Spécialiste du pays du Soleil Levant, Julien Fontanier est le créateur d’une chaîne YouTube dédiée à l’enseignement du japonais. Depuis le 4 novembre 2015, ses cours gratuits et complets connaissent un franc succès. Rencontre pour découvrir qui se cache derrière celui qu’on surnomme d’Artagnan en raison de sa moustache aiguisée et de son style vestimentaire anachronique.

 

 

Les Eclaireurs : Bonjour Julien et merci d’avoir accepté cette interview pour Les Eclaireurs. En guise d’introduction pour nos lecteurs, peux-tu nous expliquer d’où te vient cette passion pour le Japon ?

Julien Fontanier : Tout est arrivé très vite en fait. Comme beaucoup de jeunes aujourd’hui j’imagine, ma première approche du Japon s’est faite avec les mangas et, en ce qui me concerne, surtout les jeux vidéo. Sans trop savoir d’où ça venait, j’ai dévoré quelques excellents J-RPG durant mon adolescence, dont Tales of Symphonia sur Gamecube. J’étais également un gros joueur de Super Smash Bros. Melee et en général un grand fan de Nintendo.

En 2005, [ndlr. Il est alors en seconde] une personne rencontrée au hasard sur un forum de jeux vidéo me parle de sa passion pour le Japon, pour la culture japonaise et notamment la J-pop. Cela attise ma curiosité et je découvre petit à petit un pays dont j’ignorais jusqu’alors beaucoup de choses, c’est-à-dire à peu près tout hormis ce qui est enseigné dans les cours de géographie au collège.

Puis, sur les conseils d’une amie, j’ai regardé la série animée Death Note en version originale sous-titrée, et là ça a été le coup de cœur absolu, pas spécialement pour le Japon et sa culture, mais dans un premier temps pour la langue japonaise qui, utilisée dans le cadre de doublages (animés, jeux vidéo) dégage une force absolument incroyable.

L.E : On imagine que les premiers mots de japonais et les premiers contacts avec la langue se sont donc faits au travers de la pop-culture japonaise (jeux vidéo, mangas…). Comment as-tu appris le japonais pour être en mesure de l’enseigner aujourd’hui par toi-même ?

J.F : J’ai commencé à apprendre le japonais seul. En plus des mots et expressions que j’avais retenus en regardant Death Note, c’est surtout en achetant le CD de la bande son de l’animé que tout a commencé. Derrière, tout était écrit en japonais, et, désireux de comprendre à quel personnage correspondait chaque musique, j’ai essayé de déchiffrer seul au milieu de ces signes étranges l’écriture japonaise.

J’ai cherché un peu sur Internet (bien moins développé qu’aujourd’hui, rendez-vous compte les jeunes), et je suis tombé sur un site qui montrait les deux alphabets kana (hiragana et katakana). Sans aucune explication ni rien, j’ai réussi à lire quelques mots katakana, notamment RAITO et MISA (le nom de deux personnages principaux).

J’ai donc commencé à m’intéresser à ces deux alphabets qui permettent l’écriture phonétique syllabique du japonais, en essayant notamment d’écrire mon pseudonyme en japonais (avec le recul je me rends compte des fautes d’écriture que j’ai faites et sur lesquelles j’insiste auprès de mes élèves, mais j’ai une excuse, je ne connaissais aucune règle !).

J’ai donc appris un, puis deux alphabets (50 lettres chacun). Nous étions en 2008, c’était le moment où Super Smash Bros. Brawl, le jeu vidéo que j’ai sûrement le plus attendu de toute ma vie, était dévoilé petit à petit sur un site officiel mis à jour quotidiennement. Impatient d’attendre les traductions françaises des articles, j’essayais de décortiquer le site dans sa version japonaise pour comprendre un maximum d’informations.

J’ai toujours été passionné par les langues, notamment le français qui est une de mes grandes passions, mais également par l’allemand que je parlais déjà à un niveau quasi-courant (grâce à un enseignement dont j’ai bénéficié au collège d’une intensité effrayante).

Du coup, les choses ont fait que la langue japonaise est devenue ma passion du moment : j’ai donc acheté un manuel HARRAP d’enseignement rapide du japonais, uniquement basé sur l’oral (pas d’enseignement de l’écriture donc, exactement ce que je déconseille fortement aujourd’hui) et ai commencé à apprendre les premières règles, notions grammaticales et à former avec énormément de plaisir mes premières phrases.

