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Pourquoi il faut s’opposer à de nouvelles frappes en Syrie

Les dernières frappes de l’armée américaine contre la base syrienne de Shayrat constituent une grave atteinte au droit international et au processus de paix dans le pays. De nouvelles attaques pourraient suivre par la coalition, il est urgent de s’y opposer. A moins de ne pas vouloir retenir les leçons du passé.

Les faits. Jeudi 6 avril, Donald Trump décide finalement de passer à l’attaque contre le régime syrien et lance 59 missiles sur la base de Shayrat, en réaction au raid aérien lancé sur Khan Cheikhoun deux jours plus tôt, que la Maison Blanche impute directement au pouvoir de Bachar al-Assad. Ce raid a fait 86 morts, au moins, dont 27 enfants et plus de 160 blessés dans cette petite ville de la province d’Idleb, contrôlée par les rebelles et jihadistes. Il est qualifié d’attaque chimique par deux sources uniquement, qui accusent également Damas d’être à l’origine de l’attaque : l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme (OSDH), et l’organisation des Casques blancs. Deux sources peu fiables, à l’indépendance jugée douteuse à plusieurs reprises.

Article Le Figaro

L’OSDH, tenu par un opposant au régime, a été jugé en 2013 comme l’une des sources les moins partiales par l’Agence France-Presse. L’organisation des Casques blancs (financée à 23 millions de dollars par le gouvernement américain via USAID, 20 millions de livres de gouvernement britannique, et 4 millions d’euros par le gouvernement hollandais) est quant à elle suspectée de fabriquer de fausses images et vidéos pour mettre en scène leur action sur le terrain.

Article Huffington Post

Les questions. A la veille de nouvelles négociations de paix, après les derniers pourparlers de Genève en mars, et peu de temps après que la Maison Blanche déclare ne pas s’ingérer au conflit, pourquoi Bachar al-Assad lancerait-il soudain une attaque contre son peuple, qui plus est à l’aide de gaz chimique, suffisamment sanglante et spectaculaire pour se mettre à dos la quasi-totalité de la communauté internationale ?

Pourquoi cet empressement à intervenir militairement, avant même d’obtenir des preuves solides et fiables ? En 2013, après le massacre à l’arme chimique à Damas, provoquant 1845 morts et presque 10 000 blessés, les Nations Unies n’avaient pas réussi à prouver la responsabilité du régime. Une étude de la très reconnue Massachussetts Institue of Technology (MIT) concluait même que les frappes avaient été perpétrées depuis une zone rebelle.

Article Le Point

Pourquoi contourner le droit international et la constitution américaine ? Ce scénario nous rappelle les débuts de la seconde Guerre du Golfe, et les fausses allégations portées à l’encontre de Saddam Hussein, et sa supposée possession d’armes de destruction massive.

Le contexte. La Syrie est actuellement l’épicentre d’un possible basculement politique du Moyen-Orient. Le pays, gouverné par des Alaouites, branche du Chiisme, est en proie au retour des Sunnites. Un grand danger pour la Russie, soutien militaire au régime d’al-Assad, qui verrait se fermer la route allant du port de Tartous, au Nord, à Bagdad et Téhéran, jusqu’au Golfe Persique, et mettre directement à mal ses intérêts dans la région. En intégrant le conflit, la Russie saisit également l’occasion en or d’affaiblir les monarchies pétrolières du Moyen-Orient, notamment les Saoudiens, sunnites. Pour se faire, elle fait alliance avec les principaux pouvoirs chiites, à savoir l’Iran, le Hezbollah libanais et le nouveau gouvernement d’Irak. Avec cette alliance, le Kremlin et les régimes chiites peuvent mettre fin à la domination américaine au Moyen-Orient et faire tomber les monarchies sunnites en cas de victoire, permettant une hausse du prix du pétrole.

Un scénario impensable pour le camp de l’OTAN, qui a tout intérêt à ce que Bachar al-Assad quitte le pouvoir.

Ce qu’il risque de se passer. Le Sénat américain et la Maison Blanche vont probablement passer une résolution condamnant Bachar al-Assad pour cette attaque. On y devinera une autorisation d’user une fois de plus la force militaire. Cette résolution laissera probablement un ultimatum à Bachar al-Assad pour quitter le pouvoir avant d’éventuelles frappes, le même type d’ultimatum qui avait été laissé à Milosevic et Saddam Hussein à quelques jours de l’offensive finale. 

Ce qu’on peut faire. Bouger les pierres, faute de pouvoir déplacer les montagnes. Nous invitons les lecteurs à se mobiliser, à mener des actions collectives et se rassembler pacifiquement de type #handsoffsyria aux USA, pour demander la non-intervention de l’armée française dans le conflit syrien, en l’absence de preuves réelles accablant le régime de Damas.

