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A la recherche des djihadistes perdus de Molenbeek, j’ai trouvé l’ennuiSélection

On va se calmer tout de suite à propos de Molenbeek. La frontalière de Bruxelles n’est ni un ghetto ni un nid à djihadistes. Pas plus Arabe que Belge, pas plus communautaire que Knokke, ici les différences ne pèsent pas, elles se mesurent. Alors que les passions se déchainent depuis les attentats de Paris autour de cette ville aux 96 000 âmes, c’est le moment de remettre les choses au clair : on se fait chier à Molenbeek, et tout le reste n’est que littérature.

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Je me balade dans le cœur feutré de l’Europe, ou plutôt dans une petite veine qui le pénètre. Une petite veine soi-disant nerveuse qu’on appelle Molenbeek-Saint-Jean. Tandis que j’avance, les nuages se dissipent dans le ciel comme une trainée de feuilles balayées par le vent. Son souffle est doux, c’est le début du printemps. Le soleil éclabousse d’un or éphémère les vitrines des boucheries hallal, des libraires coraniques et des boutiques de vêtements traditionnels, et je me fais chier. Oui, je m’ennuie, je m’emmerde, je tourne en rond.

Depuis qu’une mauvaise blague a frappé Bruxelles, et Paris un peu plus tôt, il paraît que c’est ici que converge la crème du terrorisme international. Une sorte de centre d’entraînement pour intégristes musulmans en colère, le Clairefontaine des djihadistes. Alors j’interroge les habitants pour démêler le vrai du faux, je les emmerde à mon tour pour savoir ce qu’ils en pensent. Et finalement ce sont eux qui me posent des questions.

« Vous avez fait toute cette route rien que pour venir à Molenbeek ? »

Je n’ai conduit qu’une heure depuis Lille mais Abdel, hagard, peine à comprendre ce qui me motive à me balader dans son quartier avec mon Reflex, que les angoissés du moment confondent avec un flingue, le temps d’une fraction de seconde. Nous sommes assis dans une pizzeria, place de la Duchesse de Brabant. Son regard navigue entre méfiance et amusement pendant qu’il m’explique qu’il a toujours vécu ici. Par toujours, il veut dire trente ans. C’est déjà pas mal. « Ici il ne se passe rien de spécial, et rien n’a changé depuis ce que vous savez ».

Mohamed, le patron, vit ici depuis 37 ans et il en a marre que les gens pensent qu’il n’y a que des Maghrébins à Molenbeek-Saint-Jean. Il y a, parait-il, toute une grappe de visages : « Des Brésiliens du côté de la voie ferrée, des Algériens le long du canal, des Turcs aussi, qui tiennent la plupart des garages, et puis il y a les Africains, les Nigériens, les Sénégalais, les Mauritaniens… Des Roumains, des Polonais aussi ». Il en oublie entre deux commandes. « Et il y a encore des Belges aux yeux bleus, en majorité ».

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A quelques pas de là, des enfants jouent au foot dans une cage en métal du parc Pierron. Ils jouent en compagnie d’un grand chien Malinois dressé au poil et doux comme une plume. C’est un pur race que sa maîtresse a nommé Mazal. Elle m’explique que ça signifie « bonne fortune » en hébreu, tandis qu’elle lui ouvre doucement la gueule pour me montrer la tache noire incrustée sur son palais, prouvant que ce n’est pas un bâtard. Amusé, je lui réponds qu’on est tous un peu issu d’une race bâtarde. Elle est d’accord, ça lui donne envie de me parler de ses voyages. Elle dit qu’elle a vécu à Jérusalem et Rio de Janeiro avant de débarquer à Molenbeek. Je m’efforce de la croire. On se dit au

revoir et elle me souhaite tout le bonheur de monde. Du bonheur, il y en a dans ce parc aux fondations modestes. Ici les visages cassés ne font pas la gueule. Ils vous saluent quand vous les saluez et se laissent photographier à condition de ne pas rester dix plombes. Rien d’incroyable, rien d’inattendu. Juste un parc où les gosses jouent pendant que leurs pères, leurs mères ou n’importe qui d’autre passe un moment au soleil.

En continuant vers la place communale, j’aborde Selim le poissonnier de la rue du Comte de Flandre qui fume sa clope contre un muret, même si c’est haram. « Comment c’est ici depuis les attentats ? Je trouve que les gens ont du stress dans leurs cœurs. » Et puis il devient moins poétique : « C’est la faute des familles tout ça. Moi quand je faisais une bêtise, mon père sortait sa ceinture et ça me calmait. Aujourd’hui si tu lèves à peine la main sur ton enfant, on t’envoie au tribunal. Aujourd’hui les gamins ils veulent tout, et ils sont prêts à tout pour l’avoir. Ils manquent de valeur et ça les corrompt, il n’y a pas que l’argent dans la vie. C’est cette avidité qui les a transformés, il fallait que leurs familles les recadrent ».