« Là, je me suis retrouvé au milieu d’étudiants qui partageaient tous la même passion, les mangas, les jeux vidéo, la culture japonaise, à un degré bien supérieur au mien puisque je n’étais là essentiellement que par passion pour la langue. »

Puis l’année de terminale s’est achevée, j’ai eu mon baccalauréat scientifique, et s’est posé la grande question de l’orientation post-bac : la seule chose qui me passionnait véritablement alors était la langue japonaise, aussi je décidai de partir l’apprendre véritablement en faculté de japonais à l’université Jean-Moulin Lyon III. J’ignorais à l’époque qu’il s’agissait d’un des meilleurs endroits pour apprendre la langue en France et qu’y enseignait l’une des plus grandes grammairiennes japonaises francophones, Reiko Shimamori.

Là, je me suis retrouvé au milieu d’étudiants qui partageaient tous la même passion, les mangas, les jeux vidéo, la culture japonaise, à un degré bien supérieur au mien puisque je n’étais là essentiellement que par passion pour la langue.

Sortir du lycée pour se retrouver dans une classe de cent élèves qui lisent tous ensemble les derniers scans des mangas à la mode ou entonnent tous les derniers openings du moment (à l’époque, c’était Blue bird de Naruto Shippûden), ça plonge dans l’ambiance !

Du coup c’est véritablement sur les bancs de l’université que j’ai découvert la culture japonaise. J’ai eu des professeurs absolument excellents, essentiellement japonais, dont les cours regorgeaient d’anecdotes de vie du Japon, ce qui était particulièrement enrichissant. J’ai étudié en long, en large et en travers l’histoire du Japon, la géographie du Japon, la société et la culture japonaise, mais également l’économie et le monde du travail japonais puisque j’étais dans une filière davantage concentrée sur les entreprises que sur la littérature.

En même temps, les cours de langue me permettaient de confirmer les acquis de mon apprentissage en autodidacte, de les approfondir, et surtout de continue à apprendre la langue japonaise. Je m’y suis investi à fond, comme jamais. Cette passion dévorante pour la langue japonaise a énormément simplifié mon apprentissage : là où beaucoup d’élèves se plaignaient de ne pas réussir à apprendre les idéogrammes, je me souviens en avoir appris cinquante d’une seule traite le soir où j’ai acheté mon dictionnaire d’idéogrammes, ouvert au hasard juste avant de me coucher.

 

 

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L.E : En parallèle, tu écrivais des articles et dossiers en lien avec la culture japonaise pour le site jeuxvideo.com. Peux-tu nous en dire plus ?

J.F : C’est surtout ma passion pour l’écriture de la langue française qui, couplée à celle des jeux vidéo, m’a mené à écrire des articles en contributions à jeuxvideo.com, site auquel j’ai toujours été très attaché et dont mon évolution professionnelle est étroitement liée. En décembre 2010, mon niveau de japonais était déjà courant et ma maîtrise de la langue m’a permis de me lancer dans un projet fou : et si j’expliquais aux gens comment jouer à un jeu en japonais ? Les jeux vidéo japonais qui restent hélas non-traduits sont bien trop nombreux, tout comme le sont les joueurs qui se plaignent depuis des décennies de ne pas pouvoir y toucher. J’ai donc rédigé pour jeuxvideo.com un dossier entier intitulé « Jouer à des jeux en japonais » [ndlr. lien en cliquant ici] expliquant tout d’abord les bases de l’écriture et de la grammaire du japonais, puis donnant les clefs pour se lancer dans l’appréhension d’un jeu vidéo intégralement rédigé en japonais. J’avais notamment dressé une liste traduite des « cent mots les plus utilisés dans les jeux vidéo japonais ». Ce dossier, totalement sorti de nulle part, fut un très grand succès auprès du lectorat du site et j’en reçois toujours aujourd’hui, cinq ans après, de vifs remerciements.

