Le numéro 30 des Warriors s’impose comme l’un des meilleurs joueurs dans l’histoire de la NBA, grâce à ce style de jeu aussi impressionnant qu’exigeant.

Les plays-offs ont déjà commencé et les amateurs de basket se demandent où Golden State va bien pouvoir s’arrêter. Première certitude, la franchise de Philadelphie vient de boucler une saison régulière de tous les records, avec peut-être à la clé le titre de NBA – pour la deuxième année consécutive – mais aussi le trophée MVP pour Stephen Curry. Le meneur des Warriors est à l’image de son équipe cette année : stratosphérique. Au-delà d’un exercice 2015-2016 d’ores et déjà abouti, c’est avant tout la réussite d’un système de jeu, le small ball.

Small ball, big success

L’équipe entraînée par Steeve Kerr est pourtant loin d’en être le précurseur. Pour retrouver trace des premières équipes estampillées small ball, il faut remonter aux années 1990. À l’époque, la NCAA, antichambre de la NBA où s’affrontent les équipes universitaires, voit arriver ce style de jeu si particulier par l’intermédiaire du coach de la Clovis West High School, Vance Walberg. Le principe imposé par l’américain à l’équipe californienne est simple : des joueurs à la taille moins imposante mais dotés d’une plus grande mobilité, une présence rare dans la raquette ainsi que plus de shoots à 3 points. Introduit ensuite par Mike D’Antoni et les Suns de Phoenix en NBA lors de la saison 2003-2004, de nombreuses équipes s’en sont inspiré. Le Miami Heat de 2012-2013, la Dream Team américaine aux Jeux Olympiques de Londres, les exemples de triomphe sont légion.

Des grands touchés mais pas coulés

Néanmoins, si le small ball fait le bonheur des joueurs du même gabarit que Curry – bien loin de l’archétype des monstres physiques que connaît habituellement la NBA – de plus en plus de « grands » ont du mal à s’adapter à ce style de jeu. Serge Ibaka, l’ailier fort/pivot du Thunder d’Oklahoma, en est le premier témoin, en atteste son interview au journal américain The Oklahoman en février : « Il y a quatre ans j’étais dans la raquette la plupart du temps, et logiquement je faisais plus de contres et prenais plus de rebonds. Maintenant, vu la manière dont ils jouent, nous devons changer ». Si les difficultés de ces géants jettent des doutes sur leur avenir en NBA, il demeure très peu probable que le small ball devienne une référence. Très exigeant, trop même, seuls les 5 de départ les plus complets sont capables de mettre en pratique un tel système.

D’ailleurs, il ne fait pas bon vouloir imiter Golden State. L’équipe de Washington l’aura appris à ses dépens. La franchise entraînée par Randy Wittman a, en début de saison,

voulu calquer le style de jeu des champions en titre. Mais un effectif trop limité aura eu raison des espoirs de plays-offs des Wizards, finalement dixièmes de la conférence Est. Pour Arnaud Gelb, consultant basket pour le site BasketUSA, le small ball n’est pas obligatoirement un exemple à suivre pour toutes les équipes : « Attention à ne pas sacrifier son identité pour copier quelque chose qui pourrait ne pas fonctionner, il n’y a qu’un seul Curry et un seul Klay Thompson ».

Et Curry dans tout ça ?

En parlant de Curry, aurait-il le même rendement si le small ball n’avait pas eu la même importance dans le basket actuel ? D’une régularité affolante aux shoots à 3 points, meilleur marqueur (30,1 points de moyenne) ainsi que meilleur intercepteur (2,1 par match) de la ligue cette saison, l’américain n’en finit plus d’impressionner. Mais auprès de ses aînés, le meneur surnommé « Baby face » ne fait pas l’unanimité. Kareem Abdul-Jabbar, ancienne gloire des Lakers, fait partie des détracteurs du joueur des Warriors, reprochant le manque d’agressivité du basket moderne. « Les règles défensives plus dures sur le défenseur l’avantagent. Il aurait du mal avec un style plus agressif comme dans les années 1980 », concède également Arnaud Gelb, avant d’ajouter : « Après, un grand joueur reste un grand joueur, peu importe l’époque. ». Quoiqu’il en soit, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, Curry est bel et bien en passe d’entrer dans la légende de la NBA.