d’un tunisien, je trouvais ça plus intéressant. De cette façon je fais rentrer les gens dans son mode de penser, dans son sketch, dans sa manière de voir les choses. Je trouvais ça plus intéressant comme approche, ce n’est pas frontal. Quand y a 30 à 40% des gens qui votent pour un truc on ne peut pas seulement dire « c’est de la merde » il faut essayer de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là et ce, par le biais de son personnage, tout en faisant quand même passer des messages.

Vous essayez de toucher à tous les partis ?

Oui c’est important je trouve. J’essaye d’équilibrer même si on attaque toujours forcément plus le parti au pouvoir parce que c’est justement, le parti au pouvoir.

Est-ce que c’est le rôle des humoristes de faire passer un message ?

D’abord le rôle des humoristes c’est de faire rire, les gens payent pour ça. Après une fois que les gens ont ri j’aime bien qu’il y ait un peu de sens aux choses, que les sketchs aillent quelque part sans tomber dans l’excès, il n’y a pas forcément un message dans chaque sketch. Pour certains il n’y en a pas et ce sont juste une description de la réalité ou d’un point de vue sur les choses. Il n’y en a pas partout sinon ça serait fatigant mais j’essaye au moins de disséminer un point de vue en tout cas.

Les attentats, comment on les aborde quand on est humoriste ?

Je pense que c’est important d’en parler mais surtout à un moment où les gens ne s’y attendent pas c’est à dire quand qu’ils sont en train de rirent et tac d’un coup il y a 3 secondes d’émotion, voilà.

Vous pensez qu’on peut en rire ?

Je pense qu’on ne peut pas rire des attentats mais on peut rire de ce qu’il y a autour, d’Estrosi qui croit qu’il est encore maire de Nice ou de la déchéance de la nationalité. Il y a des choses risibles mais ça ne veut pas dire que c’est drôle même si c’est risible, ce n’est pas la même chose.

Je pense que les choses sont tellement horribles que ça fait du bien aux gens d’en rire quelque soit la manière mais chaque humoriste traite ça avec sa propre sensibilité.

Quel bilan pour la dame en rouge ? 

(Rire). Et bien un bon bilan, ce n’est pas si mal je trouve, non ? Ça fait déjà presque 30 ans de carrière. Je me dis que ce n’est déjà pas si mal d’être arrivée jusque-là mais je pense surtout à ce qui va arriver, dans l’avenir. J’ai plusieurs projets. D’abord il y a mon émission sur Europe 1 à la rentrée. J’adore faire de la radio ! J’en ai fait pendant 5 ans pendant lesquels j’avais une heure et demie par semaine et là on ma proposé une demi heure par jours donc je suis heureuse. Je vais avoir toute une bande de chroniqueurs autour de moi. On va faire de l’humour sur l’actu tous les jours avec quelque chose d’assez rythmé.

Mais j’aimerais aussi écrire plus, peut-être écrire un scénario…

Et actrice ?

Peut être… Mais je n’attends pas après ça.

C’est difficile de mener une carrière comme la votre, dans une profession qui reste majoritairement masculine ?

Vous savez, j’ai remarqué que, moi, quand il m’arrive des choses c’est toujours moi qui suis à l’initiative. Je dois faire les choses moi-même. D’Ailleurs c’est beaucoup de chose une carrière, c’est de l’intelligence, c’est du talent, c’est être aimé du public. C’est de la compréhension, c’est réussir à sentir les évolutions mais c’est aussi être fiable, être à l’heure, être sympa avec les médias. Il y a beaucoup de chose à faire et pour avoir une carrière qui dure longtemps il y a aussi beaucoup de choses à sentir.

En ce qui concerne les femmes dans le métier, je ne suis pas tellement d’accord avec cette appellation d’humoriste féminine. C’est comme si on parlait d’une sous catégorie de l’humour. Il y a 50% d’hommes, 50% de femmes sur terre donc il n’y a pas d’humoristes féminines il n’y a que des femmes qui font de l’humour.

Je trouve qu’il y a de plus en plus de femmes qui osent faire des choses et c’est bien mais après ça reste limité et aux festivals d’humour il y a encore souvent ¾ de mecs pour ¼ de femmes. J’ai même déjà entendu des organisateurs dirent « ah bah on a déjà une femme ça suffit » Pourquoi on entend ça ? on ne dit pas : « y a déjà un mec ça suffit ». Il y a encore beaucoup de choses à faire pour faire évoluer les mentalités.

Culture

Interview. Anne Roumanoff : « L’humoriste tend un miroir à la société donc quand la société change l’humour change aussi »

Anne Roumanoff revient avec son spectacle « Aimons nous les uns les autres » qu’elle rejoue depuis le 26 juillet à l’Alhambra devant une foule acquise sa cause.

Pourquoi avoir choisir le thème de l’amour pour ce nouveau spectacle ? 

Et bien, parce que je me suis aperçue que le fil conducteur du spectacle finalement c’était la difficulté à aimer et puis, par les temps qui courent, c’est un message un peu positif. Je me doute bien que ce n’est pas avec le titre du spectacle que les gens vont se mettre à s’aimer tout d’un coup, mais tant qu’à faire on est dans la merde alors autant s’aimer plutôt que se détruire.

Ce spectacle, comment l’avez-vous préparé ?

Ça a été très long. Ça prend beaucoup de temps de préparer un spectacle comme ça. C’est d’abord un travail d’écriture, de mise au point. On cherche une idée avec tel personnage après on écrit, on raye, on rature. Ensuite on le joue en public, on regarde les gens s’ils rient ou pas, on raye, on recommence… Ce spectacle, je l’ai d’abord créé pour pouvoir le jouer à l’Olympia le 2 février 2015 ensuite je l’ai joué au théâtre de l’Alhambra pendant 6 mois pour après l’emmener pendant 6 mois en tournée. Et là je refais une nouvelle version avec plein de sketchs nouveaux. Mais c’est ça qui est agréable quand on joue longtemps un spectacle, c’est de pouvoir approfondir les personnages et les textes donc je pense qu’il est plus abouti… enfin c’est ce que tout le monde me dit, que c’est vraiment mon meilleur spectacle.

C’est un aboutissement ?

Oui, je le crois.

Qu’est ce qui a changé par rapport à vos précédents spectacles ?

Tout à changé ! La manière de faire de l’humour à changé, la société à changé, moi j’ai changé ! L’humoriste tend un miroir à la société donc quand la société change l’humour change aussi. Il est devenu plus efficace qu’avant, il s’est professionnalisé. D’autant qu’il y a beaucoup plus d’humoristes qu’avant, le niveau est meilleur et donc, il y a plus de compétition mais c’est une bonne chose, ça stimule !

Après tant de spectacles, d’où tirez vous votre inspiration, toutes ces anecdotes, ces sketchs ?

De tout ! De la vie quotidienne, de ce qui m’arrive, de mes amis, de ce que je lis sur internet, de ce que je ressens. Ce sont des expériences vécues qui, assemblées forment un tout, un ensemble. A chaque fois, je change, je le fais évoluer, je le fais vivre en fonction de l’actu, en fonction de ce qu’il se passe de ce que je ressens de la société, il change tout le temps.

C’est essentiel de parler aux gens de ce qu’ils connaissent, de leur propre quotidien ?