Puis les années se sont succédé, et les opportunités successives ont orienté mon chemin professionnel vers la spécialisation en culture japonaise. Du simple rédacteur, je suis devenu reporter, envoyé au Japon pour couvrir des événements ludiques mais aussi pour réaliser une série de reportages sur la culture japonaise dans Tokyo, qui cumule aujourd’hui presque 400 000 vues sur YouTube ! [ndlr. Lien en cliquant ici]

Parallèlement, j’officiais également en tant que traducteur, notamment d’interview de mangaka japonais, puis en tant qu’interprète lors de salons comme Japan Expo.

En 2015, je suis retourné pendant deux semaines au Japon pour tourner une émission de mon propre chef et qui s’intitule « Vol 714 pour Tokyo ». Elle est parue récemment sur le site de diffusion de manga animé Wakanim.

L.E : Tout cela nous amène donc à ton dernier gros projet en date : ta chaîne YouTube. Quel est le déclic qui t’a amené à ouvrir une chaîne YouTube dédiée à l’enseignement de la langue japonaise ?

J.F : Etant alors présentateur d’émissions régulières sur la webTV Gaming Live de jeuxvideo.com, j’ai eu l’idée d’essayer de faire un cours de japonais en direct avec un élève face à moi, mais surtout adapté à tous les spectateurs assis devant leur écran d’ordinateur. Le format a très bien marché, des milliers de curieux se sont pressés pour voir cette idée bizarre apparue sans programmation préalable un samedi après-midi.

La très bonne réception de ce coup d’essai m’a conforté dans l’idée qu’enseigner le japonais « différemment » et sur Internet était une chose possible. Au printemps dernier, un très bon ami spécialiste des diffusions de contenu sur YouTube, At0mium, me lance : « Pourquoi tu ne créerais pas une chaîne YouTube dans laquelle tu enseignerais le japonais ? Tu es excellent pour ça, si tu fais ça proprement, ça ne peut que marcher« . Le message était bien reçu, et, passé le temps de finir le travail que j’avais actuellement en cours, je me suis lancé à fond dans ce nouveau projet.

L.E : Tu parles souvent des problèmes de l’enseignement du japonais en France. Peux-tu préciser ?

J.F : Le principal problème de l’enseignement du japonais tel qu’on le trouve dans les facultés et écoles françaises est qu’il n’est pas entièrement adapté aux élèves français.

Le japonais est une langue complexe qui n’a absolument aucun point en commun avec les langues européennes, qui, lorsqu’elles lui sont comparées, sont grosso modo toutes les mêmes. On n’aborde pas l’enseignement d’une langue qui s’est créée seule sur une île à l’opposé du globe comme on peut le faire avec l’anglais dont la grammaire est très proche de celle du français.

On trouve ainsi de tout en termes d’enseignement du japonais en France. Le niveau des différentes universités est très inégal, sans parler des écoles privées qui proposent parfois de très grosses arnaques. J’ai eu la chance d’apprendre le japonais auprès des meilleurs grammairiens – Madame Shimamori, Monsieur Nishio notamment – dans un cadre très rigoureux qui a poussé 80% de ma classe à abandonner dès la première année.

« L’élément le plus important de la grammaire japonaise nous est décrit dès le premier cours comme « la copule de prédicat nominal ». Combien pensez-vous qu’il y ait de Français capable de comprendre le terme de copule du prédicat nominal ? »

Malgré la qualité indéniable de cet enseignement subsistent des imprécisions. Pour comprendre la grammaire d’une langue étrangère, il faut déjà comprendre à la perfection celle de notre propre langue, enseignée en CM2 face à des écoliers souvent grimaçant. Aujourd’hui, les jeunes français parlent une langue dont ils ignorent pour beaucoup les subtilités : qu’est-ce qu’un gérondif négatif, qu’est-ce qu’une proposition subordonnée circonstancielle ? Pour vous donner un exemple, j’ai un élève très brillant en master 2 en entreprises et banque qui est incapable de reconnaître une phrase mise au passif.

Du coup, là où il est facile de calquer le français sur l’anglais à quelques détails près, il est très difficile pour un européen d’apprivoiser la grammaire japonaise si il n’y a pas préalablement une démarche de compréhension de sa propre langue. Et ça, ça n’est pas prise en compte dans l’enseignement massif du japonais, dans lequel on nous bombarde de termes ultra compliqués. A titre d’exemple, l’élément le plus important de la grammaire japonaise nous est décrit dès le premier cours comme « la copule de prédicat nominal« . Combien pensez-vous qu’il y ait de Français capable de comprendre le terme de copule du prédicat nominal ?