Contrairement aux Anglais et aux Américains, le citoyen français n’a pas le privilège de pouvoir demander à ses députés de voter contre une intervention militaire. Sauf cas d’urgence, seul le Président, chef des armés, peut en décider. Commençons par lutter par l’information.

Opinion, Politique

Attentats : journaliste ou citoyen

Peu de temps après les commémorations des attentats de Charlie Hebdo, après ceux, douloureux, du 13 novembre, le traitement humain d’un attentat par les journalistes –dans un contexte où le hard news le rend pernicieux-, pose question.

Attentat, n.m : Atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, acte de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou l’intégrité du territoire national.

Journaliste, n.m, n.f : Est celui dont le métier est d’informer à travers un média, presse écrite, radio, télévision. Son travail consiste à collecter, vérifier, sélectionner, synthétiser et commenter des faits pour les présenter au public.

Le devoir d’informer et la liberté d’expression sont les fondements même de toute société démocratique. La France a connu en 2016 plusieurs attentats sur son sol, comme quelque chose d’inédit, que les journalistes ont du in fine traiter, comme toute autre information majeure. Néanmoins, la course effrénée à l’information et au sensationnalisme a pris le pas sur la logique journalistique, et nous avons vu les médias sombrer en direct.

Le 15 janvier 2015, le gendarme de l’audiovisuel, le CSA, a convoqué télévisions et radios afin de les avertir sur leur –mauvais- traitement des attentats. Un appel à la prudence avait été donné, notamment à cause du non-respect des impératifs de sécurité. La liste serait bien longue à énumérer, mais on peut toutefois se rappeler de l’accusation largement fondée à l’encontre de BFMTV, annonçant en direct que des personnes se trouvaient cachées dans une chambre froide au sous-sol de l’Hyper Cacher.

La victoire du « journalisme jaune »

Il y a déjà un bon nombre d’années que les médias ont développé des stratégies de développement de programmes de type hard news afin d’attirer un maximum d’audience. Il est donc peu étonnant que des chaînes d’info en continu se laissent aller au sensationnalisme, appelé dans le milieu « journalisme jaune » et diffusent des images, des vidéos ou encore des témoignages de victimes sans aucun filtre. Sous la pression du direct, on cherche un proche, une victime encore sonnée qu’on doit absolument interviewer afin de combler le manque cruel d’images. Mais la course aux images chocs a même touché France Télévisions, TF1 ainsi que des journaux mythiques comme Libération ou Le Point, avec sa une dégoûtante montrant la photo du policier à terre avant de se faire abattre par les terroristes de Charlie Hebdo.

La déontologie a laissé sa place à la logique de « mass-médiatisation », largement insufflée par Internet et les réseaux sociaux, qui, pour le coup, ont largement pris part au grand n’importe quoi ambiant. Sans aucune analyse ni aucun recul, comme si tous les journalistes de France avaient décidé de laisser leurs cerveaux blessés et choqués au bureau, la montée crescendo du malsain s’est organisée.

Des situations exceptionnelles

Le temps médiatique a souvent du mal à s’accorder avec le policier, spécialement lors d’un moment de crise ou d’une situation exceptionnelle, qui sort de l’ordinaire. Le droit d’informer de la presse se heurte ainsi à la volonté de discrétion des forces de l’ordre, mais n’excuse en rien les dysfonctionnements majeurs dont les journalistes et les rédactions sont coupables.

Balloté entre ressentis personnels et réflexes professionnels, le métier de journaliste peut devenir difficile à exercer en direct, surtout lorsque l’on évolue habituellement loin des zones de conflits. Des reporters de guerre ou photojournalistes, habitués aux terrains de guerre ont facilement avoué que ces attentats sur le sol français avait une portée différente en étant français et journaliste, à l’instar de Patrick Chauvel, qui avoue volontiers à Télérama : « J’ai du mal à me contenter d’être photographe. Etant aussi Français et citoyen, habitant moi-même à Belleville, je voudrais pouvoir agir, et je suis très en colère […] C’est également très étrange de retrouver, dans la ville, tous les photographes de guerre que l’on ne croise jamais d’habitude à Paris, équipés comme s’ils étaient en reportage en Libye.»

Sans tomber dans le pessimisme, il est probable que les français vivent à nouveau un attentat. Il est alors essentiel que les journalistes soient préparés professionnellement et psychologiquement à ce type d’évènement, afin d’être les fossoyeurs de la déontologie journalistique.