Oui. Je trouve que c’est ça qui est intéressant et ça m’intéresse beaucoup de parler aux gens d’eux. Je pioche dans mon expérience les anecdotes, les histoires qui j’estime peuvent toucher les gens.

Comme le sketch de la mairie dans lequel vous expliquez que vos papiers d’identité ont été détruits ?

(Rire) Oui, ça m’est vraiment arrivé. On m’a détruit mes papiers. Toutes les cartes d’identité de la famille étaient prêtes sauf la mienne et quand je suis revenue 3 semaines, 1 mois après, ils l’avaient détruite… ça ma tellement dégouté j’étais hystérique. (Rire) Et j’ai décidé d’en faire un sketch.

La politique aussi c’est un thème important ? Est-ce que c’est un exercice délicat que de faire rire avec nos politiques ? 

Oui c’est délicat mais de toute façon, en ce moment tout est délicat. Mais le fait que ce soit compliqué ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer de le faire. Comme par exemple ce sketch sur le front national il était compliqué à faire mais je suis contente d’y être arrivée même si c’était beaucoup de travail.

Le sketch doit être visible par des gens du FN sans que ça les heurte. C’est facile de dire c’est des cons c’est des fachaux et de leur cracher à la gueule mais ça ne résous rien. Alors là, de montrer une femme sympathique qui est militante front nationale qui a des petits défauts et qui après, tombe amoureuse d’un tunisien, je trouvais ça plus intéressant. De cette façon je fais rentrer les gens dans son mode de penser, dans son sketch, dans sa manière de voir les choses. Je trouvais ça plus intéressant comme approche, ce n’est pas frontal. Quand y a 30 à 40% des gens qui votent pour un truc on ne peut pas seulement dire « c’est de la merde » il faut essayer de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là et ce, par le biais de son personnage, tout en faisant quand même passer des messages.

Vous essayez de toucher à tous les partis ?

Oui c’est important je trouve. J’essaye d’équilibrer même si on attaque toujours forcément plus le parti au pouvoir parce que c’est justement, le parti au pouvoir.

Est-ce que c’est le rôle des humoristes de faire passer un message ?

D’abord le rôle des humoristes c’est de faire rire, les gens payent pour ça. Après une fois que les gens ont ri j’aime bien qu’il y ait un peu de sens aux choses, que les sketchs aillent quelque part sans tomber dans l’excès, il n’y a pas forcément un message dans chaque sketch. Pour certains il n’y en a pas et ce sont juste une description de la réalité ou d’un point de vue sur les choses. Il n’y en a pas partout sinon ça serait fatigant mais j’essaye au moins de disséminer un point de vue en tout cas.

Les attentats, comment on les aborde quand on est humoriste ?

Je pense que c’est important d’en parler mais surtout à un moment où les gens ne s’y attendent pas c’est à dire quand qu’ils sont en train de rirent et tac d’un coup il y a 3 secondes d’émotion, voilà.

Vous pensez qu’on peut en rire ?

Je pense qu’on ne peut pas rire des attentats mais on peut rire de ce qu’il y a autour, d’Estrosi qui croit qu’il est encore maire de Nice ou de la déchéance de la nationalité. Il y a des choses risibles mais ça ne veut pas dire que c’est drôle même si c’est risible, ce n’est pas la même chose.

Je pense que les choses sont tellement horribles que ça fait du bien aux gens d’en rire quelque soit la manière mais chaque humoriste traite ça avec sa propre sensibilité.

Quel bilan pour la dame en rouge ? 

(Rire). Et bien un bon bilan, ce n’est pas si mal je trouve, non ? Ça fait déjà presque 30 ans de carrière. Je me dis que ce n’est déjà pas si mal d’être arrivée jusque-là mais je pense surtout à ce qui va arriver, dans l’avenir. J’ai plusieurs projets. D’abord il y a mon émission sur Europe 1 à la rentrée. J’adore faire de la radio ! J’en ai fait pendant 5 ans pendant lesquels j’avais une heure et demie par semaine et là on ma proposé une demi heure par jours donc je suis heureuse. Je vais avoir toute une bande de chroniqueurs autour de moi. On va faire de l’humour sur l’actu tous les jours avec quelque chose d’assez rythmé.

Mais j’aimerais aussi écrire plus, peut-être écrire un scénario…

Et actrice ?

Peut être… Mais je n’attends pas après ça.

C’est difficile de mener une carrière comme la votre, dans une profession qui reste majoritairement masculine ?

Vous savez, j’ai remarqué que, moi, quand il m’arrive des choses c’est toujours moi qui suis à l’initiative. Je dois faire les choses moi-même. D’Ailleurs c’est beaucoup de chose une carrière, c’est de l’intelligence, c’est du talent, c’est être aimé du public. C’est de la compréhension, c’est réussir à sentir les évolutions mais c’est aussi être fiable, être à l’heure, être sympa avec les médias. Il y a beaucoup de chose à faire et pour avoir une carrière qui dure longtemps il y a aussi beaucoup de choses à sentir.

En ce qui concerne les femmes dans le métier, je ne suis pas tellement d’accord avec cette appellation d’humoriste féminine. C’est comme si on parlait d’une sous catégorie de l’humour. Il y a 50% d’hommes, 50% de femmes sur terre donc il n’y a pas d’humoristes féminines il n’y a que des femmes qui font de l’humour.

Je trouve qu’il y a de plus en plus de femmes qui osent faire des choses et c’est bien mais après ça reste limité et aux festivals d’humour il y a encore souvent ¾ de mecs pour ¼ de femmes. J’ai même déjà entendu des organisateurs dirent « ah bah on a déjà une femme ça suffit » Pourquoi on entend ça ? on ne dit pas : « y a déjà un mec ça suffit ». Il y a encore beaucoup de choses à faire pour faire évoluer les mentalités.

Culture, Opinion

L’addiction aux séries télé

En juin 2016, les expressions “Binge-Watching” ou “Netflix and Chill” vous sont encore inconnues ?! Mes chers contemporains croyez-le (ou non) ceci est une des conséquences liées à l’essor des nouvelles technologies, qui ont drastiquement changé nos habitudes de consommation. En effet, le « Binge-Watching » est une pratique qui consiste à regarder des programmes télévisés à outrance. C’est dans cette mesure que l’on peut se demander s’il s’agit réellement d’une addiction ? Tentons de comprendre ensemble ce phénomène lié aux séries TV :

L’arrivée des plateformes de streaming, de téléchargement, ou encore de vidéo à la demande, permettent d’accéder aux programmes sans aucune restriction. Certaines séries proposent même l’ensemble d’une saison dès le jour de sa sortie comme Orange is the new black ou House of Cards par exemple. Les consommateurs ont désormais la possibilité de regarder des contenus télévisuels au regard de leur volonté. Le format d’un épisode de série TV étant souvent inférieur à soixante minutes, il n’y a aucune réticence quant à visionner un épisode à partir d’un smartphone et ce, à n’importe quel moment de la journée. Ce qui explique cette sensation de disponibilité immédiate.

Selon Coban Beutelstetter, scénariste et réalisateur dont le prochain court-métrage intitulé « L’eau qui dort » sortira début juillet, « une série se distingue par sa capacité à tenir les téléspectateurs en haleine. »

Contrairement à un film, une série TV est à considérer comme un produit qui a pour dessein de captiver l’audience tout au long de sa diffusion.

