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Édito

Édito, Inspiration

Réchauffez-vous !

À l’heure où un élu français distille la haine en format abribus dans sa ville, et où une grave agression sur policiers vient ternir encore l’image des banlieues, il est important d’essayer de garder l’esprit du côté lumineux.

C’est un fait, l’hiver est arrivé.

L’obscurité nous gagne de plus en plus tôt chaque soir, et s’éloigne de plus en plus tard chaque matin ; le froid nous serre le corps chaque jour un peu plus ; et les nouvelles… il semble qu’elles soient mauvaises, d’où qu’elles viennent.

Alors justement, non. Aux Eclaireurs, vous le savez si vous nous suivez, on essaie de vous montrer que ceux qui savent s’ouvrir au monde peuvent y trouver de très belles choses.

C’est pourquoi j’ai [nous avons] envie de vous raconter deux aventures qui prennent le contrepied de la morosité ambiante.

D’abord, il y a le RECHO. RE pour refuge, CH pour chaleur, et O pour optimisme. C’est un projet unique en son genre, mené par 10 femmes formidables qui ont décidé de monter un food-truck pour aller cuisiner et distribuer des repas et de la chaleur humaine dans les camps de réfugiés, d’abord en France, puis à travers l’Europe.

Ayant avant tout pour but de venir en aide à des personnes dont la survie est devenue la seule préoccupation quotidienne, le projet de l’association ne s’en tient pas à la « simple » solidarité. En effet, il présente des aspects plus profonds que la seule distribution de nourriture : écologie et développement durable (lutte contre le gaspillage alimentaire, repas exclusivement végétariens, mise en place de jardins partagés), insertion (ateliers de cuisine, possibilité de formation professionnelle dans la restauration, formation aux métiers de la terre), et création de lien social (partage, désir de mêler la population locale et les bénévoles à l’action de l’association pour aller à la rencontre de l’autre, information et sensibilisation sur la réalité des camps de réfugiés), pour ne citer que ceux-là.

Aujourd’hui, après une première mission cet été sur le camp de la Linière à Grande-Synthe (59) et une soirée caritative à Paris début octobre, ces bienfaitrices continuent de récolter des fonds pour repartir sur la route dès le printemps 2017.

Cette belle initiative est soutenue par plusieurs personnalités, dont quelques grands noms de la gastronomie française. « J’me sens con, parce qu’en fait je vais faire juste un petit grain de sable, ‘fin je vais faire juste une petite action, mais un immense bravo à vous, et j’espère que… j’espère qu’on sera plusieurs à se sentir con et à apporter un petit grain de sable comme ça. » déclare Florent Ladeyn dans sa vidéo de soutien à l’association. Tout est dit.

Et puis il y a Malik Diallo et ses potes. Ces jeunes du quartier des Vignes Blanches à Sarcelles ont choisi d’agir en faveur des migrants qui dorment sur les trottoirs de Paris, en rassemblant les moyens nécessaires pour leur préparer et leur apporter 150 repas.

Mais, encore une fois, ils ne se sont pas arrêtés là : l’idée en plus a été de filmer toute leur opération pour la transformer en défi. En effet, la vidéo a été postée sur Facebook le 30 septembre par Malik, qui à la fin nomme un quartier voisin pour relever le défi et renouveler l’opération. Opération qui s’avère depuis être un succès, puisque non seulement les quartiers de Sarcelles qui ont été nommés chacun à leur tour ont tous relevé le défi, mais aussi car ce virus de générosité a déjà gagné d’autres villes, et pas seulement en Ile-de-France. Et ce avant même que de nouvelles vidéos aient été publiées, puisque des jeunes d’autres banlieues se sont lancés dans l’expérience sans même avoir été nommés par un quartier ayant déjà réalisé le défi.

« Voici le nouveau concept ou les nommés de chaque cités devront remonter le défi suivant !! Nourrir les sans abris en s’organisant avec les membres de son quartier !! […] Sans l’aide des associations, montrons au monde que nos quartiers ont un cœur et surtout une bonne éducation. » peut-on lire en introduction de la vidéo… Pari gagné.

Notons par ailleurs ce message, rempli de paix et d’altruisme, posté par Malik sur sa page Facebook le 12 octobre :

« […] Merci à tous pour votre soutien et la force que vous donnez au projet 😉 😉!!
Sans vous le projet ne pourra pas grandir car il a besoin de l’aide de tout le monde! La mobilisation c’est maintenant! Laissez vos religions, vos couleurs, vos races et votre orgueil chez vous!! Soyons un peuple uni, un peuple joyeux et surtout un peuple qui se bat pour la bonne cause!! Ce ne sont pas que les migrants mais vraiment tous les sans abris à qui nous devons tendre la main!!! Le froid ne fait pas de différence dehors quand il tue ces personnes! Il ne leur demande pas de carte d’identité, il ne leur demande ni leur religion ni leur couleur!!! Ma tristesse est grande mais l’espoir que j’ai en vous tous chèr(e)s ami(e)s est immense!!! Bon mercredi à tous ».

Finalement, tout ne va pas si mal.

Édito

Que le tentateur ne méprise pas le faible

Nous avons, pour la plupart, la fâcheuse tendance à agir dans le vide. C’est un constat terrible, décourageant et accablant. Comme si la vie et la destinée humaine n’étaient qu’un simple fruit du hasard. Et pourtant nous avons besoin d’une foi, d’un idéal, d’une espérance à laquelle s’accrocher. Nous voulons trouver un sens à l’existence, car vivre pour vivre ne suffit pas.   

Mais quel sens trouver ? A cette question, nous avons tous fait l’erreur de répondre par des critères. Nous avons érigé la réussite en but suprême de nos efforts ; Il faut devenir, il faut posséder, il faut afficher et brandir les trophées du succès.