Opinion, Politique

Il faut mettre fin à l’Etat d’urgence

La France est le seul pays de l’Union Européenne à vivre dans un état d’urgence permanent. Il avait été instauré au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, et il se poursuivra jusqu’au 15 juillet 2017. Nous en sommes aujourd’hui à sa cinquième reconduite, décidée après 3 jours de débat seulement au Parlement, et zéro audition.

Le seul pays de l’Union Européenne. En voilà une honteuse distinction. Pourquoi ? Car l’état d’urgence, au fur et à mesure qu’il se poursuit, dévore toute une série de libertés individuelles qui façonnaient jusqu’ici notre identité et nous distinguait, cette-fois avec fierté, des autres démocraties. Véritable cavalier fou d’un système autoritaire, il augmente les pouvoirs de l’administration (les préfets), du parquet et de la police, et permet au juge administratif de contourner le juge judiciaire. Concrètement, sa reconduite a provoqué une pluie de lois liberticides en remettant en question les fondements de notre République : la distinction entre police judiciaire et police administrative, le contrôle judiciaire a priori et a posteriori et la séparation des pouvoirs. Ses défenseurs rétorqueront que cette loi a été votée par Parlement et que cette décision a valeur démocratique mais, avec tout le respect, qu’ils se taisent un peu. Ce n’est pas parce que le Parlement vote une loi qu’il faut l’adouber sans sourciller.

Toutes ces lois parallèles instaurent indépendamment un état d’urgence permanent. Et l’Etat de droit ne fonctionne pas si l’état d’urgence devient permanent. L’équation est simple, mais ce sont toujours les choses simples qui perdent de leur évidence quand elles sont tiraillées par leurs ennemis. Selon notre Constitution, toute entrave à nos fondements doit être autorisée par juge judiciaire, or ce n’est pas du tout le cas ici. Exemple ? L’état d’urgence autorise les perquisitions administratives sans recours, sur un simple soupçon de terrorisme. Il y en a eu 4500 depuis son application, qui n’ont débouché sur… rien. Seule une dizaine de poursuites à peine. Tout cela dans des conditions épouvantables où les forces de l’ordre déboulent au petit matin au domicile des suspects, devant femmes, enfants, parents. Du bon gros arbitrage en somme. Pourtant la Constitution est claire à ce sujet, il suffit de lire la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui lui est rattachée, et son article 12 :

« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. »

En d’autres termes, aucun citoyen français ne devrait être victime de l’arbitraire de l’Etat.

Pas de sécurité sans libertés

Comment expliquer cette régression ? L’esprit de sécurité se substitue à l’esprit de sûreté et les citoyens semblent s’en accommoder. La peur du terrorisme absorbe toutes les peurs, on s’intéresse moins à l’environnement, aux risques phytosanitaires… Nous laissons l’Etat bafouer nos libertés pour atteindre un semblant de risque zéro, qui est pourtant inatteignable. On n’éradique pas le terrorisme, et on n’obtient pas la sécurité sans libertés.

Et l’état d’urgence a un coût. Financièrement, on en ignore encore le montant, probablement considérable. Mais on connaît déjà celui qui pèse sur la cohésion sociale, sur le racisme, sur les conditions de travail des forces de l’ordre, et la méconnaissance de la laïcité. Ce sont souvent les mêmes – les citoyens musulmans pour ne pas les nommer – qui sont réquisitionnés et assignés à résidence. Ou comment aggraver encore un peu plus les difficultés d’intégration que l’on connait déjà.

Il faut absolument que la France s’en dégage, et recouvre son identité. Dernièrement, le président Turc Recep Tayyip Erdogan a pris notre pays en exemple pour légitimer l’accroissement de ses pouvoirs. Est-ce bien ce type de gouvernements que nous voulons inspirer ? 

Clément Martinet

Politique

Une démocratie apaisée dans les monarchies constitutionnelles

Depuis la Révolution, notre système est en perpétuel changement. Après deux Empires, plusieurs Restaurations et quatre Républiques, la cinquième est déjà remise en cause et émaillé de scandales divers et variés. Pourquoi les monarchies constitutionnelles, notamment celles des pays scandinaves et l’Angleterre sont-elles plus apaisées et pérennes ?

En 2014, 84 % des Norvégiens étaient favorables à la monarchie constitutionnelle. Souvent, la répartition du pouvoir entre un roi ou une reine qui règne mais ne gouverne pas et un chef du gouvernement qui gouverne mais ne règne pas semble plaire aux citoyens des pays concernés. Le monarque est garant de la démocratie et de la Constitution et les monarchies constitutionnelles modernes font de cette prérogative leur force. Les abus de pouvoir de la part du gouvernement en place sont foncièrement limités. Comment se fait-il que dans les monarchies constitutionnelles européennes la démocratie semble mieux fonctionner ?