Bien qu’elles aient aujourd’hui, tant des concepts forts que des directions artistiques poussées qui pourraient faire penser aux productions cinématographiques, les séries TV se distinguent par leur perpétuelle nécessité à maintenir l’attention des téléspectateurs.

Les personnages, tous plus originaux les uns que les autres par leur complexité et leur psychologie à laquelle on peut s’attacher voir s’identifier, sont amenés à vivre des aventures qu’elles soient hors du commun ou non, cela en fait des héros dont on souhaite connaître le destin.

L’envie de consommer des séries tv à outrance repose essentiellement sur l’intrigue. C’est ainsi qu’en règle générale, se succèdent péripéties ou actions spectaculaires toutes les deux à trois minutes afin de générer un flux d’informations jusqu’au fameux « twist final ». Oui vous savez, celui qui arrive aux dernières secondes de l’épisode et qui provoque l’envie trépidante de visionner le suivant. Mais alors, peut-on parler d’addiction ?!

D’après Adelina Sarbu addictologue dans un centre hospitalier, l’addiction peut être provoquée par plusieurs facteurs ; la dépression, l’anxiété, un traumatisme, ou la solitude. De surcroît, certaines personnes possèdent un gène qui les rend plus vulnérables à de possibles dépendances.

L’addictolgue explique ainsi qu’un individu qui passe plus de trois heures consécutives devant un écran dans le but de se « couper du monde », de vivre par procuration à travers les séries TV ou les jeux vidéo, et de ne plus être en mesure de se soucier de son environnement est considéré comme dépendant. Ce changement de comportement détériore tant la santé que les relations sociales, ce qui accentue l’isolement et déclenche le cercle vicieux lié à l’addiction.

Alors oui aux séries TV, mais à usage limité c’est mieux !

Culture

FK : le rappeur montant de la scène nantaise

FK, pour ses initiales et celles du mot « Fuck », est un rappeur nantais de 21 ans qui vient de sortir son LP* le 20 mai dernier, « Purple Kemet ». Rencontre avec un jeune sûr de lui qui vient de débarquer dans le paysage musical français.

De prime abord je-m’en-foutiste, FK n’en est pas moins mature et sérieux. Lorsqu’il parle de son projet, il nous parle d’abord de fierté. « Je n’ai pas eu d’appréhension à la sortie de « Purple Kemet ». Je suis bien entouré, avec une équipe qui est sur la même longueur d’ondes que moi ».

Originaire de Nantes, comme la chanteuse Christine and The Queens –souhaitons lui le même succès-, le rappeur a enregistré tous ses sons dans sa ville. De ses musiques ressortent des mélodies composées par le beatmaker FAB Dream’z, qui manie avec brio les sons trap qui font les beaux jours du rap aujourd’hui. On comprend vite que FK a baigné très jeune dans l’univers musical, son père étant guitariste. Inspiré, il a commencé à écrire ses textes vers l’âge de 10 ans. Sans chichis, ses sources d’inspiration sont ce qu’il vit. Il admet faire très peu de « storytelling ». « Je ne rappe pas une vie qui n’est pas la mienne ».

Des influences variées

Fortement inspiré par la vague new-yorkaise du rap des années 90, FK a découvert le rap avec le Wu-Tang Clan, Mobb Deep, mais également avec la Mafia K’1Fry. Plus Paris que Marseille à l’époque où les deux villes étaient comme deux écuries concurrentes, il admet avoir quand même écouté le mythique Rat Luciano. Method Man, Kendrick Lamar pour les Etats-Unis, Lino, Niro et Booba pour la France, FK aime également Amy Winehouse et Kurt Cobain. « Kurt », c’est justement l’un des titres de son LP. « La musicalité est plus rock, tout me faisait penser à lui sur ce son. Ce n’est pas forcément un titre sombre, mais j’ai repris certaines de ses paroles pour le refrain. Ce morceau fait forcément le parallèle avec l’autodestruction. Mais je ne la prône pas ».

Franco-ivorien, FK a sorti une musique sur des sonorités africaines, « Mogo 225 ». Sur l’afrobeat et sa popularité, le rappeur est assez clair « ça fait des années que j’entends des mecs rapper sur du coupé décalé. Je ne me cantonne pas qu’à la trap, j’aime la musicalité de l’afrobeat ».

 

Le 1er juin dernier, FK a joué à la Maroquinerie, à Paris, et a été assez étonné de l’accueil positif qu’a reçu son projet. Serein pour la suite de sa carrière, il préfère la reconnaissance de ses pairs à la notoriété. « Je me fous du Rap Game. Je veux continuer à développer ma musique et veux être un expert dans mon domaine ».

Vous pourrez le retrouver le 11 juin prochain à Nantes. Pour télécharger son projet, c’est sur iTunes, la FNAC, GooglePlay, Deezer, Spotify ou Apple Music que ça se passe.

*LP pour long play. Souvent disque vinyle qui comporte un nombre suffisant de titres pour constituer un album.

Culture

Les jeux vidéo et la violence sociale : fantasme ou réalité ?

C’est un thème de société qui est souvent mal traité et instrumentalisé par les politiques et les médias. Dans les nombreuses dénonciations, il y a une part de vérité, mais surtout beaucoup de méconnaissances sur le sujet. Est-ce le jeu vidéo qui va dans la surenchère de la violence, ou bien est-ce un micro phénomène de la culture médiatique ?

Depuis l’émergence des grosses franchises du jeu vidéo, la violence qu’apportent certains titres font polémique, comme par exemple Grand Theft Auto, Assassin’s Creed, ou encore Call of Duty. Cependant, cela a commencé bien avant, avec notamment le célèbre jeu de combat Mortal Kombat, qui a provoqué une vive polémique à l’époque à cause de sa violence. De fait, les taux d’hémoglobine versés et les fameuses fatalities en ont choqué plus d’un. Ces critiques allaient de pair avec une contestation de programmes télévisés destinés aux enfants. L’essai de l’actuelle Ministre du Développement Durable Ségolène Royal, Le ral-le-bol des bébés zappeurs, paru en 1989, dénonce la violence et la médiocrité des animés japonais qui poseraient problème pour le développement des enfants. En effet, selon elle, ces programmes rendraient les enfants violents, qui transposeraient cette violence sur la société. Relayée par des journaux tels que Télérama, cette thèse à contribué à la suppression du fameux Club Dorothée en 1997.

L’autre objet culturel critiqué qui a fait son apparition quasiment en même temps que le jeu vidéo, c’est le jeu de rôle papier. Présenté comme clivant socialement, le jeu de rôle est mal vu par la presse et les spécialistes de l’éducation. Il est donc évident que la descendance des jeux de rôle papiers sous format jeux vidéo tels que les RPG (Role Playing Game) n’est guère mieux appréciée. Les raisons invoquées sont identiques à celles impliquées dans la critique du jeu de rôle papier : clivage et isolation sociale pour des joueurs qui se renferment sur eux-mêmes. C’est un constat paradoxal pour des jeux qui présentent une dimension sociale et communicative importante. D’autant plus que pour les jeux de rôles, joueurs et Maître du Jeu doivent se retrouver très souvent afin de faire avancer leur jeu. Le célèbre youtubeur français Le Joueur du Grenier a sorti un jeu de rôle live avec une histoire et un scénario inédit sous le nom d’Aventures. C’est un projet original ayant pour but de faire découvrir le jeu de rôle aux non-initiés comme aux habitués, ainsi qu’une bonne manière d’en apprendre plus sur cette pratique.