C’est la faute des parents. Ce discours, j’aurais pu l’entendre dans un petit village reculé, mais on va encore me dire qu’il y a un basculement communautaire et identitaire dans les quartiers populaires. Selim a à peine trente ans et il pense comme un de mes oncles du Périgord. Tous les réacs ne mangent pas forcément de porc.

Avant de me perdre définitivement dans ce grand bourgmestre, je me réchauffe un petit moment devant la mosquée du parvis Saint Jean-Baptiste. Pas de quiétistes et pas de barbus ici, ni même de djihadistes/intégristes/terroristes, mais des jeunes Pakistanais en train de jouer au cricket. C’est exotique. En revanche, pour le volet islamiste, on repassera. Ces jeunes se font engueuler par les anciens qui sirotent leurs cafés aux abords de la place, car leur balle ricoche parfois contre les voitures stationnées. Des jeunes qui jouent au cricket en pleine rue, c’est assez drôle à regarder. J’avais presque oublié que je séjournais dans le royaume de l’humour.

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Je finis ma journée en me faisant passer un coup de tondeuse à 5 euros chez un coiffeur qui ne paie pas de mine, dans une rue dont j’ai oublié le nom. A l’intérieur, Abdel Kader m’invite à m’asseoir. C’est un grand bonhomme massif qui commence fort ses phrases et les termine doucement, comme un air de piano. Le virtuose ne comprend toujours pas les derniers attentats. « Ces jeunes ils se font exploser -son accent bruxellois insiste sur le O de exploser- et ils pensent qu’ils vont aller au paradis pour ça. Mais quel paradis va vouloir d’eux, hein ? » Il rapproche son visage du mien, pour bien entendre ce que je vais lui répondre. Mais je ne réponds pas grand-chose. Personne ne sait vraiment quoi répondre en réalité, on a tous du mal à comprendre un attentat, peu importe les prétextes invoqués. « C’est la pauvreté qui nourrit la bêtise mon frère, ça fait du mal ».

Voilà tout ce que j’ai retenu de Molenbeek. A la recherche de l’exubérance, celle-là même qui colore l’existence, j’ai finalement trouvé le banal, qui l’engourdit. Mais j’ai aussi trouvé l’honnêteté, le sourire gratuit et le rire facile. Je me suis senti chez moi car Molenbeek est en Belgique. Et les Belges sont comme les Français, mais en mieux. La preuve en statue, devant le bâtiment de la Communauté française, qui nous rappelle que malgré les larmes et malgré les tragédies, on n’oubliera jamais de rire. Mais je n’en dis pas plus, maintenant c’est à vous de la découvrir.

Politique

Ces groupes islamiques ignorés par la coalition

« Notre ennemi, c’est Daech » avait déclaré François Hollande devant le Parlement après les attentats du 13 novembre dernier à Paris. Des ennemis, la France en a beaucoup, mais elle en attaque peu. Parmi les groupes islamiques travaillant à la mort de l’Occident en général et du pays des Droits de l’Homme en particulier, on trouve ainsi en tête de liste Al-Qaïda. L’organisation désigne d’ailleurs l’hexagone comme sa cible numéro 1. Faut-il alors rappeler que les attentats contre Charlie Hebdo n’ont jamais été revendiqués par Daech, mais par la branche la plus dangereuse d’Al-Qaïda, Aqpa ? Il semblerait que oui puisque cela n’a pas été fait lors des commémorations. Daech n’est donc qu’un ennemi parmi d’autres. Dans ces conditions, pourquoi la France ne bombarde que lui et n’œuvre pas aussi frontalement à l’encontre des autres groupes ? Al-Qaïda et Daech sont de véritables frères ennemis. Bien que les deux défendent la vision d’un Islam salafiste, djihadiste et anti occidentaliste avec comme objectif la mise en place d’un califat d’envergure mondiale, ils demeurent en profond désaccord sur les méthodes à employer pour atteindre cet objectif. Les premiers veulent d’abord répandre le djihad et ensuite imposer le califat, tandis que les seconds préconisent l’inverse : prendre possession d’un territoire et l’agrandir en répandant l’Islam partout dans le monde. L’origine de la scission entre Daech et Al-Qaïda le 29 juin 2014 provient de cela.

Depuis, beaucoup d’organisations terroristes ont choisi de se rallier à l’un ou à l’autre. Boko-Haram au Nigéria, l’Etat Islamique de Libye, le Wilayat (dans le Sinaï en Egypte) et l’Etat Islamique au Yémen sont ainsi rattachés à Daech tandis qu’Al-Qaïda bénéficie du soutien de huit factions situées notamment au Maghreb, dans la péninsule arabique, en Syrie avec le front al-Nosra, au Sahel, en Somalie et même dans le sous-continent indien. Dans les faits, Al-Qaïda est moins puissant, bénéficie d’un nombre moins élevé de recrues mais dispose d’appuis territoriaux mieux répartis dans le monde musulman.