D’un point de vue sociétal, l’exemple de la Suède, monarchie constitutionnelle de temps immémorial, est assez flagrant. Alors qu’en France, la loi du 17 mai 2013 sur le mariage homosexuel a entraîné en amont des mobilisations énormes, le Parlement suédois a adopté le 1er avril 2009 à une écrasante majorité le mariage civil et religieux de deux personnes du même sexe. C’est le premier pays à légiférer sur le mariage religieux. Ainsi, l’Eglise luthérienne, la religion officielle du pays, a pour obligation de trouver un pasteur afin de procéder au mariage homosexuel. De plus, nos voisins européens, à l’image des Pays-Bas, ont souvent été en avance sur les questions sociétales et sociales comme le congé paternité. Ainsi, alors que le débat sur la dépénalisation du cannabis fait du sur-place en France, les Hollandais ont depuis 1976 légalisé le cannabis, tout en interdisant sa publicité et sa culture. Depuis, la consommation de cannabis est en baisse chez les 15-24 ans et le débat citoyen n’est pas bloqué.

Par là, il faut pouvoir entendre que la République n’est pas gage d’avancées plus que les monarchies constitutionnelles. La République « monarchique » voulue par De Gaulle en 1958, où le chef de l’Etat a entre ses mains tous les pouvoirs, où il règne et gouverne entre autoritarisme et refus de démocratie en est parfois l’exemple.

Vers une 6ème République ?

Une monarchie reste in fine un système politique -s’apparentant à une oligarchie ou une dynastie- où les membres d’une même famille se passent le pouvoir sans être élus par le peuple. Même si ce système semble populaire et stable dans les pays européens concernés, celui-ci n’est pas envisageable en France.

Ainsi, de Jean-Luc Mélenchon en passant par Cécile Duflot ou François Bayrou, tous appellent à la création d’une 6ème République afin de redonner davantage de place à l’Exécutif, plus de pouvoir au peuple et au Parlement. Notre histoire quelque peu chaotique n’a jamais réussi à trouver un système équilibré et plus de deux siècles après la Révolution, l’attente d’un meilleur équilibre institutionnel est latente, alors que ce-dernier semble être trouvé dans les monarchies constitutionnelles européennes. L’Allemagne, depuis la seconde guerre mondiale, semble avoir trouvé un juste milieu, où le Président n’a qu’un pouvoir symbolique et où le chancelier, à l’image d’Helmut Kohl et Gerhard Schröder, ne revient pas sur la scène politique après une défaite.

Le 23 juin dernier, c’est l’Angleterre qui a opté pour un moyen démocratique direct : le référendum. Plus de 72 % des électeurs britanniques ont voté pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Trouverons-nous une meilleure répartition des pouvoirs en France ?

Politique, Reportage

Quand enfance rime avec survie

Quand enfance rime avec survie

Dans un monde où l’on n’en finit plus de déplorer la perte de ses citoyens, on en oublie parfois que pour beaucoup, c’est un quotidien et surtout le début d’une vie qui se construit aux côtés des fusillades et autres explosions sanglantes. Les enfants de guerre, comme on les appelle, connaissent dès le plus jeune âge la terreur, la peur, mais aussi la difficulté de grandir dans un environnement instable politiquement. Ils doivent affronter la dure réalité d’une société ingérable pour les hautes institutions, et des aides apportées aux populations qui restent encore compliquées à délivrer.

Autoriser si peu d’espoir à un enfant, le laisser découvrir le monde dans des conditions aussi désastreuses, ne devrait pas être imaginable. Ils doivent parfois fuir leur pays dans l’espoir d’une vie meilleure, mais partir n’a pas le même résultat pour tous.

Un territoire instable

La Syrie, auparavant berceau de l’humanité, est depuis maintenant quelques années, considérée comme le quartier général du djihadisme, menaçant la terre entière en permanence. Daesh, organisation principalement basée à Raqqa (ville syrienne de presque 200 000 habitants et malheureusement fief de Daesh), sème la terreur à travers le monde par des attentats perpétrés à différents endroits du globe. Daesh, c’est donc aussi la formation et l’entraînement intensif de djihadistes venus des quatre coins de la planète pour rejoindre un groupe qui au fur et à mesure a pris la forme d’une véritable armée. Des chiffres établis par le Soufan Group (institut spécialisé dans les services de renseignements de sécurité, pour les gouvernements et organisations multinationales) fin 2015, porteraient à 86 le nombre de nationalités différentes représentées dans l’État Islamique. Chiffre alarmant mais qui nous fait saisir l’ampleur du phénomène. Ce mouvement ayant donc pris racine en Irak (pays limitrophe de la Syrie), les Syriens ne sont bien sûr pas épargnés. Déjà victime de la guerre civile qui a débuté en mars 2011, la population doit maintenant faire face à la menace terroriste. Au milieu de toutes ces horreurs se trouvent des familles, des civils sans défense et sans moyen de pouvoir poursuivre le cours de leur vie dans des conditions décentes. Les enfants sont les premières victimes de l’atrocité qui est devenue quotidienne.