La méconnaissance mène à la tromperie

Il est important, pour tout sujet, d’en connaître suffisamment avant de pouvoir en parler, avec des précautions évidemment. C’est ainsi qu’il existe des travaux tels que ceux d’Isabelle Smadja : Le Seigneur des Anneaux ou la tentation du mal (2002), ou toutes sortes de théories selon lesquelles Tolkien et son œuvre sont des apologies du nazisme. Théories qui sont démontées point par point par des connaisseurs de l’œuvre du Britannique. Pourtant, la situation avec les jeux vidéo n’est pas si différente.

L’exemple de Mortal Kombat est un modèle pour tous les jeux d’action intégrant du gore, comme God of War, où la violence est extrême, voire absurde, à tel point que le joueur ne peut pas y croire. Cette violence est tellement parodique et tellement dans l’excès qu’elle en devient un produit marketing. Pour preuve, la licence de Mortal Kombat joue sur les attentes de ses joueurs à chaque opus en y insérant de nouvelles fatalities et de nouveaux personnages de l’horreur, tels que Kratos de God of War, Le Prédator ou l’Alien des films éponymes. Cela montre que les thèmes de ces jeux vidéo se recoupent : une violence gore dans un monde complètement fictif. Si cette forme de violence choque, ce n’est pas pour autant ces jeux là qui sont visés.

Certains autres jeux sont critiqués pour leur violence idéalisée. C’est le cas de la franchise Assassin’s Creed, où le jeu propose d’incarner un assassin tuant à tort et à travers des hommes sans en être inquiété. Là encore la méconnaissance des critiques met en avant des failles dans leur raisonnement : le joueur ne peut pas se permettre de tuer les civils, sinon c’est Game Over. Cependant,

dans le cadre des jeux vidéo, beaucoup de raccourcis sont faits, alors que la réalité est beaucoup plus nuancée.

La banalisation de la violence n’est pas exclusive aux jeux vidéo.

Ce qui est reproché aux jeux vidéo, c’est la banalisation de cette violence dans un contexte réel et là, ce sont d’autres franchises qui sont visées : Call of Duty et Grand Theft Auto. Dans Call of Duty : Modern Warfare 2, il y a une mission où le joueur incarne un Américain infiltré dans un groupe terroriste russe et doit commettre un attentat contre des civils dans un aéroport. Cette séquence a de quoi choquer beaucoup de monde, tout comme GTA, qui caricaturalement propose de jouer un gangster capable de tuer n’importe qui dans une ville et d’enfreindre la loi. Ces éléments inciteraient les enfants joueurs à avoir des accès de violence afin de reproduire ce qu’ils ont vu. Les spécialistes de l’éducation oubliant le rôle des parents à contrôler ce qu’ils achètent à leur progéniture grâce à ces petits logos ci-dessous :

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Le symbole PEGI (Pan European Games Information) est un système de classification pour les jeux vidéo, les DVD et autres formes de médias à l’échelle européenne, destiné à contrôler l’accessibilité de ces supports. Il s’agit du même logo qui apparaît au bas de votre écran lorsque vous regardez un programme télévisé. A partir de ce constat, il existe une responsabilité des parents sur leurs enfants. En ce qui concerne les jeunes adultes, c’est une question de rapport à soi : « est-ce que le consommateur devient ce qu’il consomme? ». Si c’est le cas, il y a de quoi s’inquiéter avec la violence qui est proposée sur différents médias : que ce soit en littérature, au cinéma ou sur Internet. Même celle qui est proposée dans l’information et l’actualité, qui devient de plus en plus sombre.

Autre exemple, ce sont les chiffres de ventes des titres incriminés. En 2015, le jeu vidéo Call of Duty : Black Ops 3 a été le plus vendu au monde. Cette information a été annoncée par Activision (producteur du jeu) sur son blog officiel sans aucun chiffre précis. Cela signifie-t-il qu’il y a des millions de terroristes et de criminels en puissance ? Sinon, il existerait des milliers de potentiels footballeurs professionnels grâce aux ventes du jeu Fifa. Certes le groupe État Islamique, dans ses vidéos de propagande, utilise certaines images de ce jeu de guerre, mais on ne peut pas tout expliquer par les jeux vidéo. Par exemple, le psychologue Yann Leroux, auteur de Les jeux-vidéos, ça rend pas idiot !, déclare au sujet de la tuerie de Newton en 2012 : « Dans les premières heures, les journalistes étaient dépassés et ne savaient pas de quoi ils parlaient, mais on sait d’après plusieurs études qu’il n’y a pas de lien entre les jeux vidéo et le passage à l’acte violent. L’origine d’une telle tragédie est plutôt à chercher du côté de l’idéologie ou des troubles de la personnalité, voire des deux ». Cette citation illustre parfaitement les amalgames effectués par les journalistes et autres critiques du jeu vidéo dans de pareils cas. Ils trouvent l’explication dans un bouc émissaire, au lieu de chercher des explications plus plausibles dans le contexte : la psychologie du criminel ou l’accessibilité des armes aux États-Unis.

De là à dire que les jeux vidéo ont une fonction cathartique n’est qu’une supposition pas encore définie. En tout cas, c’est une chose qui existe tout de même dans le jeu vidéo, ce sentiment d’un jeu qui résiste au joueur et le fait que ce dernier s’énerve dans sa volonté de réussir. Reprenons l’exemple du Joueur du Grenier, qui fait de ses tests de jeux anciens un véritable exutoire. La colère et la violence sont présentes : soit parce que le jeu est mauvais soit parce qu’il est horriblement difficile. Cependant, la violence est utilisée comme un ressort comique parce qu’elle est dans l’exagération et la surenchère. Il y a encore peu d’informations plausibles sur les relations entre jeux vidéo et violence, le tout sans qu’il y ait une interférence de la psychologie des joueurs. Avec la mondialisation, les échanges culturels ont été permis à grande échelle. Ainsi, la culture américaine et la culture japonaise ont donc fait leur apparition sur les écrans de télévision français avec des programmes, mais aussi l’apport des jeux vidéo. Il suffit de voir le grand nombre de programmes télévisés venant d’autres pays et le succès au box office français des films américains.

Ce n’est pas seulement les jeux vidéo qui sont donc critiqués, mais bien tout un pan de la culture et de la population française qui est pointé du doigt. En attendant, les jeux vidéo et la culture geek en général sont encore et toujours pointés du doigt sans qu’il y ait d’arguments plausibles et vérifiables, jusqu’à ce que des études sérieuses prouvent ou non qu’il existe un lien entre jeux vidéo et violence.

En attendant, jusqu’à ce que des études sérieuses prouvent ou non qu’il existe un lien entre jeux vidéo et violence, et tant que la critique pointera du doigt, sans arguments plausibles ni vérifiables, ces jeux vidéo et l’univers « geek », c’est tout un pan de la culture et de la population françaises qui continue d’être stigmatisé.

Culture

Julien Fontanier, le professeur qui révolutionne l’apprentissage du japonais en le rendant accessible et gratuit via internet

Spécialiste du pays du Soleil Levant, Julien Fontanier est le créateur d’une chaîne YouTube dédiée à l’enseignement du japonais. Depuis le 4 novembre 2015, ses cours gratuits et complets connaissent un franc succès. Rencontre pour découvrir qui se cache derrière celui qu’on surnomme d’Artagnan en raison de sa moustache aiguisée et de son style vestimentaire anachronique.