Alors que la coalition internationale s’attaque principalement à l’Etat Islamique au Levant et en Syrie, il convient donc de prendre la mesure de la menace Al-Qaïda. Comme nous le rappelons dans l’introduction, c’est bel et bien Al-Qaïda qui a formé et entraîné les frères Kouachi pour commettre les attentats contre Charlie Hebdo. C’est aussi Al-Qaïda – via sa branche locale somalienne Al-Shaabbab – qui a revendiqué l’attentat le plus meurtrier de ces dernières années avec 147 morts lors d’une prise d’otage dans un collège kenyan le 2 avril 2015. Pourtant, les collimateurs de la coalition internationale ne ciblent jamais le front Al-Nosra, qui a prêté allégeance à Al-Qaïda depuis la Syrie. Le Canard Enchaîné du 6 octobre 2015 rapporte même que : « Les pilotes américains et alliés ont, voilà plus d’un an, reçu l’ordre de ne jamais balancer le moindre missile sur ces héritiers de Ben Laden. Une interdiction encore valable aujourd’hui. » Leurs alliés, le groupe rebelle salafiste Ahrar al-Sham, étaient même présents lors des négociations pour la paix à Genève !

Même si Daech venait à disparaître en raison de son existence qui ne dépend que de son emprise territoriale instable, la « pensée » djihadiste lui survivra ainsi à coup sûr, ne serait-ce qu’à travers Al-Qaïda. Qu’adviendra-t-il alors des kamikazes en puissance voulant sublimer les pulsions de mort de leur frustration existentielle à travers la religion ? Les bases territoriales d’Al-Qaïda, avec ses appuis territoriaux répartis à intervalles presque réguliers du Sahel jusqu’à l’Inde, mettent à disposition des fanatiques un service de proximité qui n’exige pas, comme pour Daech, la venue en un lieu précis. En outre, si l’Etat Islamique était vaincu

sur le territoire irako-syrien, les groupes lui ayant prêté allégeance pourraient tout à fait s’allier à Al-Qaïda. Ne risque-t-on pas alors de renforcer ce dernier en affaiblissant ou en détruisant l’autre ?

D’autant plus qu’au-delà de cette dualité, il existe une multitude d’autres groupes terroristes islamiques dont la menace n’est pas suffisamment grande à l’échelle internationale pour en tenir compte, mais qui n’attendent que leur jour de gloire. On trouve ainsi, entre autres, le mouvement islamique du Turkestan oriental présent surtout en Chine, l’Ansar Dine au Mali qui compte plus de 800 soldats et bien entendu les talibans d’Afghanistan et du Pakistan, revenus sur le devant de la scène lors du récent attentat perpétré contre les Chrétiens en plein dimanche de Pâques. Les informations sur ces groupes sont limitées et le doute persiste quant à leur rattachement ou non à d’autres. Mais il suffit qu’un seul prête allégeance pour qu’il devienne ennemi de la France, ou d’un pays de la coalition, et attire de nouvelles recrues.

Repenser l’éducation

Tout cela laisse donc penser que ce n’est pas en s’attaquant aux branches que l’arbre disparaîtra. « Certes, il faut réduire les groupes terroristes » comme le souligne Mathieu Guidère, Professeur des universités interviewé dans Le Figaro du 22 janvier 2016, « mais cela restera un coup d’épée dans l’eau s’il n’existe pas parallèlement une solution politique et diplomatique. » Les bombardements sont donc utiles en raison du danger imminent, mais sur le long terme, rien n’est moins inane. S’attaquer aux mouvances djihadistes prônant la violence comme moyen d’accession à une fin demande alors avant tout de repenser la structure même de nos sociétés. Pourquoi la France est-elle le pays d’Europe qui fournit le plus de soldats à l’Etat Islamique ? L’importance de l’éducation ne cesse d’être appuyée mais l’Etat français n’a pas vraiment fait dans le préventif jusqu’à présent.

Depuis les attaques, le Ministère de l’Education se targue d’avoir distribué au personnel éducatif des livrets listant les « symptômes » à identifier chez les jeunes pour déterminer ceux qui se sont radicalisés ou ceux qui sont en passe de l’être. La pertinence de ce dispositif est pour le moins discutable puisque l’art de la dissimulation – la taqiya – fait partie de la stratégie terroriste. Une personne radicalisée peut ainsi boire, fumer, serrer la main aux femmes et même porter une croix dans le simple but de ne pas éveiller les soupçons. Même s’il a montré certaines preuves, le dispositif est alors plutôt simple à contourner pour les soldats les plus déterminés des organisations terroristes.