Affronter le danger pour aider les plus démunis

S’unir est un des moyens pour lutter contre l’oppresseur : à plusieurs, la cause sera plus forte et surtout mieux entendue. Certains ont pris les choses en main, ne laissant pas la peur diriger et dicter la vie d’individus qui sont au chevet d’un monde qui ne laisse parfois pas l’espoir d’un lendemain. « Nous sommes un groupe de Franco-Syriens avec des conjoints et des amis français. Nous avons décidé de nous regrouper dans une association, sans affiliation politique ou confessionnelle et d’agir dans l’unique but d’aider les Syriens civils sinistrés ou déplacés dans toutes les zones de la Syrie. » explique Laurent, un des fondateurs de l’association Cœur et Action pour la Syrie. Indignés, ces occidentaux se mobilisent pour proposer leur aide au peuple syrien qui souffre, loin du confort des pays ‘riches’. « Face à la guerre en Syrie, nous nous sentions démunis, presque coupables d’être protégés ici en France alors que les Syriens souffraient là-bas », poursuit Laurent.

Être tranquillement chez soi en regardant en boucle dans les médias les images de violence, se sentir inutile devant une population sans moyens de défense, vivre dans des conditions décentes, tout cela peut créer une prise de conscience, ainsi qu’une remise en question face aux affres d’une vie qui est non pas sous des épées de Damoclès, mais bien pire, sous les coups de feu et les bombes qui menacent des vies à chaque moment. Danger est le maître mot de leurs journées, que ce soit chez eux ou à l’extérieur ; les habitants n’ont pas de répit. 

Daesh, Bachar Al Assad, les rebelles, le Front Al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda) ainsi que les Kurdes ont tous des intérêts différents à défendre et tiennent donc, par leur violence, la population en otage 24h sur 24. Chaque génération et tranche d’âge est touchée ; les enfants sont les premières victimes, pas le temps d’avoir une enfance digne de ce nom, pas de temps pour l’insouciance. Pendant que dans le monde, certains enfants jouent aux petits soldats, les petits Syriens connaissent la réalité et la terreur d’une vraie guerre. « On a rencontré une fille de 16 ans, elle étendait le linge sur le toit de sa maison lorsqu’un obus est tombé ; elle a perdu sa mère, sa sœur, sa nièce, mais aussi sa jambe » me raconte Laurent. « Aujourd’hui elle est contente de sa nouvelle jambe artificielle que nous lui avons offerte » ajoute-t-elle. Il faut se rendre compte du travail effectué par ce genre d’organisme, dont les membres mettent en péril leur vie pour aider les plus démunis. Un enfant ne peut se construire si on lui vole ce qui l’accompagne tout au long de son existence : sa famille.

Certains enfants s’en sortent sans problème : ceux de familles aisées qui quittent la Syrie afin de poursuivre leurs études dans de bonnes conditions. Ils sont les seuls à partir et retrouver une vie paisible. Les citadins s’en sortent mais vont en classe la boule au ventre, sur le chemin mais aussi une fois en cours, de peur qu’un obus tombe sur leur établissement, « comme il y en a eu ici ou ailleurs et qui ont emporté la vie d’autres enfants pendant ces cinq dernières années ». Les autres n’ont pas la moindre chance. Obligées de fuir leurs habitations, toutes les familles ne rejoignent pas l’Europe. Elles atteignent des pays voisins ou restent à proximité, réfugiées, parfois même à l’intérieur de la Syrie. Ces personnes vivent dans des camps, plus ou moins organisés, équipés ou non d’école, « leur éducation est sporadique, discontinue ou inexistante ».

« Certains sont contraints de travailler pour subsister aux besoins de leurs familles, le sort de certaines filles est malheureusement encore plus triste car elles sont obligées de se marier très jeunes pour ne plus être une charge pour la famille ». Si la guerre ne suffisait pas, les filles peuvent être forcées de quitter leur famille, et débuter une vie qu’elles n’ont en aucun cas choisie. Enlevées par des personnes malintentionnées, ces dernières n’ont pas pour objectif de leur offrir une vie de rêve. Ce témoignage poignant de Laurent a pu me faire comprendre la complexité du monde qui entoure un jeune Syrien. Il ne vit pas, il survit.

