Culture

Le réalisateur d’Homeland : Abbas Fahdel au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon

Homeland plonge les spectateurs au cœur de la vie irakienne. Abbas Fahdel filme pendant cinq heures trente les conditions de vie sous Saddam Hussein, la propagande du régime ou encore la peur de la guerre, quasiment imminente.

Le réalisateur sort à nouveau sa caméra pour nous faire part de l’état du pays après l’invasion américaine de 2003. Tout est filmé : les ruines, les américains sur leur char, les discussions familiales, la peur des brigands.. Ce film aux allures de documentaire dévoile le vrai visage des irakiens.

Géraud Lefebvre : « Quelle est votre émotion quand vous revoyez le film? »

Abbas Fahdel : « J ‘ai toujours du mal à revoir Homeland. Ça n’est pas un film pour moi : c’est l’histoire de ma vie, de ma famille, de mon pays. C’est douloureux et je préfère éviter de le regarder. En réalité, je ne l’ai vu que deux fois : la première pour des raisons techniques, la seconde avec le public pour vérifier les sous-titres. Après je n’ai plus su le regarder. »

G.L : « Vous avez reçu le prix du meilleur long métrage au festival Vision du réel à Nyons en Suisse. Quel effet cela vous fait ? »

Abbas Fahdel : « Cela fait plaisir, c’est de la reconnaissance. Au départ, personne ne croyait en mon film. Un festival se prive de 3 ou 4 films en sélectionnant mon documentaire. Pourtant il a été visionné un peu partout dans le monde. C’est rassurant pour tout cinéaste qui aime faire des films non formatés : je n’ai aucune contrainte au niveau de la longueur et de la forme. Quelqu’un m’a dit qu’il avait envie de faire son premier film en voyant Homeland. C’est flatteur et j’encourage toute personne à se lancer. »     

 Homeland, c’est l’histoire de ma vie, de ma famille, de mon pays

G. L : »Une personne apparaît souvent dans votre film. Il s’agit de votre neveu : Haïdar. On ressent une forte complicité entre vous. On a l’impression qu’il a envie de tout dire, de tout dévoiler. »     

A . F : « Je l’ai découvert en même temps que les spectateurs du film. Je l’ai connu, il avait trois ans et je le redécouvre à mon retour en Irak :  il en avait onze.. On devient rapidement inséparable, il s’attache à moi et inversement. Dans les séquences où il n’apparaît pas, il était à côté de moi. Ce qui est formidable chez lui c’est son intelligence, sa vitalité, il est très mature comme tous les enfants irakiens. Dans les pays où on devine la guerre, les enfants grandissent rapidement. Ils s’opposent même au discours des adultes et connaissent parfaitement la situation politique du pays »

G.L «Vous filmez les événements qui ont lieu avant et après l’invasion américaine de 2003. est-ce un choix de se focaliser sur la vie des irakiens et non sur la guerre ? »

A.F « Je vivais en France et j’étais irrité de ce qu’il se disait de l’Irak. On voyait Saddam Hussein ou des clichés sur le pays. Ce n’est pas du tout irakien. J’ai donc décidé de prendre ma caméra et de partir filmer dans mon pays. Si je ne le faisais pas, personne ne l’aurait fait. Surtout pas les reporters étrangers, ils n’avaient pas la volonté et la possibilité de faire ça. J’ai montré le vrai visage des irakiens avec ce documentaire. »

G.L « Vous  a-t-on déjà interdit de filmer ? »

A.F « Sous Saddam Hussein oui : c’était quasiment interdit, j’ai tourné clandestinement. 80% des plans sont filmés dans la maison, ça ne posait pas de problème. En revanche dehors, il fallait être vigilant. Après la guerre, le risque était d’attirer l’attention des américains, des insurgés ou des pillards. Les irakiens ont des choses à raconter et sont contents d’être filmés. Quant aux enfants, ils aiment la caméra, c’est leur allié. Ils m’appelaient « oncle, oncle » c’est comme ça qu’on nomme l’homme en Irak. « Oncle, moi tu ne m’as pas filmé ». A chaque fois je ponctuais les scènes du film par des plans séquences sur les enfants. J’aime beaucoup leur sourire, ils sont très beaux. Ça me fait aussi penser à ma fille. En plus, l’Irak est un pays jeune, beaucoup de personnes sont mortes dans les guerres.  Je voulais montrer la  jeunesse dans mon film. »

G.L « On sent cette volonté de vouloir tout filmer, avez-vous eu la volonté de faire du tournez montez et de ne rien couper au montage ? »

A.F « Je suis adepte de plans séquence. En l’occurrence, Je filme la vie quotidienne et elle ne se coupe pas à l’inverse du film d’action. Les actes de la vie : manger, parler et même se chamailler prend du temps à filmer. C’est un principe de mise en scène qui s’impose par le sujet lui-même.

D’ailleurs, quand je tourne, j’imagine ce qu’il y a autour du cadre pour préparer mon panorama. J’ai cette capacité quand je tourne et non dans la vrai vie. Ma perception est doublée quand j’ai la caméra entre mes mains. »