Par ailleurs, en vue d’adapter les cours à des amphithéâtres parfois remplis d’une centaine d’élèves, certaines notions ne pas sont abordées et des zones d’ombres subsistent. « On va faire telle chose comme cela, on va dire que c’est une exception, ne cherchez pas, apprenez-le ainsi et puis voilà. » C’est exactement l’erreur qu’il faut absolument éviter dans l’apprentissage d’une langue étrangère. La langue japonaise est ultra logique et rationnelle, mais en vue de ne pas compliquer les enseignements, les professeurs ont tendance à parfois la rendre approximative, ce qui la rend bien plus difficile à appréhender. Ce sont ces erreurs que je m’efforce à ne pas répéter dans mon enseignement du japonais.

L.E : D’ailleurs on voit bien sur quels points ta méthode se démarque de l’enseignement universitaire. Quoiqu’il en soit, le succès a été au rendez-vous au lancement de la chaîne ! Tu précises dans ta vidéo de présentation que cela fait « des semaines que tu travailles/travaillais quotidiennement sur ce projet ». Es-tu seul aux commandes de ce dernier ? Et comment as-tu défini les spécificités de ta méthode d’enseignement ?

J.F : Je suis absolument seul à réaliser ce projet, c’est ce qui le rend si compliqué et long à mettre en place. En dehors de Kuromai, illustratrice professionnelle qui s’occupe selon mes indications des dessins habillant ma chaîne et d’Antoine Duchêne, compositeur professionnel qui s’est chargé des quelques effets sonores, je suis seul. Seul à avoir dressé un plan de cours élaboré et peaufiné au fil de nombreux mois d’enseignement, seul à avoir créé, monté et entretenu le plateau de tournage, seul à m’occuper de la capture vidéo et son, de l’agencement logiciel, seul à m’occuper de la promotion, du montage, de la publication. Ça demande énormément de temps et d’efforts, d’autant plus que je fais ça dans mon temps libre en dehors des heures de cours quotidiennes que je dispense à côté pour gagner ma vie !

Enseigner le japonais dans une vidéo publiée sur Internet est incroyablement plus compliqué que de donner un cours face à des élèves. Il faut être exhaustif, il faut être précis, il faut être irréprochable. Internet a tendance à ne pas pardonner les erreurs, déjà car son public est parfois peu indulgent ; je ne suis pas à plaindre à ce niveau-là, pour l’instant ils sont adorables ! Mais surtout car une erreur est gravée sur la toile et le sera aussi longtemps que la vidéo sera disponible.

Pas plus tard qu’hier, j’ai passé l’après-midi à remonter tout une vidéo de quinze minutes publiée en début de journée car il manquait un accent sur une lettre japonaise dans un tableau. Bref, un détail qui m’avait échappé, mais qui ne pouvait rester sans correction si l’on désire être précis dans cet enseignement et rigoureux ; ce sont mes objectifs, voilà pourquoi j’ai tenu à corriger cela afin d’offrir un contenu irréprochable aux élèves.

L.E : « A l’université, les cours de langue sont généralement découpées selon le cadre européen commun de référence pour les langues (A1, A2, B1, B2, C1, C2). Prends-tu en compte cette graduation pour déterminer si tes vidéos délivrent bien tous les acquis nécessaires à la maîtrise d’une langue ?

J.F : Je ne prends en compte aucune de ces références. La méthode d’enseignement du japonais que j’ai élaborée et peaufinée au fil des mois avec mes nombreux élèves semble fonctionner. Des jeunes adultes ont appris à maîtriser la langue, son écriture et toute l’étendue de sa grammaire en dix mois à mes côtés, en seulement une trentaine d’heures de cours. C’est ce qui me conforte dans l’idée que mon enseignement a quelque chose d’efficace, et c’est aujourd’hui ce que je désire proposer gratuitement à Internet. Les premiers retours sont d’ailleurs très positifs, autant de la part des personnes qui découvrent la langue que des étudiants déjà confirmés en japonais, qui sont à ce propos nombreux à m’assurer que mes cours sont bien mieux expliqués et complets que ceux auxquels ils assistent en universités.

