Mais que s’est-il passé en Chine cet été ? Toute la presse s’est emballée au sujet de la baisse des marchés chinois, osant même parler de krach boursier de crise économique. Il ne s’est pourtant rien passé de tel. Le pays est simplement en train de laisser le libre marché fixer ses taux d’intérêts et ses taux de change. En d’autres termes, la Chine redevient la puissance capitaliste qu’elle a jadis été et c’est une bonne nouvelle.

 

Reprenons par le début. En avril 2015, les bourses chinoises se sont envolées, l’indice de ses valeurs côtées à Hong-Kong est passé de 12 000 à 15 000 en un mois, pour retomber à 12 000 en juillet, ce qui a provoqué l’affolement et l’emballement médiatique. Il n’y a pourtant eu qu’un mois d’euphorie sur les marchés et la situation s’est retrouvée au point de départ, là où elle était en début d’année.

Pourquoi cette hausse ? Le gouvernement chinois veut faire entrer sa monnaie, le yuan, dans les Droits de tirages spéciaux (DTS), le club très fermé des monnaies reconnues et autorisées par le FMI pour solder les transactions que les pays peuvent avoir avec lui. Seul le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen en font partie aujourd’hui. Le yuan devrait y entrer également d’ici la fin d’année, ou au début de l’année prochaine. La demande pour cette monnaie devrait donc fortement augmenter d’ici là et permettre à la Chine de baisser ses taux d’intérêt, ce qui serait une bonne chose pour le marché des obligations chinoises. Mais surtout, le yuan pourrait devenir très rapidement convertible, ce qui permettrait au monde entier d’acheter des actions chinoises. Voilà pourquoi ces actions ont autant grimpé en avril.

Pourquoi un « krach » en juillet ? Les opérateurs chinois ont acheté sur marge. En d’autres termes, ils ont acheté en empruntant. Mais ils espéraient revendre leurs titres à des fonds indiciels d’ici la fin de l’année, et se sont retrouvés sans les acheteurs qu’ils espéraient voir fleurir. Ils ont donc été obligés de revendre leurs titres à d’autres Chinois, qui n’étaient pas vraiment pressés d’acheter.

Pas de crise

Or, parler de crise, c’est faire preuve d’une (légère) mauvaise foi. La Chine est en effet l’un des seuls pays à tenter de créer une monnaie de qualité, avec un régime où les taux d’intérêts et les taux de change seront régis par le marché. En quelques sortes, elle redevient capitaliste, ce qu’elle a presque toujours été dans l’entièreté de son Histoire.

Pourquoi maintenant ? Longtemps, la Chine a sous-évalué sa monnaie et a dégagé d’importants excédents pour sortir de son économie « moyen-âgeuse » en construisant des infrastructures, autoroutes et hôpitaux. Mais toutes ces constructions, bien que vitales, n’ont aucune rentabilité. On ne gagne pas d’argent en construisant un pont. Les autorités ont donc décidé de créer de la croissance depuis le secteur privé, en maintenant des taux de change et des taux d’intérêt à prix de marché depuis trois ans. Beaucoup ont pris ce choix comme le signe d’une dévaluation de leur monnaie, or ce n’est pas le cas. La Chine veut en réalité concurrencer le dollar avec le yuan, et concurrencer le FMI et la Banque Mondiale en développant des organismes internationaux qui ne manipulent pas autant les monnaies. La Chine est en train de créer une zone de stabilité monétaire émergente. Or, si l’expérience fonctionne, alors de plus en plus de personnes épargneront en yuan et de moins en moins en dollar…Un vrai tremblement de terre que beaucoup ont encore du mal à imaginer se produire. Pourtant ce serait une bonne nouvelle pour les épargnants du monde entier.

Loin d’être en crise, la Chine plutôt est en train de changer de modèle en créant une monnaie saine et à juste valeur.

Clément Martinet