Cela ne marche pas. Aucun progrès, aucune richesse, science ou technique ne nous a jamais contenté, et ne nous contentera jamais. Ils ne sont qu’accessoires et ne doivent pas être une fin pour l’homme. Ils ne sont en réalité qu’un moyen pour accomplir cette mission que nous sommes tous en train d’oublier : vivre en paix, et vivre libres.

Il n’est pas bon pour autant de blâmer quiconque d’être égoïste et de n’agir pour aucune cause humaine. Comment en vouloir à quelqu’un de désirer ce que tout le monde semble désirer, et de mimer des modèles, des leaders, pour obtenir ce morceau de bonheur convoité ? Nous avons appris, sans savoir comment ni pourquoi, à vivre pour réussir. Réussir quoi, réussir comment ? Nous l’ignorons mais nous le voulons.

Il est pénible de reconnaître le monde tel qu’il est, et plaisant de le rêver tel qu’on le souhaite. Nous sommes tous aliénés à la tentation vénale de réussir seuls et d’être aimés en retour pour le fruit de cette réussite. Nous sommes guidés par la peur de l’échec plus que par l’amour de la vie et de ceux qui la composent. Et en ce sens, nous alimentons cette boucle infernale qui consiste à détourner les âmes de l’apaisement, celui qui permet à chacun d’accomplir son destin et de devenir soi.

« Que le tentateur ne méprise pas le faible », écrivait Alfred de Musset dans Lorenzaccio. Qu’il ne le méprise pas car il est lui-même faible de jouer ce jeu. Nous devons tous nous rappeler que ce monde nous appartient et qu’il convient d’y vivre bien. Nous devons chacun, selon nos moyens, œuvrer pour la paix totale car elle est le véritable sens de notre existence, notre hygiène de conscience.

Édito, Opinion

Le sourire n’empêche pas la révolte

L’avenir appartient à ceux qui savent en parler, alors choisissons bien nos mots car on dirait qu’il est un peu morose. Nous vivons dans ce qui ressemble à un siècle de déloyauté où le CDD s’impose comme la norme et où les relations humaines sont de plus en plus brèves. Une dictature de l’instant. Nous marchons à reculons en effaçant nos traces, on ne s’occupe ni de notre passé, ni de notre avenir. Tout est devenu précaire. Pour la jeunesse, c’est comme si le rêve français s’était dissout.

Ils sont en colère, les jeunes. En colère d’être bridés et de perdre leur temps, la seule rareté dont on devrait faire meilleur usage. Révoltés de voir les justes souffrir avec les injustes. Atterrés de ne pas pouvoir contrôler leur avenir, et lassés d’être bernés par un modèle politique que seul le court-terme inspire.

Mais l’Histoire continue, il reste à écrire le roman du temps qui vient. Et pour cela il faut garder la foi. En notre avenir, en nos principes, en nos libertés. Tant pis pour le gâchis de la veille, rien de ce qui est arrivé hier ne doit entacher nos idéaux, demain est trop précieux. Notre jeunesse est forte et talentueuse, inspirée et inspirante, alors construisons avec nos valeurs. C’est possible, ce magazine en est la preuve. Pardonnez le manque de modestie mais il y a de quoi être fiers. Nous avons écrit nos premières lignes il y a un an avec l’envie de promouvoir la paix et la liberté, surtout. Aujourd’hui l’aventure continue et notre équipe grandit encore, ambitieuse et confiante.

On peut être forts ou misérables, mais on ne peut pas être les deux à la fois. Nous avons fait le choix de mettre notre rancœur de côté pour donner vie à un projet aux idées positives, qui renforcent notre jeunesse. Et nous le faisons avec le sourire, car le sourire n’empêche pas la révolte.

Édito

N’est croyant que celui qui aime l’autre, nous n’avons pas peur.Sélection

Il n’y a que deux sentiments réels dans ce monde ; l’amour et la peur. Je ne sais pas vous, mais entre les deux, mon choix est fait.

L’Amour, qui mérite une majuscule, ce parfum de vie qui s’évapore lorsque les armes nous ôtent le monopole des cœurs, est malmené depuis notre dernier numéro. Hier nous écrivions après les attentats de Paris, aujourd’hui c’est Bruxelles qui s’est abimée.

Que faire alors, comment réagir ? Sortir la tête de l’eau ou se noyer dans le fantasme, qui deviendra lentement son propre cercueil ? Là encore, mon choix est fait. Notre choix. Pour ce troisième numéro, l’équipe des Eclaireurs se tient debout pour promouvoir l’effort de paix. Peu importe l’obscur regard de la haine, il ne noircira pas notre lumière.

Notre vecteur est l’information car sa justesse apaise, et la justice la suit de près. Informer sans céder aux on dit, aux mal dits et aux raccourcis. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire à travers plusieurs sujets ce mois-ci ; une balade à Molenbeek-Saint-Jean, la soi-disant Mecque des jihadistes à deux pas de Bruxelles. Une Nuit debout à Lille, puis deux, puis trois, et plus encore. Des réflexions sur la démocratie en Europe, le combat du terrorisme, sur la violence dans la culture et les jeux vidéo. Mais aussi sur le sport, et la révolution Stephen Curry qui fait vibrer le basketball Outre-Atlantique, car on a tous besoin de rêver quand on se rappelle que le temps est court et qu’il court vite, comme ces demi-dieux d’athlètes.

Voici quelques pensées pour rester éveillés tout en ayant la tête dans les nuages, plutôt que dans la brume. Des idées pour se libérer et des mots pour s’exprimer. Une manière de dire que nous croyons en ce monde car ce monde ne se fera pas sans nous.

N’est croyant que celui qui aime l’autre, nous n’avons pas peur.