Parmi les autres mesures phares : l’enseignement moral et civique. La Ministre de l’Education Najat Vallaud Belkacem est revenue sur cela dans le Supplément du 24 janvier dernier, émission présentée par Ali Baddou sur Canal + : « Depuis janvier […] on a l’enseignement moral et civique à raison d’une heure par semaine en primaire et une heure tous les quinze jours en collèges et lycées. » Au programme de ce cours : débats argumentés ou réglés, dilemmes moraux, discussions à visée philosophique et méthodes de clarification des valeurs avec en filigrane l’analyse de l’actualité et des médias. Si l’intention est louable, est-on bien sûr qu’une heure de cours toutes les deux semaines soit suffisante pour que les 30 à 40 élèves d’une classe puissent s’exprimer ou du moins trouver leur place dans le cours ? En outre, quelles connaissances les collégiens et les lycéens seront-ils en mesure d’intérioriser sinon de comprendre avec seulement une vingtaine d’heures par an de cet enseignement ? Et puis, cette vingtaine d’heures suffira-t-elle à contrebalancer l’influence des sites djihadistes que les jeunes fanatiques peuvent consulter à leur guise ?

Ces mesures s’ajoutent à la campagne française « Stop djihadisme », campagne dont la pertinence est également critiquée, comme le relaie Slate dans un article comparatif entre la France et l’Angleterre à propos des méthodes utilisées pour prévenir de la radicalisation. Plutôt que de donner la parole à des Syriens ou à des djihadistes repentis – à l’instar de l’Angleterre – l’hexagone préfère ainsi les clips à effet coup de poing, les témoignages de parents désemparés dont les enfants sont partis faire le djihad et la déconstruction par des spécialistes des vidéos de propagande. L’article de Slate note aussi, avec cynisme, que « la campagne française, assez peu subtile […] résume le djihadisme à l’Etat Islamique ».

Finalement, le problème n’est pas que la coalition internationale n’attaque que Daech, mais plutôt que ces attaques créent un focus médiatique sur ce groupe, qui n’est en réalité qu’un épiphénomène de la menace djihadiste. Al-Qaïda fut vite oublié après Charlie Hebdo. Or, si l’Etat Islamique venait à être éradiqué, il n’emporterait pas dans sa tombe l’idéologie qui l’a engendré. C’est donc en cela que l’attention doit être portée non uniquement sur Daech mais aussi sur les autres groupes terroristes et islamiques, et que les bombes ne sont effectivement qu’un « coup d’épée dans l’eau » si rien n’est fait en parallèle pour repenser les structures éducatives et sociétales. François Hollande se trompe alors : notre ennemi n’est pas exactement Daech, mais le totalitarisme islamique. On se demande aujourd’hui qui sera touché en Europe après Bruxelles, mais peut-être faut-il aussi se demander qui succédera à la barbarie de l’Etat Islamique une fois celui-ci délogé de son territoire.

Politique

La guerre n’est pas une fatalité, la paix est un devoir.Sélection

« Nous sommes en guerre ». Entendre ce refrain qui, une énième fois, place la France dans un conflit armé total et global, sans entrave aucune, devrait tous nous obliger à réagir. Laisser s’installer ce discours, c’est habituer nos consciences à la cruauté. Les passions guerrières ne sont jamais spontanées, mais toujours suscitées et entretenues par des défaites plus essentielles, des défaites intellectuelles.

TRIBUNE

Nous ne sommes pas en guerre. Une guerre implique un ennemi, clair et défini. Le terrorisme n’en n’est pas un. Il est déstructuré, invisible, nomade. L’armée française livre bataille à quelques commandos terroristes, mais certainement pas à leur idéologie universelle. On n’éradique pas le terrorisme, l’issue nous serait même fatale. Quand on entre en guerre, il faut un vaincu à l’issue et, vaincus, nous risquerions de le devenir en nous mêlant au gouffre syrien. Une fois les troupes au sol à Raqqa, quelle sera l’issue ? Sûrement pas un armistice. Soit nous resterons et ce sera le chaos, soit nous partirons et ce sera une défaite, une guerre de prolongations. Quid de l’Irak, quid de l’Afghanistan.

Daech a un territoire, une organisation et un mode opératoire, certes. Mais Daech n’est pas un Etat, Daech n’a pas de véritable armée, et encore moins l’envie de négocier avec ses opposants. Or la guerre n’est rien d’autre qu’une étape de négociation qui a pour but ultime de régler un conflit entre deux Etats, de gagner une issue politique. Pis, en parlant de guerre impunément, on donne la dignité de soldats à des délinquants, on élève leur statut. Il y a en effet une disproportion entre l’effet psychologique des attentats de masse et les dégâts réels qu’ils provoquent. En décrétant la mobilisation nationale contre Daech, nous faisons leur jeu car nous amplifions leur influence dans les esprits.