Les enfants n’ont pas seulement une vie miséreuse, ils sont délaissés et souvent avec « des séquelles de différents degrés de gravité ». Pertes de proches, victimes des éclats d’obus, les enfants sont touchés psychologiquement mais aussi physiquement. L’association rencontrée m’a raconté comment ils aident les sinistrés de toutes ces horreurs. La nourriture, l’eau potable, les médecins, l’hygiène, l’apport scolaire, tout est rondement mené pour que les Syriens retrouvent une vie un minimum décente ou puissent démarrer un nouveau cycle plus confortable, même si confort reste un mot encore bien fort. L’humanitaire est une cause juste et qui force le respect, au vu des risques encourus par les personnes investies dans des projets qui peuvent présenter multiples difficultés de réalisation une fois installés sur les lieux. La paix est leur seul et unique but, apporter un peu de réconfort dans ce monde si brutal.

Opinion, Politique, Sport

Euro : de qui se joue-t-on ?

Marseille, Nice, Lille… : les débordements des hooligans sont légion depuis le début de la compétition européenne de football.

Pendant que certains voient leurs libertés les plus fondamentalesi bafouées sous couvert de mesures de sûretéii, ou se voient traînés dans la boue médiatique pour le fait d’exercer leurs droits afin de tenter de les préserver, tout le monde trouve normal que l’Euro continue alors qu’il est source des dérives violentes qui mettent nos villes à sac depuis quelques jours.

En effet, l’état d’urgence est en place en France depuis le 14 novembre 2015 et a été depuis cette date prolongé à chaque échéance ; ne doit-on pas s’étonner alors que de tels événements puissent avoir lieu sur notre territoire ?

Etat d’urgence, manifestations et sécurité

Pour rappel, l’état d’urgence est un état d’exception qui donne pouvoir aux autorités administratives de prendre des mesures restreignant les libertés en lieu et place de l’ordre judiciaire.

Or, nombre de ces mesures ont été appliquées depuis novembre, visant en tout premier lieu les manifestations, considérées comme des « réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre » (article 8 de la loi du 3 avril 1955 modifiée). Citons pour les plus marquantes l’interdiction de la Marche pour le Climat qui aurait dû avoir lieu le 29 novembre 2015, ou encore la répression du mouvement Nuit Debout en 2016. Manifestations se revendiquant d’une intention pacifiste.

Ce qui n’est pas le cas des ultras, qui bien au contraire clament leur goût pour les affrontements avec le camp adverse, préparent et annoncent souvent leur venue à l’avance dans le seul but de participer à ces combats, et même de les provoquer.

Ces gens se nourrissent de la violence, et en demandent toujours plus : « On est tous venus pour ça. Le jour du match, tous les Russes ont pris l’avion (pour la France), il y avait environ 150 gars, les plus costauds », raconte Vladimir sur le site francetvsport.fr, ajoutant plus loin que « Rien ne les arrêtera », ces supporters, ni les lois ni les avertissements de l’UEFA.

Alors, pourquoi un tel manque de réaction de la part de nos pouvoirs publics, quand tant de nos concitoyens ont fini avec des blessures infligées arbitrairement par les CRS lors des manifestations contre la loi El Khomri ?

Par ailleurs, rappelons également que la mise en place de l’état d’urgence a été décidée à la suite des attentats du 13 novembre, afin de renforcer la sécurité face à la menace terroriste, et en sus des autres dispositifs déjà actifs (plan Vigipirate et opération Sentinelle notamment).

L’état d’urgence est donc censé avoir pour objectif de protéger la population des dangers qui pèsent sur elle.

Comment ne pas se demander dans ce cas, alors que le spectre des attentats est plus présent que jamais, en quoi laisser s’agglutiner des gens dans des stades immenses ou des fanzones (celle de Paris a une capacité d’accueil de 92 000 personnes par exemple) est plus sûr que de laisser des citoyens défiler dans la rue pour une cause politique ou sociale ?

Comment croire que quelques fouilles de sacs et palpations à l’entrée de ces lieux de communion empêcheront n’importe quel candidat au martyr d’accomplir son dessein ?

Comment ne pas imaginer que l’agitation et la pagaille provoquées par les hooligans dans nos rues puissent être propices à l’action des terroristes ?