L.E : Effectivement, on se rend bien compte de ta grande implication pour proposer des cours de qualité, et des retours très positifs que tu reçois, mais penses-tu qu’un cours numérique puisse remplacer un cours universitaire où les élèves et le professeur interagissent directement ? 

J.F : Indiscutablement, non. C’est ce qui va manquer dans ce format de cours sur YouTube : le contact physique entre le professeur et l’élève. Non pas au niveau des questions qui peuvent m’être posées, puisque j’ai toute la capacité d’y répondre sur YouTube, Twitter ou Facebook. Mais plus dans le sens où il est difficile de voir si un élève comprend son explication lorsque l’on n’a pas son visage sous les yeux. C’est pour palier cette difficulté que j’organise mes cours de la manière suivante : l’explication est d’abord donnée lentement, expliquée, illustrée suffisamment pour être je l’espère bien comprise, puis je rentre en fin de vidéo dans des détails plus poussés, notamment de linguistique, de phonétique ou d’étymologie et qui pourront intéresser une partie d’élèves plus à l’aise avec la leçon. Le défi dans ce genre de cours sur YouTube est d’arriver à enseigner des choses en imaginant les multiples réactions possibles des élèves pour adapter au mieux ses mots et ses explications.

Pour finir, les récentes technologies permettent de diffuser du contenu en direct sur Internet grâce aux lives : Twitch, YouTube… C’est un format dont j’entends bien me servir pour organiser quelques sessions plus « directes » avec les élèves, durant lesquelles ils communiqueraient avec moi par messages instantanés, ou pourquoi pas à l’oral via Skype !

L.E : Ta chaîne YouTube compte presque 5000 abonnés, soit tout autant d’élèves potentiels. As-tu une idée de l’hétérogénéité de ton public ? Y’a-t-il une tranche d’âge plus présente que les autres ? On imagine que les cours virtuels s’adressent davantage à un public jeune mais peut-être y’a-t-il des contre-exemples dans ton public ? 
J.F : Je pense qu’il y a de tout. Sans avoir de chiffres précis, j’imagine que les élèves les plus jeunes sont collégiens. Hormis un enfant de quatre ans qui s’y essaye aussi et dont on m’a envoyé sur Facebook les photos des feuilles sur lesquelles il apprend à tracer les alphabets japonais ! Les plus âgés sont plus difficile à définir : beaucoup de gens autour de la vingtaine, des trentenaires, mais aussi des élèves ayant quarante voire cinquante ans ! Je suis ravi de les voir se mettre à l’apprentissage du japonais à cet âge-là. Peut-être le désiraient-ils depuis longtemps sans jamais avoir vraiment su comment y accéder.

Les résultats d’un enfant de 4 ans, avec comme professeur M. Fontanier !

L.E : Question un peu plus anecdotique mais que nombreux élèves se posaient au début: que signifient les deux idéogrammes derrière toi à gauche et à droite de la bibliothèque ?

J.F : C’est une question à laquelle je tiens à ne pas répondre ! Ces deux idéogrammes que j’ai moi-même tracés au pinceau japonais servent d’exemple à un cours dans lequel on apprend, grâce à un dictionnaire fabuleux, comment trouver le sens de n’importe quel idéogramme qui nous tombe sous la main. En gros, assistez aux cours et vous aurez la réponse de vous-même [rires] !

L.E : Le scoop sera pour une prochaine fois ! Bien que tu sois le premier sur YouTube à proposer des cours de langue d’une aussi grande qualité, t’es-tu inspiré d’autres vidéastes ?

J.F : En réalité, il existe déjà des vidéos d’enseignement des langues étrangères sur YouTube, mais je ne m’en suis aucunement inspirée ; au contraire, j’essaye de ne pas répéter tous les défauts qu’elles peuvent parfois accumuler. Parlons du japonais puisque c’est le sujet ici : on trouve beaucoup de vidéo qui nous enseignent des expressions toutes faites, comment dire bonjour, merci, donner son âge ou même inviter une Japonaise à boire un verre. Pour moi, c’est du blablatage. Apprendre des phrases toutes construites est certes très utile lorsque l’on va une semaine au Japon et que l’on veut pouvoir se débrouiller un minimum sur place, mais ça n’enseigne absolument rien de solide, surtout grammaticalement. Pour le reste, la qualité image et son de ces vidéos laissent parfois à désirer, c’est pourquoi j’ai investi dans du matériel professionnel pour proposer des cours visuellement beau, propres, bref, qui donnent envie à regarder. J’espère que c’est le cas !