La paix n’est pas une utopie

La violence a éclaté chez nous. Ce qui se passe au quotidien au Proche Orient est arrivé à Paris. Mais il est inadmissible pour autant de tolérer le retour de la rhétorique guerrière, cette voie sotte et idiote qui ensanglante les patries. Plus la guerre recule dans les faits et plus elle avance dans les discours. Sa légitimation, une fois libérée, n’épargnera aucune cible. Qui sera l’ennemi demain, dans cette guerre sans fin, si ce n’est le musulman de France et, plus tard, la démocratie ? Il faut redonner aux citoyens le sens de l’Histoire et de l’engagement, plutôt que celui de l’appel au combat.

La paix n’est pas une utopie. Elle est un but inévitable, comme l’écrivait Victor Hugo. Elle est même un devoir de fidélité. A notre histoire, à notre mémoire, à notre héritage. Aurions-nous oublié le meilleur de nous-mêmes ? Refuser la guerre, c’est sauver l’honneur de la France. Pour vaincre la terreur, il faut des mesures de défense, de répression, mais qui ne requièrent pas l’utilisation de l’armée. Cette mission revient à la police et aux renseignements, seules entités capables de prévenir de nouvelles attaques, sans céder à l’usage outrancier de notre force.

La guerre n’est pas une fatalité et la paix est un devoir. Apprenons à lui faire honneur, à nouveau, pour que les larmes cessent et que les armes cèdent à la toge*.

(*Cedant arma togae, Cicéron)

Politique

Syrie : Poutine est-il un bon joueur d’échec ?

 

On ne compte plus les articles et éditoriaux vantant Poutine à demi-mot pour avoir envoyé ses troupes dans le bourbier syrien. Fin stratège, chevalier blanc ou encore sauveur de l’équilibre mondial, le chef de la Fédération russe ne mérite pourtant pas tant d’éloges. Si les Russes sont, ou ont été, de brillants joueurs d’échecs, c’est aller vite en besogne que d’annoncer la victoire de la stratégie de Vladimir Poutine dans cette guerre-civile où se joue tout bonnement l’équilibre du Moyen-Orient.

Une stratégie : Affaiblir les monarchies pétrolière à travers un conflit Sunnite/Chiite

Depuis le 30 septembre, la Russie apporte un soutien militaire au régime de Bachar al-Assad, son seul allié dans une zone dominée par les forces américaines et celles de l’OTAN. Pour Poutine et son administration, l’intérêt est multiple : maintenir une base navale dans la zone portuaire de Tartous en Méditerranée, protéger les minorités chrétiennes assyriennes et empécher le retour des djihadistes tchétchènes.

Mais surtout, en intégrant le conflit, Poutine saisit l’occasion en or d’affaiblir les monarchies pétrolières du Moyen-Orient, notamment les Saoudiens, Sunnites, qui ont justement financé la révolte des Tchétchènes en Russie entre 1994 et 1996. Abandonner Assad reviendrait alors à laisser le champ libre au retour des Sunnites en Syrie, ce qui fermerait la route qui va du port de Tartous, au Nord, à Bagdad et Téhéran, jusqu’au Golfe Persique. Un scénario impensable pour la Russie, dont les intérêts seraient directement mis à mal.

Pour se faire, la Russie fait alliance avec les Chiites, principalement l’Iran, le Hezbollah libanais, le nouveau gouvernement d’Irak et, bien sûr, les Alaouites de Syrie, branche du Chiisme. Le but étant de pousser à la révolte les populations Chiites sous contrôle Sunnite, d’où le besoin de maintenir la continuité territoriale allant du Nord de la Syrie jusqu’à l’Iran de façon à pouvoir continuer d’envoyer des hommes et des armes vers la côte Est du Golfe Persique et vers le Bahreïn, régions à population majoritairement Chiite. Les Russes et les Chiites ont besoin d’Assad. Avec cette alliance, Poutine pourrrait mettre fin à la domination américaine au Moyen-Orient et faire tomber les monarchies Sunnites en cas de victoire, ce qui pourrait aboutir à une hausse du prix du pétrole. Une bonne chose pour la Russie, qui doit vendre son baril à 107 dollars pour maintenir son équilibre budgétaire alors que la moitié de ses revenus proviennent des exportations pétrolières.

Preuve de cette coopération : le déploiement des troupes iraniennes en Syrie sous le commandement du général Qasem Soleimani, qui avait rencontré Vladimir Poutine et son ministre de la Défense Sergueï Choïgou en juillet pour planifier un renforcement de l’aide militaire au régime Al-Assad. A l’époque pourtant, le Kremlin avait démenti la rencontre, alors que le département américain protestait auprès de la Russie, qui n’avait pas annoncé ce voyage malgré les sanctions votées au Conseil de sécurité de l’ONU contre les responsables du programme nucléaire iranien, dont faisait partie le général Soleimani. Mais avec Poutine, nous ne sommes plus à un mensonge près.