 

 

Les Eclaireurs : Bonjour Julien et merci d’avoir accepté cette interview pour Les Eclaireurs. En guise d’introduction pour nos lecteurs, peux-tu nous expliquer d’où te vient cette passion pour le Japon ?

Julien Fontanier : Tout est arrivé très vite en fait. Comme beaucoup de jeunes aujourd’hui j’imagine, ma première approche du Japon s’est faite avec les mangas et, en ce qui me concerne, surtout les jeux vidéo. Sans trop savoir d’où ça venait, j’ai dévoré quelques excellents J-RPG durant mon adolescence, dont Tales of Symphonia sur Gamecube. J’étais également un gros joueur de Super Smash Bros. Melee et en général un grand fan de Nintendo.

En 2005, [ndlr. Il est alors en seconde] une personne rencontrée au hasard sur un forum de jeux vidéo me parle de sa passion pour le Japon, pour la culture japonaise et notamment la J-pop. Cela attise ma curiosité et je découvre petit à petit un pays dont j’ignorais jusqu’alors beaucoup de choses, c’est-à-dire à peu près tout hormis ce qui est enseigné dans les cours de géographie au collège.

Puis, sur les conseils d’une amie, j’ai regardé la série animée Death Note en version originale sous-titrée, et là ça a été le coup de cœur absolu, pas spécialement pour le Japon et sa culture, mais dans un premier temps pour la langue japonaise qui, utilisée dans le cadre de doublages (animés, jeux vidéo) dégage une force absolument incroyable.

L.E : On imagine que les premiers mots de japonais et les premiers contacts avec la langue se sont donc faits au travers de la pop-culture japonaise (jeux vidéo, mangas…). Comment as-tu appris le japonais pour être en mesure de l’enseigner aujourd’hui par toi-même ?

J.F : J’ai commencé à apprendre le japonais seul. En plus des mots et expressions que j’avais retenus en regardant Death Note, c’est surtout en achetant le CD de la bande son de l’animé que tout a commencé. Derrière, tout était écrit en japonais, et, désireux de comprendre à quel personnage correspondait chaque musique, j’ai essayé de déchiffrer seul au milieu de ces signes étranges l’écriture japonaise.

J’ai cherché un peu sur Internet (bien moins développé qu’aujourd’hui, rendez-vous compte les jeunes), et je suis tombé sur un site qui montrait les deux alphabets kana (hiragana et katakana). Sans aucune explication ni rien, j’ai réussi à lire quelques mots katakana, notamment RAITO et MISA (le nom de deux personnages principaux).

J’ai donc commencé à m’intéresser à ces deux alphabets qui permettent l’écriture phonétique syllabique du japonais, en essayant notamment d’écrire mon pseudonyme en japonais (avec le recul je me rends compte des fautes d’écriture que j’ai faites et sur lesquelles j’insiste auprès de mes élèves, mais j’ai une excuse, je ne connaissais aucune règle !).

J’ai donc appris un, puis deux alphabets (50 lettres chacun). Nous étions en 2008, c’était le moment où Super Smash Bros. Brawl, le jeu vidéo que j’ai sûrement le plus attendu de toute ma vie, était dévoilé petit à petit sur un site officiel mis à jour quotidiennement. Impatient d’attendre les traductions françaises des articles, j’essayais de décortiquer le site dans sa version japonaise pour comprendre un maximum d’informations.

J’ai toujours été passionné par les langues, notamment le français qui est une de mes grandes passions, mais également par l’allemand que je parlais déjà à un niveau quasi-courant (grâce à un enseignement dont j’ai bénéficié au collège d’une intensité effrayante).

Du coup, les choses ont fait que la langue japonaise est devenue ma passion du moment : j’ai donc acheté un manuel HARRAP d’enseignement rapide du japonais, uniquement basé sur l’oral (pas d’enseignement de l’écriture donc, exactement ce que je déconseille fortement aujourd’hui) et ai commencé à apprendre les premières règles, notions grammaticales et à former avec énormément de plaisir mes premières phrases.

« Là, je me suis retrouvé au milieu d’étudiants qui partageaient tous la même passion, les mangas, les jeux vidéo, la culture japonaise, à un degré bien supérieur au mien puisque je n’étais là essentiellement que par passion pour la langue. »

Puis l’année de terminale s’est achevée, j’ai eu mon baccalauréat scientifique, et s’est posé la grande question de l’orientation post-bac : la seule chose qui me passionnait véritablement alors était la langue japonaise, aussi je décidai de partir l’apprendre véritablement en faculté de japonais à l’université Jean-Moulin Lyon III. J’ignorais à l’époque qu’il s’agissait d’un des meilleurs endroits pour apprendre la langue en France et qu’y enseignait l’une des plus grandes grammairiennes japonaises francophones, Reiko Shimamori.

Là, je me suis retrouvé au milieu d’étudiants qui partageaient tous la même passion, les mangas, les jeux vidéo, la culture japonaise, à un degré bien supérieur au mien puisque je n’étais là essentiellement que par passion pour la langue.

Sortir du lycée pour se retrouver dans une classe de cent élèves qui lisent tous ensemble les derniers scans des mangas à la mode ou entonnent tous les derniers openings du moment (à l’époque, c’était Blue bird de Naruto Shippûden), ça plonge dans l’ambiance !

Du coup c’est véritablement sur les bancs de l’université que j’ai découvert la culture japonaise. J’ai eu des professeurs absolument excellents, essentiellement japonais, dont les cours regorgeaient d’anecdotes de vie du Japon, ce qui était particulièrement enrichissant. J’ai étudié en long, en large et en travers l’histoire du Japon, la géographie du Japon, la société et la culture japonaise, mais également l’économie et le monde du travail japonais puisque j’étais dans une filière davantage concentrée sur les entreprises que sur la littérature.

En même temps, les cours de langue me permettaient de confirmer les acquis de mon apprentissage en autodidacte, de les approfondir, et surtout de continue à apprendre la langue japonaise. Je m’y suis investi à fond, comme jamais. Cette passion dévorante pour la langue japonaise a énormément simplifié mon apprentissage : là où beaucoup d’élèves se plaignaient de ne pas réussir à apprendre les idéogrammes, je me souviens en avoir appris cinquante d’une seule traite le soir où j’ai acheté mon dictionnaire d’idéogrammes, ouvert au hasard juste avant de me coucher.

 

 

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L.E : En parallèle, tu écrivais des articles et dossiers en lien avec la culture japonaise pour le site jeuxvideo.com. Peux-tu nous en dire plus ?

J.F : C’est surtout ma passion pour l’écriture de la langue française qui, couplée à celle des jeux vidéo, m’a mené à écrire des articles en contributions à jeuxvideo.com, site auquel j’ai toujours été très attaché et dont mon évolution professionnelle est étroitement liée. En décembre 2010, mon niveau de japonais était déjà courant et ma maîtrise de la langue m’a permis de me lancer dans un projet fou : et si j’expliquais aux gens comment jouer à un jeu en japonais ? Les jeux vidéo japonais qui restent hélas non-traduits sont bien trop nombreux, tout comme le sont les joueurs qui se plaignent depuis des décennies de ne pas pouvoir y toucher. J’ai donc rédigé pour jeuxvideo.com un dossier entier intitulé « Jouer à des jeux en japonais » [ndlr. lien en cliquant ici] expliquant tout d’abord les bases de l’écriture et de la grammaire du japonais, puis donnant les clefs pour se lancer dans l’appréhension d’un jeu vidéo intégralement rédigé en japonais. J’avais notamment dressé une liste traduite des « cent mots les plus utilisés dans les jeux vidéo japonais ». Ce dossier, totalement sorti de nulle part, fut un très grand succès auprès du lectorat du site et j’en reçois toujours aujourd’hui, cinq ans après, de vifs remerciements.