L.E : Tu évoquais tout à l’heure le temps que tu investis pour conduire ta chaîne. Comment s’organise ta semaine entre le tournage des vidéos, le montage, la mise en ligne… ? Professeur sur YouTube, c’est un travail à temps plein ?

J.F : C’est énormément de travail. Je m’étais préparé mentalement à ce que ce soit long, très long, donc en un sens je n’ai pas été surpris. Mais dans les faits, c’était encore plus difficile que je ne l’imaginais. Sans parler de la préparation des cours qui a demandé une grande minutie, le tournage des épisodes est un moment éprouvant. Comme je l’ai dit tout à l’heure, je suis seul à gérer ça. Seul à monter le plateau dans mon appartement minuscule, à déplacer les meubles, à tout placer au millimètre près pour que le rendu à l’image soit équivalent d’un épisode à l’autre. Et une fois que tout est préparé, que les logiciels sont lancés, vérifiés… Il faut déborder d’énergie pour tourner et être un bon professeur face à la caméra, pour que chaque épisode soit agréable à regarder pour l’élève. Heureusement, le thé vert envoyé par une amie japonaise me permet de me maintenir en forme ! Mais ça demande énormément de concentration, et je n’ai pas hésité à remonter entièrement le décor pour tourner deux ou trois cours qui, après coup, ne me paraissaient pas bons pour être diffusés.

Le montage est beaucoup plus calme, on peut le faire en caleçon décoiffé sous sa couverture, les élèves ne le voient pas ! Heureusement, les cours que je propose n’ont pas besoin de fourmiller d’effets spéciaux, ce qui rend les choses relativement simples, mais pas courtes pour autant.

Mais en somme, oui, tout ça est très chronophage, d’autant plus que je continue de donner des cours à côté pour gagner ma vie. Ça me prend tout mon temps libre, quoi !

 

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Les résultats d’un enfant de 4 ans, avec comme professeur M. Fontanier !

L.E Comment gères-tu l’aspect financier sachant que tes vidéos et les documents que tu mets à disposition sont tous gratuits ?

J.F : Je tiens formellement à ce que tout le contenu que je propose sur Internet soit gratuit. Pour moi, l’accès à la connaissance est quelque chose qui ne doit pas être payant, surtout dans le monde actuel où Internet facilite énormément les choses ; c’est déjà ce que propose Wikipédia et j’entends marcher dans les mêmes pas qu’eux. Le japonais est une langue dite « rare », une langue dont l’enseignement est très peu répandu en France et dont les prix des heures de cours particuliers avoisinent généralement les 45€, pour pas grand-chose la plupart du temps. Vu l’engouement immense qu’a la jeunesse actuelle envers le Japon et la langue japonaise, je trouve que c’est du vol que d’en profiter ainsi pour gagner de l’argent. Selon moi, l’accès à la connaissance doit être gratuit, c’est pour cela que mes cours sont gratuits, c’est pour cela que les fiches exercices et corrections sont toutes accessibles gratuitement d’un simple clic, et tout cela le restera ! Je ne gagne donc pas un seul centime sur ce travail, d’autant plus que je ne monétise pas la chaîne YouTube : j’ai toujours eu horreur de la publicité sur YouTube et je ne me vois pas imposer à mes élèves un spot publicitaire avant chaque leçon, qu’ils restent concentrés dans les meilleures conditions d’apprentissage possibles ! Alors forcément, financièrement, ça fait un gros trou, surtout que j’ai dû investir beaucoup d’argent dans le plateau de tournage, le décor, sans oublier le PC acheté à l’occasion pour pouvoir monter des vidéos en HD, les licences de logiciels nécessaires… Mais je prends du plaisir à faire tout ça, et ça me suffit pour m’y retrouver. Quand vous allez jouer au foot ou voir un film au cinéma durant votre temps libre, vous y prenez du plaisir sans gagner d’argent en retour, n’est-ce pas ? Considérez que c’est la même chose pour moi : savoir que l’apprentissage du japonais est enfin accessible, gratuitement, à toutes ces personnes qui en rêvaient depuis des années me rend sincèrement heureux et suffit à me motiver pour continuer sans relâche cette aventure !