 

 

Un mode opératoire : la démonstration de force et le mensonge

La Russie devait soi-disant intervenir en Syrie pour lutter contre les troupes de Daesh. Pourtant, depuis le début de son intervention, les Russes ont surtout frappé les autres groupes rebelles, notamment le Front Al-Nosra, branche d’Ail-Qaïda en Syrie, mais aussi Ahrar Al-Cham et, surtout, l’armée syrienne libre, soutenue et financée par le France er les Etats-Unis, entre autres. Tous ces groupes gagnaient du terrain contre l’armée de Bachar Al-Assad depuis le printemps et commençaient à approcher la région du Lattaquié où se trouve…la seule base russe en Méditerranée.

La cible première de la Russie n’est pas Daesh. Depuis le début, la stratégie Poutine repose sur un mensonge. Et après le mensonge vient le bluff. Si l’Histoire se répète, alors on verra que Poutine frappe fort, que Poutine fait éclat, mais que Poutine ne tient pas. Rappelons-nous de ses échecs en Tchétchénie, en Géorgie, en Ukraine et même en Biélorussie. L’objectif stratégique de Poutine était de maintenir ces pays dans l’orbite de Moscou. Mais la Tchétchénie, qui fait partie de la Russie, est devenue un territoire indépendant après une guerre sanglante à souhait, qui avait justement pour but de mater la rébellion indépendantiste. Poutine a été forcé d’accorder une quasi-souveraineté à son ancien pantin Ramzan Kadyrov, qui se permet maintenant de le menacer de faire tirer sur sa police si elle pénètre sur son territoire. La Tchétchénie est plus petite que la Bretagne et la Fédération de Russie est le pays le plus étendu du monde. Si c’est une partie d’échec, alors le pion attaque le roi.

En Ukraine, Poutine s’est emparé de la Crimée sans trop de difficultés. Tout le reste du pays devait suivre, mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Le peuple ukrainien s’est levé contre l’envahisseur et a court-circuité une armée démotivée, corrompue et gangrénée d’espions des services de renseignements russes du SVR. En Géorgie non plus, les autorités ne sont plus en odeur de sainteté avec la Fédération de Russie qui a reconnu l’indépendance des séparatistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud à l’issue d’une courte guerre en août 2008, et installé ses bases militaires dans ces deux régions. En mars, Moscou a même signé une série d’accords avec l’Ossétie du Sud, lui permettant d’étendre son contrôle sur ce territoire de 50 000 habitants. Les Géorgiens soupçonnent ainsi la Russie de vouloir faire passer en Ossétie du Sud une partie de l’oléoduc reliant Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, au port géorgien de Soupsa sur la mer Noire, qui est destiné aux marchés européens. Une vive source de tensions. Comme en Ukraine, le peuple était pourtant naturellement, culturellement et historiquement proche de la Russie. Tout a changé à force d’agressions militaires, d’invasions et d’annexions larvées.

Et même la Biélorussie du président/dictateur Loukachenko, d’habitude si docile face au Kremlin, se rapproche de plus en plus de l’Union européenne depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de peur de subir le même sort. Partout où Poutine passe, la révolte s’en suit. Contrairement à ce que nous chante la propagande du Kremlin et de ses supporters, son but n’est pas de mettre fin à une politique internationale qui ne respecte pas la souveraineté des nations mais, bien au contraire, de faire prévaloir la loi du plus fort au service de la Russie.

Bon tacticien, peut-être. Bon stratège, pas sûr. Poutine nous a prouvé à maintes reprises qu’il n’était pas champion d’échec. Espérons que les Syriens n’en fassent pas les frais.

Clément Martinet

Politique

Penser les attentats de Paris autrement que par le prisme religieuxSélection

Tribune

Comme beaucoup de parisiens et de français, je n’ai pas dormi le soir du 13 novembre2015. Des cris, des sirènes, des hélicoptères, on appelle fébrilement ceux qu’on aime, on pleure, on hurle, on souffre. Mais mes amis et moi, le lendemaincontrairement aux 130 victimes, nous avons eu cette chance d’être vivants et de pouvoir marcher à nouveau dans Paris. Paris sous les larmes. Paris, ville lumière qui s’est consumée, une balafre inscrite par la haine, la violence et le fanatisme. Paris, qui comme Tunis, Beyrouth, San Bernardino, ou le Caire doit enterrer ses morts et tenter de penser l’avenir après l’horreur. Sans oublier les villes syriennes ou irakiennes, pour qui l’Etat islamique se conjugue au quotidien et dans une intolérable permanence. Après un attentat, la douleur est puissante, et puis très vite c’est l’incompréhension. Les visages des terroristes surgissent dans nos journaux et se mêlent aux témoignages des rescapés. Nos vies s’engouffrent dans ces lectures, et on en ressort sonnés. Une seule question : Pourquoi ? Ou plutôt, pour quoi ? Tenter d’expliquer l’inexplicable, voilà qui donne le vertige. Mais pourtant il le faut, il faut chercher, fouiller, sonder, retourner : sinon d’autres le feront à notre place, abrégeront la multitude, feindront d’avoir trouvé un dénouement convenable, et là seulement nous pourrons dire que nous avons réellement tout perdu.