On ouvre grand nos frontières aux extrémistes du football qui sont fiers d’annoncer qu’ils ne viennent que pour troubler l’ordre public alors qu’on se méfie de chaque réfugié qui tente sa chance ailleurs que dans son pays en guerre.

On prohibe les réunions et manifestations des citoyens concernés et des militants qui ne font que faire entendre leurs voix divergentes de celles du système en place alors qu’on laisse des supporters surexcités et agressifs saccager l’espace public.

Mais les retombées économiques attendues de l’Euro sont exceptionnelles elles aussi…

« À croire que le Veau d’Or a une promo à l’échelle planétaire ».

i La liberté d’expression, la liberté de circulation et la liberté de réunion sont toutes garanties par la DDHC.

ii Voir notre article sur l’état d’urgence.

Opinion, Politique

L’Etat d’urgence banalisé

Alors que Manuel Valls brandit une nouvelle fois l’ombre pesante du 49.3 pour faire passer la loi Travail, l’Etat d’urgence perdure depuis maintenant 6 mois en toute impunité. Mais ce régime d’exception est-il compatible avec un Etat de droit ?

13 novembre 2015. L’horreur a frappé Paris. Dans la première déclaration publique de François Hollande après les attentats terroristes, ce dernier annonce la mise en place d’une mesure exceptionnelle pour la huitième fois en France depuis 1955 avec la guerre d’Algérie, l’Etat d’urgence. Dans les premiers temps, l’urgence apaise, anesthésie la douleur. Mais quand elle s’installe dans la temporalité, elle trouble et angoisse.

Le bilan de l’Etat d’urgence par le Ministère de l’Intérieur mi-avril est sans appel. L’Etat d’Urgence, c’est 3549 perquisitions, 743 armes saisies dont 75 armes de guerre, 418 interpellations, 362 gardes à vue, 392 assignations à résidence dont 69 toujours en cours et quatre fermetures provisoires de lieu de réunion. C’est seulement dans les semaines qui ont suivi les attentats que le gros du travail a été fait. Depuis, simplement cinq procédures ont été ouvertes par le parquet anti-terroriste de Paris et seules 7 % des perquisitions ont donné lieu à des poursuites judiciaires selon les chiffres de la commission de suivi parlementaire de l’Etat d’urgence. Clairement, cette mesure d’exception s’essouffle et n’est plus efficace. De plus, cette dernière a permis et autorisé un grand nombre de dérives, à l’image d’un arrêté préfectoral dans le Nord qui interdit la vente d’alcool jusqu’à la fin de l’Etat d’urgence. De nombreuses voix se sont levées pour dénoncer ce régime parfois taxé de liberticide ou utilisé comme outil de répression par le pouvoir en place.

Constitutionnaliser pour mieux régner

Le 16 février dernier, le prolongement de l’Etat d’urgence a été adopté à 86 %. Le 17 mars, le Sénat a voté en grand nombre pour le projet de la révision constitutionnelle. Enfin, le 19 mai, les députés ont prolongé une nouvelle fois la durée de l’Etat d’urgence pour une période de deux mois, à compter du 26 mai.

Les sénateurs ont bien évidemment profité de ces votes pour effectuer quelques retouches au niveau du texte d’origine. Par exemple, les juges administratifs deviennent les nouveaux gardiens des libertés individuelles, soutenus par le Conseil d’Etat. Le problème, c’est que le Conseil d’Etat a estimé qu’il était normal d’assigner à résidence des personnes qui, hypothétiquement, pourraient mener des actions non pas terroristes mais dangereuses. Ainsi, 24 militants écologistes se sont retrouvés assignés à résidence durant la COP21 en novembre dernier.

Foncièrement, ces mesures jugées excessives et liberticides ne font qu’aggraver la situation, enfreignent le cadre juridique et les droits fondamentaux des personnes. D’abord mises en place en raison d’une menace terroriste, les mesures peuvent toucher une « menace » que le Conseil constitutionnel juge par lui-même.

Dans un climat délétère sur fond de crise sociale, beaucoup pensent que l’Etat d’urgence empêche les mouvements sociaux de s’exprimer. Cependant, à l’approche de l’Euro de foot 2016 et du Tour de France, cette mesure sécuritaire n’est pas prête d’être levée. Mais comment vivre dans une France suspicieuse ?

Économie, Politique

Brexit : pour ou contre la démocratie ?

Nous sommes peut-être à l’aube d’un basculement historique en Europe. Le 23 juin, les Britanniques choisiront par référendum s’ils veulent quitter l’Union européenne, ou y rester. Selon les sondages, qui valent ce qu’ils valent, les camps du « oui » et du « non » se chevauchent. Mais avant de se demander s’il faut partir ou rester, une question demeure : l’Union européenne est-elle démocratique ?