Puis les années se sont succédé, et les opportunités successives ont orienté mon chemin professionnel vers la spécialisation en culture japonaise. Du simple rédacteur, je suis devenu reporter, envoyé au Japon pour couvrir des événements ludiques mais aussi pour réaliser une série de reportages sur la culture japonaise dans Tokyo, qui cumule aujourd’hui presque 400 000 vues sur YouTube ! [ndlr. Lien en cliquant ici]

Parallèlement, j’officiais également en tant que traducteur, notamment d’interview de mangaka japonais, puis en tant qu’interprète lors de salons comme Japan Expo.

En 2015, je suis retourné pendant deux semaines au Japon pour tourner une émission de mon propre chef et qui s’intitule « Vol 714 pour Tokyo ». Elle est parue récemment sur le site de diffusion de manga animé Wakanim.

L.E : Tout cela nous amène donc à ton dernier gros projet en date : ta chaîne YouTube. Quel est le déclic qui t’a amené à ouvrir une chaîne YouTube dédiée à l’enseignement de la langue japonaise ?

J.F : Etant alors présentateur d’émissions régulières sur la webTV Gaming Live de jeuxvideo.com, j’ai eu l’idée d’essayer de faire un cours de japonais en direct avec un élève face à moi, mais surtout adapté à tous les spectateurs assis devant leur écran d’ordinateur. Le format a très bien marché, des milliers de curieux se sont pressés pour voir cette idée bizarre apparue sans programmation préalable un samedi après-midi.

La très bonne réception de ce coup d’essai m’a conforté dans l’idée qu’enseigner le japonais « différemment » et sur Internet était une chose possible. Au printemps dernier, un très bon ami spécialiste des diffusions de contenu sur YouTube, At0mium, me lance : « Pourquoi tu ne créerais pas une chaîne YouTube dans laquelle tu enseignerais le japonais ? Tu es excellent pour ça, si tu fais ça proprement, ça ne peut que marcher« . Le message était bien reçu, et, passé le temps de finir le travail que j’avais actuellement en cours, je me suis lancé à fond dans ce nouveau projet.

L.E : Tu parles souvent des problèmes de l’enseignement du japonais en France. Peux-tu préciser ?

J.F : Le principal problème de l’enseignement du japonais tel qu’on le trouve dans les facultés et écoles françaises est qu’il n’est pas entièrement adapté aux élèves français.

Le japonais est une langue complexe qui n’a absolument aucun point en commun avec les langues européennes, qui, lorsqu’elles lui sont comparées, sont grosso modo toutes les mêmes. On n’aborde pas l’enseignement d’une langue qui s’est créée seule sur une île à l’opposé du globe comme on peut le faire avec l’anglais dont la grammaire est très proche de celle du français.

On trouve ainsi de tout en termes d’enseignement du japonais en France. Le niveau des différentes universités est très inégal, sans parler des écoles privées qui proposent parfois de très grosses arnaques. J’ai eu la chance d’apprendre le japonais auprès des meilleurs grammairiens – Madame Shimamori, Monsieur Nishio notamment – dans un cadre très rigoureux qui a poussé 80% de ma classe à abandonner dès la première année.

« L’élément le plus important de la grammaire japonaise nous est décrit dès le premier cours comme « la copule de prédicat nominal ». Combien pensez-vous qu’il y ait de Français capable de comprendre le terme de copule du prédicat nominal ? »

Malgré la qualité indéniable de cet enseignement subsistent des imprécisions. Pour comprendre la grammaire d’une langue étrangère, il faut déjà comprendre à la perfection celle de notre propre langue, enseignée en CM2 face à des écoliers souvent grimaçant. Aujourd’hui, les jeunes français parlent une langue dont ils ignorent pour beaucoup les subtilités : qu’est-ce qu’un gérondif négatif, qu’est-ce qu’une proposition subordonnée circonstancielle ? Pour vous donner un exemple, j’ai un élève très brillant en master 2 en entreprises et banque qui est incapable de reconnaître une phrase mise au passif.

Du coup, là où il est facile de calquer le français sur l’anglais à quelques détails près, il est très difficile pour un européen d’apprivoiser la grammaire japonaise si il n’y a pas préalablement une démarche de compréhension de sa propre langue. Et ça, ça n’est pas prise en compte dans l’enseignement massif du japonais, dans lequel on nous bombarde de termes ultra compliqués. A titre d’exemple, l’élément le plus important de la grammaire japonaise nous est décrit dès le premier cours comme « la copule de prédicat nominal« . Combien pensez-vous qu’il y ait de Français capable de comprendre le terme de copule du prédicat nominal ?

Par ailleurs, en vue d’adapter les cours à des amphithéâtres parfois remplis d’une centaine d’élèves, certaines notions ne pas sont abordées et des zones d’ombres subsistent. « On va faire telle chose comme cela, on va dire que c’est une exception, ne cherchez pas, apprenez-le ainsi et puis voilà. » C’est exactement l’erreur qu’il faut absolument éviter dans l’apprentissage d’une langue étrangère. La langue japonaise est ultra logique et rationnelle, mais en vue de ne pas compliquer les enseignements, les professeurs ont tendance à parfois la rendre approximative, ce qui la rend bien plus difficile à appréhender. Ce sont ces erreurs que je m’efforce à ne pas répéter dans mon enseignement du japonais.

L.E : D’ailleurs on voit bien sur quels points ta méthode se démarque de l’enseignement universitaire. Quoiqu’il en soit, le succès a été au rendez-vous au lancement de la chaîne ! Tu précises dans ta vidéo de présentation que cela fait « des semaines que tu travailles/travaillais quotidiennement sur ce projet ». Es-tu seul aux commandes de ce dernier ? Et comment as-tu défini les spécificités de ta méthode d’enseignement ?

J.F : Je suis absolument seul à réaliser ce projet, c’est ce qui le rend si compliqué et long à mettre en place. En dehors de Kuromai, illustratrice professionnelle qui s’occupe selon mes indications des dessins habillant ma chaîne et d’Antoine Duchêne, compositeur professionnel qui s’est chargé des quelques effets sonores, je suis seul. Seul à avoir dressé un plan de cours élaboré et peaufiné au fil de nombreux mois d’enseignement, seul à avoir créé, monté et entretenu le plateau de tournage, seul à m’occuper de la capture vidéo et son, de l’agencement logiciel, seul à m’occuper de la promotion, du montage, de la publication. Ça demande énormément de temps et d’efforts, d’autant plus que je fais ça dans mon temps libre en dehors des heures de cours quotidiennes que je dispense à côté pour gagner ma vie !