L.E : C’est tout à ton honneur de proposer une telle qualité d’enseignement en toute gratuité et de te soucier autant de tes élèves (pas de pubs, des lives etc.) ! En plus de cette organisation millimétrée, tu évoquais la possibilité de mettre en relation des étudiants français avec des étudiants japonais. C’est possible de faire cela pour 5000 apprenants ? Indirectement, s’il y a une sélection, comment penses-tu la faire ?

J.F : J’aimerais que ça le soit ! Et je ferai tout en ce sens. Beaucoup d’élèves m’ont déjà demandé s’il y allait avoir une sélection pour bénéficier d’un correspondant japonais. C’est une chose que j’aimerais éviter, car à mon sens, tout le monde, quel que soit son niveau en japonais, méritent de découvrir davantage la culture nippone via une amitié japonaise. Evidemment, ça risque d’être compliqué de trouver autant de correspondants japonais, d’autant plus que ces 5000 élèves dont vous parlez sont ceux abonnés seulement après les premières semaines de cours, le nombre risque, je l’espère, de grimper… Mais je ne m’inquiète pas trop pour cela. Le projet des correspondants japonais est un gros projet qui me tient à cœur, mais je ne peux pas le lancer actuellement : déjà car il demandera énormément d’organisation à laquelle je n’ai dans l’instant pas le temps de m’atteler, ensuite car il faudra que mes élèves commencent à apprendre la grammaire japonaise et soient capables de créer des phrases pour que les échanges avec les Japonais ne se limitent pas à du blablatage en anglais comme c’est malheureusement souvent le cas entre étudiants franco-japonais. En ce moment même, je réfléchis à différentes manières de donner vie à ce projet, et je ne manquerai pas de vous en tenir au courant en temps et en heure lorsque j’aurais davantage d’informations plus concrètes à vous donner !

L.E : Quoiqu’il en soit, on ressent aussi bien la passion qui t’anime à travers cette interview qu’à travers les vidéos de ta chaîne YouTube. On aimerait que d’autres langues soient enseignées avec une telle qualité et gratuitement via Internet. Penses-tu que ton projet peut donner vie à d’autres ? Penses-tu avoir normé ce que doit être un bon cours numérique de langue ?

J.F : J’ignore ce que sera ce projet de cours de japonais dans le futur, s’il inspirera la création d’autres format du genre. Je ne me pose pas ce genre de question, je me concentre sur ce travail en essayant de le rendre le plus accessible et qualitatif possible, et je suis comblé de voir qu’il attire déjà plusieurs milliers de personnes en quête d’apprendre le japonais. Je serai ravi qu’il pousse d’autres personnes à propager gratuitement leurs connaissances. Beaucoup de gens se pensent riches car ils possèdent de grandes connaissances, mais je suis persuadé que la véritable richesse est de savoir partager avec les hommes ce que l’on sait, pas de le garder pour soi et de parfois même arriver jusqu’à s’en vanter. Aujourd’hui, l’outil formidable qu’est Internet permet aux hommes de satisfaire cette soif de savoir qui nous anime depuis des siècles entiers : c’est une aubaine à n’assurément pas manquer !

L.E : « En espérant que le message sera entendu ! Pour terminer, as-tu des projets – présents ou futurs – en parallèle de cette chaîne ?

J.F : Actuellement, je m’investis à fond dans ces cours de japonais sur YouTube, mais il est déjà prévu que je retourne prochainement au Japon tourner une nouvelle série de reportages sur la vie à Tokyo. J’ai hâte !

Bien entendu, j’ai énormément de projets qui me trottent dans la tête depuis des années, mais je pense qu’il faut savoir se concentrer sur ce que l’on est en train de faire pour ne pas trop s’éparpiller et s’investir correctement !

L.E : Un dernier petit mot à passer à tes élèves ?

J.F : Continuez de bien travailler, je suis très fier de vous ! N’oubliez pas que l’essence première de l’apprentissage d’une langue est la passion, ne vous forcez pas, allez à votre rythme, progressez par envie et jamais par contrainte. J’ai hâte de pouvoir converser en japonais avec vous !

L.E : Encore merci Julien, et toute l’équipe du journal te souhaite une très bonne continuation !

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