Liberté. S’il ne fallait retenir qu’un mot de la philosophie britannique, ce serait bien celui-ci : la Magna Carta de Jean sans Terre, la Glorieuse révolution de 1689, la prise de contrôle de l’assemblée élue sur l’assemblée héréditaire au XIXe siècle, les écrits de John Locke, David Ricardo, Jérémy Bentham, et j’en passe.

Pas étonnant, dans ce cas, que le débat Outre Manche sur une éventuelle sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni prenne une tournure plus philosophique que politique. Derrière ce référendum se cache une question cruciale à la survie des valeurs européennes de paix et de prospérité : l’Union, telle qu’elle est bâtie, est elle démocratique ? La réponse est non. Ses institutions mettent à mal nos libertés.

La Commission propose, le Parlement dispose

La Commission européenne, dont les membres ne sont pas élus par les citoyens européens, ont le monopole législatif sur le Parlement de l’Union. En d’autres termes, les commissaires, non élus, imposent leur ordre du jour aux députés européens, élus, qui s’exécutent. Où se trouve la démocratie quand la souveraineté nationale ne peut pas s’exprimer par la voix de ceux pour qui ils ont voté, librement ?

Les Britanniques vont donc avoir le choix de continuer d’être gouvernés par des personnes qu’ils n’ont pas directement élu, qui ne sont pas responsables devant eux, et qui ne peuvent pas être démis de leurs fonctions, ou bien d’être gouvernés par des personnes qu’ils connaissent (un peu plus), qui les représentent et dont ils peuvent se débarrasser à intervalles réguliers par le biais d’élections libres.

La BCE va provoquer une nouvelle crise financière, et personne ne la contrôle

La Banque centrale européenne, principale institution monétaire de l’Union, a recours à des procédés douteux pour sauver les banques européennes de la faillite, sans aucun contrôle démocratique.

Voici le constat : le secteur bancaire est fragile, 70% des banques européennes sont en état de quasi faillite lorsque l’on jette un œil sur leurs cours de bourse. En huit ans, elles ont quasiment perdu les ¾ de leurs valeurs. Pourquoi ? Car la BCE manipule ses taux d’intérêts, et inspire de moins en moins la confiance des marchés financiers.

Depuis l’arrivée de l’euro, la Banque centrale a mis le prix des actifs, sorte de réservoir de cash pour maintenir l’économie en équilibre, au cœur de son système monétaire. En particulier avec les obligations d’Etat. La BCE a pris le pari d’imprimer assez d’argent pour que ce fameux prix des actifs ne baisse pas, sans avoir la garantie que cet argent crée de toutes pièces se diffuse dans l’économie réelle. C’est précisément ce qui provoque aujourd’hui le malaise des marchés financiers.

En créant des faux taux d’intérêt, des biens sans valeurs continuent d’exister sur le marché, alors qu’ils devraient disparaître. Les marchés sont montés grâce à l’achat des actifs par la BCE, mais la réalité économique n’est pas raccord. Or la valorisation des actifs est une bulle, et il y aura une correction tôt ou tard.

Une nouvelle crise financière se prépare au fur et à mesure que monte cette bulle du secteur bancaire européen. Avec un système sans prix, où existent désormais les très affolants de prêts à taux négatifs à court terme, aucune croissance ne semble possible pour le pays de l’Union. Les Britanniques ont raison d’afficher leur scepticisme sur la gestion calamiteuse menée par la BCE.

S’exprimer muets

Difficile d’oublier le référendum sur la Constitution européenne que la majorité des Français avait rejeté, dont François Hollande, pour finalement se la voir imposer par l’intermédiaire du Traité de l’Union peu de temps après.

Difficile d’oublier que les Irlandais avaient refusé l’euro avant d’être invités à voter à nouveau, jusqu’à l’accepter, pour ne plus jamais pouvoir en sortir ensuite.

Et difficile d’oublier le vote des Grecs, immédiatement trahis par Tsipras, qui n’a pas manqué de vendre la souveraineté grecque pour une poignée de clous.

Pour conclure, il ne s’agit pas de se demander bêtement s’il faut être pour ou contre l’Union européenne, il est clair que l’Europe a besoin d’être unie pour remporter les défis industriels, sociaux et philosophiques de demain. Mais il est clair également que les institutions actuelles de l’Union nous malmènent plus qu’elles nous élèvent.

Il est temps de repenser l’Europe, pour la reconstruire ensuite. La sortie du Royaume-Uni pourrait créer cet impulse qui nous manque cruellement pour garantir nos libertés.