Enseigner le japonais dans une vidéo publiée sur Internet est incroyablement plus compliqué que de donner un cours face à des élèves. Il faut être exhaustif, il faut être précis, il faut être irréprochable. Internet a tendance à ne pas pardonner les erreurs, déjà car son public est parfois peu indulgent ; je ne suis pas à plaindre à ce niveau-là, pour l’instant ils sont adorables ! Mais surtout car une erreur est gravée sur la toile et le sera aussi longtemps que la vidéo sera disponible.

Pas plus tard qu’hier, j’ai passé l’après-midi à remonter tout une vidéo de quinze minutes publiée en début de journée car il manquait un accent sur une lettre japonaise dans un tableau. Bref, un détail qui m’avait échappé, mais qui ne pouvait rester sans correction si l’on désire être précis dans cet enseignement et rigoureux ; ce sont mes objectifs, voilà pourquoi j’ai tenu à corriger cela afin d’offrir un contenu irréprochable aux élèves.

L.E : « A l’université, les cours de langue sont généralement découpées selon le cadre européen commun de référence pour les langues (A1, A2, B1, B2, C1, C2). Prends-tu en compte cette graduation pour déterminer si tes vidéos délivrent bien tous les acquis nécessaires à la maîtrise d’une langue ?

J.F : Je ne prends en compte aucune de ces références. La méthode d’enseignement du japonais que j’ai élaborée et peaufinée au fil des mois avec mes nombreux élèves semble fonctionner. Des jeunes adultes ont appris à maîtriser la langue, son écriture et toute l’étendue de sa grammaire en dix mois à mes côtés, en seulement une trentaine d’heures de cours. C’est ce qui me conforte dans l’idée que mon enseignement a quelque chose d’efficace, et c’est aujourd’hui ce que je désire proposer gratuitement à Internet. Les premiers retours sont d’ailleurs très positifs, autant de la part des personnes qui découvrent la langue que des étudiants déjà confirmés en japonais, qui sont à ce propos nombreux à m’assurer que mes cours sont bien mieux expliqués et complets que ceux auxquels ils assistent en universités.

L.E : Effectivement, on se rend bien compte de ta grande implication pour proposer des cours de qualité, et des retours très positifs que tu reçois, mais penses-tu qu’un cours numérique puisse remplacer un cours universitaire où les élèves et le professeur interagissent directement ? 

J.F : Indiscutablement, non. C’est ce qui va manquer dans ce format de cours sur YouTube : le contact physique entre le professeur et l’élève. Non pas au niveau des questions qui peuvent m’être posées, puisque j’ai toute la capacité d’y répondre sur YouTube, Twitter ou Facebook. Mais plus dans le sens où il est difficile de voir si un élève comprend son explication lorsque l’on n’a pas son visage sous les yeux. C’est pour palier cette difficulté que j’organise mes cours de la manière suivante : l’explication est d’abord donnée lentement, expliquée, illustrée suffisamment pour être je l’espère bien comprise, puis je rentre en fin de vidéo dans des détails plus poussés, notamment de linguistique, de phonétique ou d’étymologie et qui pourront intéresser une partie d’élèves plus à l’aise avec la leçon. Le défi dans ce genre de cours sur YouTube est d’arriver à enseigner des choses en imaginant les multiples réactions possibles des élèves pour adapter au mieux ses mots et ses explications.

Pour finir, les récentes technologies permettent de diffuser du contenu en direct sur Internet grâce aux lives : Twitch, YouTube… C’est un format dont j’entends bien me servir pour organiser quelques sessions plus « directes » avec les élèves, durant lesquelles ils communiqueraient avec moi par messages instantanés, ou pourquoi pas à l’oral via Skype !

L.E : Ta chaîne YouTube compte presque 5000 abonnés, soit tout autant d’élèves potentiels. As-tu une idée de l’hétérogénéité de ton public ? Y’a-t-il une tranche d’âge plus présente que les autres ? On imagine que les cours virtuels s’adressent davantage à un public jeune mais peut-être y’a-t-il des contre-exemples dans ton public ? 
J.F : Je pense qu’il y a de tout. Sans avoir de chiffres précis, j’imagine que les élèves les plus jeunes sont collégiens. Hormis un enfant de quatre ans qui s’y essaye aussi et dont on m’a envoyé sur Facebook les photos des feuilles sur lesquelles il apprend à tracer les alphabets japonais ! Les plus âgés sont plus difficile à définir : beaucoup de gens autour de la vingtaine, des trentenaires, mais aussi des élèves ayant quarante voire cinquante ans ! Je suis ravi de les voir se mettre à l’apprentissage du japonais à cet âge-là. Peut-être le désiraient-ils depuis longtemps sans jamais avoir vraiment su comment y accéder.

Les résultats d’un enfant de 4 ans, avec comme professeur M. Fontanier !

L.E : Question un peu plus anecdotique mais que nombreux élèves se posaient au début: que signifient les deux idéogrammes derrière toi à gauche et à droite de la bibliothèque ?

J.F : C’est une question à laquelle je tiens à ne pas répondre ! Ces deux idéogrammes que j’ai moi-même tracés au pinceau japonais servent d’exemple à un cours dans lequel on apprend, grâce à un dictionnaire fabuleux, comment trouver le sens de n’importe quel idéogramme qui nous tombe sous la main. En gros, assistez aux cours et vous aurez la réponse de vous-même [rires] !

L.E : Le scoop sera pour une prochaine fois ! Bien que tu sois le premier sur YouTube à proposer des cours de langue d’une aussi grande qualité, t’es-tu inspiré d’autres vidéastes ?

J.F : En réalité, il existe déjà des vidéos d’enseignement des langues étrangères sur YouTube, mais je ne m’en suis aucunement inspirée ; au contraire, j’essaye de ne pas répéter tous les défauts qu’elles peuvent parfois accumuler. Parlons du japonais puisque c’est le sujet ici : on trouve beaucoup de vidéo qui nous enseignent des expressions toutes faites, comment dire bonjour, merci, donner son âge ou même inviter une Japonaise à boire un verre. Pour moi, c’est du blablatage. Apprendre des phrases toutes construites est certes très utile lorsque l’on va une semaine au Japon et que l’on veut pouvoir se débrouiller un minimum sur place, mais ça n’enseigne absolument rien de solide, surtout grammaticalement. Pour le reste, la qualité image et son de ces vidéos laissent parfois à désirer, c’est pourquoi j’ai investi dans du matériel professionnel pour proposer des cours visuellement beau, propres, bref, qui donnent envie à regarder. J’espère que c’est le cas !

L.E : Tu évoquais tout à l’heure le temps que tu investis pour conduire ta chaîne. Comment s’organise ta semaine entre le tournage des vidéos, le montage, la mise en ligne… ? Professeur sur YouTube, c’est un travail à temps plein ?

J.F : C’est énormément de travail. Je m’étais préparé mentalement à ce que ce soit long, très long, donc en un sens je n’ai pas été surpris. Mais dans les faits, c’était encore plus difficile que je ne l’imaginais. Sans parler de la préparation des cours qui a demandé une grande minutie, le tournage des épisodes est un moment éprouvant. Comme je l’ai dit tout à l’heure, je suis seul à gérer ça. Seul à monter le plateau dans mon appartement minuscule, à déplacer les meubles, à tout placer au millimètre près pour que le rendu à l’image soit équivalent d’un épisode à l’autre. Et une fois que tout est préparé, que les logiciels sont lancés, vérifiés… Il faut déborder d’énergie pour tourner et être un bon professeur face à la caméra, pour que chaque épisode soit agréable à regarder pour l’élève. Heureusement, le thé vert envoyé par une amie japonaise me permet de me maintenir en forme ! Mais ça demande énormément de concentration, et je n’ai pas hésité à remonter entièrement le décor pour tourner deux ou trois cours qui, après coup, ne me paraissaient pas bons pour être diffusés.