C’est avec l’esprit indocile qu’on écoute les débats qui agitent sa propre société au lendemain d’un attentat. Un exercice essentiel de reconstruction collective et de compréhension. Le chemin sera long et grave, il s’ajoutera pour la France à celui emprunté depuis les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher en janvier. Très vite, c’est la question religieuse qui a occupé une place privilégiée dans les échanges ainsi que dans l’espace politiqueLa France connait un phénomène sans précédent : la radicalisation de jeunes qui adhèrent à une vision corrompue de l’islam, fondée sur une doctrine antisociale, ultra-violente et destructriceLire les témoignages des parents et des proches de ces terroristes est édifiant à beaucoup d’égards : tandis que certains étaient très religieux depuis plusieurs années, d’autres se sont tournés vers la religion quelques semaines avant de partir pour la Syrie, ou bien se sont radicalisés en prison après avoir commis des délits mineurs. La plupart sont très jeunes et se trouvent être à un âge auquel tout est possible, un âge auquel la dernière idée que l’on puisse avoir est probablement de se faire exploser au milieu d’un stade ou d’une salle de concert. Pour beaucoup, ils sont nés et ont grandi dans le même pays que nous, ont fréquenté les mêmes écoles et les mêmes rues. Pourtant, ils se retrouvent à égorger des innocents dans le nord de la Syrie, ou à abattre un groupe d’amis qui prend un verre à la terrasse d’un café du XIe arrondissement. Leur itinéraire fait froid dans le dos, il est souvent teinté de mauvais choix, de misère affective et sociale, de mal-être et de mauvaises rencontres. Beaucoup plus que religieux, il faut analyser ces situations comme étant des phénomènes sectaires d’endoctrinement et d’accaparement des consciences. La religion sembleici secondaire, elle sert de cautionnement et de couverture pour un besoin de déchainement haineux et ultra-violentLe Captagon, la « drogue des terroristes », produit d’ailleurs des effets euphorisants et deshumanisants. Il est utilisé en Syrie par les djihadistes et des seringues ont été retrouvées dans les appartements de certains des terroristes du 13 novembre, dont Salah Abdeslam.

Le terrorisme islamiste représente un danger grave pour nos sociétés et nos libertés, mais il doit être combattu pour ce qu’il est : autrement dit, comme une doctrine totalisante et violente, et non pas comme un courant religieux. Les accusations dressées contre la communauté musulmane française sont honteuses et erronées.  Plus que jamais, l’école –et à travers elle la société– se trouve investie d’une mission fondamentale d’émancipation des consciences. A court terme, déradicaliser doit passer par un travail de déconstruction des discours extrémistes violents.Il est urgent de détacher le terrorisme de la question religieuse, d’une part pour éviter d’en subir les conséquences dramatiques dans nos urnes, et d’autre part pour que ces jeunes cessent de chercher un salut religieux dans la haine et la négation brutale de l’autre. A long terme et à l’échelle globale de la société, il s’agit d’orienter le débat et les solutions vers des considérations sociales et politiques : s’interroger sur les discriminations, l’accès à la culture, ainsi que la répartition des richesses, du pouvoir et de la prise de parole au sein de l’espace public. Il est par ailleurs intéressant de noter que ces questions se jouent alors que dix ans nous séparent des émeutes de décembre 2005 dans les banlieues.

Je ne vois pas de question religieuse ou raciale. Je ne vois que des humains, et d’autres qui ont choisi de ne plus l’être.

Politique

De la crise des réfugiés aux «valeurs européennes»Sélection

Depuis la crise des réfugiés, on entend souvent parler de « valeurs européennes ». Mais personne ne se pose la question pourtant évidente: qu’est-ce qu’une valeur européenne?

S’agit-il d’un principe d’action partagé par tous les états membres ? Une notion immuable voulant définir une éthique européenne en construction ? De facto, les « valeurs européennes » ont été inscrites noires sur blanc dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne en 2000. Mais l’ambiguïté demeure. Que comprendre dans « l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité » ? Le Traité de Lisbonne en 2007 ne nous aide guère plus. Ce dernier garantit, sans jamais définir, le respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, des droits de l’homme (y compris des minorités)… Les valeurs communes aux Etats-membres seraient « la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité, l’égalité entre les femmes et les hommes ». Problème : aucun pays européen ne respecte ces valeurs européennes dans leur totalité, leur complexité et leur multiplicité. Ces traités semblent donc à la fois apragmatiques et utopiques ; incapables de répondre à la question : « qu’est-ce qu’une valeur européenne, concrètement ? »

Le problème est donc sémantique. Le livre de Frank Baasner, directeur du DFI (institut franco-allemand), est une référence à ce sujet. Dans Europe, l’avenir d’une idée, il montre notamment en quoi l’Europe est animée par un « système de valeurs dynamique » et non statique. Pour le dire autrement, l’Europe est en construction identitaire et son histoire, si elle influence ses valeurs, ne les fixe pas. Parler des valeurs communes de l’Europe sans référence aucune, ce n’est pas définir ce qu’est l’Europe, mais construire arbitrairement par le langage ce qu’elle devrait être.

L’Allemagne prétend ainsi réifier les valeurs européennes via sa politique d’accueil des réfugiés. Et pourtant, ces valeurs ne semblent pas vraiment partagées par des pays membres comme la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie ou la Hongrie. Tous se sont hissés contre la politique des quotas de réfugiés proposés par la Commission européenne.

Dans le discours Allemand, définir l’Europe par des valeurs faussement absolues permet de légitimer l’ouverture des frontières aux réfugiés, et a contrario de rendre illégitime toute politique de fermeture des frontières. Les réactions des Etats membres non favorables à l’accueil des réfugiés illustrent simplement, faute de consensus clair et défini, les différentes résonnances que les « valeurs européennes » peuvent avoir dans l’esprit des représentants. Cela a créé une mésentente fratricide entre les acteurs politiques européens. La politique hongroise, qui assure défendre les « valeurs chrétiennes » de l’histoire européenne, s’oppose ainsi en tous points au gouvernement Allemand qui affirme défendre de son côté des « valeurs européennes ». Quelle est la différence ? Cela explique-t-il le refus des réfugiés d’un côté, et l’accueil massif de l’autre ? Ou avons-nous bel et bien à faire à une appropriation autoritaire d’un terme indéfini pour justifier des prises de décision politiques?

Le contexte actuel de la crise des réfugiés donne tout son sens à la question des « valeurs européennes » car elles doivent se manifester explicitement. Il n’est plus question de termes flous comme « respect de la dignité humaine ». La divergence des interprétations fait d’ailleurs que la politique appliquée est très différente d’un pays à l’autre. Et il faut pourtant trouver un accord commun, un palimpseste des valeurs européennes ! Cet accord commun définira l’Europe bien plus que le traité de Lisbonne ne définit les valeurs européennes. Mieux : il explicitera le traité de Lisbonne.

En résumé l’Europe se construit sous nos yeux mais ne s’actualise pas. L’existence de l’union ne saurait devancer son essence, dirait Sartre. Les décisions d’aujourd’hui construisent l’Europe de demain. Il n’y a pas de modèle à suivre, mais une Union à construire, à renforcer, à définir.

En parallèle de la structure institutionnelle de l’Union européenne se construit aussi une citoyenneté européenne. Jamais les citoyens européens ne se sont senti aussi européens que durant cette crise des réfugiés. Pour la première fois, l’Europe des 28 doit trouver un accord commun qui ne concerne pas seulement le domaine économique, mais aussi politique, social et éthique. Tout le monde ou presque se sent impliqué dans cette politique générale : de la Lettonie qui diffuse des spots télévisés éducatifs sur la nécessité d’accueillir des réfugiés, à Strasbourg en France qui a mis en place un numéro vert pour que chacun puisse apporter sa pierre à l’édifice… Les actions citoyennes suivant la ligne de conduite européenne sont possibles et encouragées par les médias des différents pays membres. On se sent d’autant plus citoyen européen lorsque nos actions sont en accord avec la politique commune. La crise des réfugiés nous rendrait-elle alors individuellement plus européen ?

Un accord permettrait d’optimiser cette « citoyennisation ». Mais faut-il que les valeurs européennes instituées soient imposées de force aux pays ne les partageant pas ? Fin juin 2015, la Cour Suprême avait légalisé sans préavis le mariage homosexuel dans l’ensemble des Etats-Unis. Un symbole fort qui a contribué à renforcer l’unité nord-américaine. Ce sont peut-être de telles mesures qui permettraient de définir les « valeurs » dont l’Europe se revendique. L’on voit bien en tout cas l’enjeu de la crise des migrants pour l’Union : elle possède l’occasion unique de se définir sur la scène internationale. Lorsque le président turc Erdogan évoque à Bruxelles le laxisme des politiques de l’Union européenne quant à l’accueil des migrants, il prouve déjà une chose : l’Union forme un bloc sur cette question. Maintenant, quelles valeurs voulons-nous donner à ce bloc? La page n’est ni tout à fait blanche, ni tout à fait écrite.