Le montage est beaucoup plus calme, on peut le faire en caleçon décoiffé sous sa couverture, les élèves ne le voient pas ! Heureusement, les cours que je propose n’ont pas besoin de fourmiller d’effets spéciaux, ce qui rend les choses relativement simples, mais pas courtes pour autant.

Mais en somme, oui, tout ça est très chronophage, d’autant plus que je continue de donner des cours à côté pour gagner ma vie. Ça me prend tout mon temps libre, quoi !

 

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Les résultats d’un enfant de 4 ans, avec comme professeur M. Fontanier !

L.E Comment gères-tu l’aspect financier sachant que tes vidéos et les documents que tu mets à disposition sont tous gratuits ?

J.F : Je tiens formellement à ce que tout le contenu que je propose sur Internet soit gratuit. Pour moi, l’accès à la connaissance est quelque chose qui ne doit pas être payant, surtout dans le monde actuel où Internet facilite énormément les choses ; c’est déjà ce que propose Wikipédia et j’entends marcher dans les mêmes pas qu’eux. Le japonais est une langue dite « rare », une langue dont l’enseignement est très peu répandu en France et dont les prix des heures de cours particuliers avoisinent généralement les 45€, pour pas grand-chose la plupart du temps. Vu l’engouement immense qu’a la jeunesse actuelle envers le Japon et la langue japonaise, je trouve que c’est du vol que d’en profiter ainsi pour gagner de l’argent. Selon moi, l’accès à la connaissance doit être gratuit, c’est pour cela que mes cours sont gratuits, c’est pour cela que les fiches exercices et corrections sont toutes accessibles gratuitement d’un simple clic, et tout cela le restera ! Je ne gagne donc pas un seul centime sur ce travail, d’autant plus que je ne monétise pas la chaîne YouTube : j’ai toujours eu horreur de la publicité sur YouTube et je ne me vois pas imposer à mes élèves un spot publicitaire avant chaque leçon, qu’ils restent concentrés dans les meilleures conditions d’apprentissage possibles ! Alors forcément, financièrement, ça fait un gros trou, surtout que j’ai dû investir beaucoup d’argent dans le plateau de tournage, le décor, sans oublier le PC acheté à l’occasion pour pouvoir monter des vidéos en HD, les licences de logiciels nécessaires… Mais je prends du plaisir à faire tout ça, et ça me suffit pour m’y retrouver. Quand vous allez jouer au foot ou voir un film au cinéma durant votre temps libre, vous y prenez du plaisir sans gagner d’argent en retour, n’est-ce pas ? Considérez que c’est la même chose pour moi : savoir que l’apprentissage du japonais est enfin accessible, gratuitement, à toutes ces personnes qui en rêvaient depuis des années me rend sincèrement heureux et suffit à me motiver pour continuer sans relâche cette aventure !

L.E : C’est tout à ton honneur de proposer une telle qualité d’enseignement en toute gratuité et de te soucier autant de tes élèves (pas de pubs, des lives etc.) ! En plus de cette organisation millimétrée, tu évoquais la possibilité de mettre en relation des étudiants français avec des étudiants japonais. C’est possible de faire cela pour 5000 apprenants ? Indirectement, s’il y a une sélection, comment penses-tu la faire ?

J.F : J’aimerais que ça le soit ! Et je ferai tout en ce sens. Beaucoup d’élèves m’ont déjà demandé s’il y allait avoir une sélection pour bénéficier d’un correspondant japonais. C’est une chose que j’aimerais éviter, car à mon sens, tout le monde, quel que soit son niveau en japonais, méritent de découvrir davantage la culture nippone via une amitié japonaise. Evidemment, ça risque d’être compliqué de trouver autant de correspondants japonais, d’autant plus que ces 5000 élèves dont vous parlez sont ceux abonnés seulement après les premières semaines de cours, le nombre risque, je l’espère, de grimper… Mais je ne m’inquiète pas trop pour cela. Le projet des correspondants japonais est un gros projet qui me tient à cœur, mais je ne peux pas le lancer actuellement : déjà car il demandera énormément d’organisation à laquelle je n’ai dans l’instant pas le temps de m’atteler, ensuite car il faudra que mes élèves commencent à apprendre la grammaire japonaise et soient capables de créer des phrases pour que les échanges avec les Japonais ne se limitent pas à du blablatage en anglais comme c’est malheureusement souvent le cas entre étudiants franco-japonais. En ce moment même, je réfléchis à différentes manières de donner vie à ce projet, et je ne manquerai pas de vous en tenir au courant en temps et en heure lorsque j’aurais davantage d’informations plus concrètes à vous donner !

L.E : Quoiqu’il en soit, on ressent aussi bien la passion qui t’anime à travers cette interview qu’à travers les vidéos de ta chaîne YouTube. On aimerait que d’autres langues soient enseignées avec une telle qualité et gratuitement via Internet. Penses-tu que ton projet peut donner vie à d’autres ? Penses-tu avoir normé ce que doit être un bon cours numérique de langue ?

J.F : J’ignore ce que sera ce projet de cours de japonais dans le futur, s’il inspirera la création d’autres format du genre. Je ne me pose pas ce genre de question, je me concentre sur ce travail en essayant de le rendre le plus accessible et qualitatif possible, et je suis comblé de voir qu’il attire déjà plusieurs milliers de personnes en quête d’apprendre le japonais. Je serai ravi qu’il pousse d’autres personnes à propager gratuitement leurs connaissances. Beaucoup de gens se pensent riches car ils possèdent de grandes connaissances, mais je suis persuadé que la véritable richesse est de savoir partager avec les hommes ce que l’on sait, pas de le garder pour soi et de parfois même arriver jusqu’à s’en vanter. Aujourd’hui, l’outil formidable qu’est Internet permet aux hommes de satisfaire cette soif de savoir qui nous anime depuis des siècles entiers : c’est une aubaine à n’assurément pas manquer !

L.E : « En espérant que le message sera entendu ! Pour terminer, as-tu des projets – présents ou futurs – en parallèle de cette chaîne ?

J.F : Actuellement, je m’investis à fond dans ces cours de japonais sur YouTube, mais il est déjà prévu que je retourne prochainement au Japon tourner une nouvelle série de reportages sur la vie à Tokyo. J’ai hâte !

Bien entendu, j’ai énormément de projets qui me trottent dans la tête depuis des années, mais je pense qu’il faut savoir se concentrer sur ce que l’on est en train de faire pour ne pas trop s’éparpiller et s’investir correctement !

L.E : Un dernier petit mot à passer à tes élèves ?

J.F : Continuez de bien travailler, je suis très fier de vous ! N’oubliez pas que l’essence première de l’apprentissage d’une langue est la passion, ne vous forcez pas, allez à votre rythme, progressez par envie et jamais par contrainte. J’ai hâte de pouvoir converser en japonais avec vous !

L.E : Encore merci Julien, et toute l’équipe du journal te souhaite une très bonne continuation !

Lien vers tous les cours du Professeur Fontanier : www.youtube.com/c/coursdejaponaisFR
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