Nous sommes peut-être à l’aube d’un basculement historique en Europe. Le 23 juin, les Britanniques choisiront par référendum s’ils veulent quitter l’Union européenne, ou y rester. Selon les sondages, qui valent ce qu’ils valent, les camps du « oui » et du « non » se chevauchent. Mais avant de se demander s’il faut partir ou rester, une question demeure : l’Union européenne est-elle démocratique ?

Liberté. S’il ne fallait retenir qu’un mot de la philosophie britannique, ce serait bien celui-ci : la Magna Carta de Jean sans Terre, la Glorieuse révolution de 1689, la prise de contrôle de l’assemblée élue sur l’assemblée héréditaire au XIXe siècle, les écrits de John Locke, David Ricardo, Jérémy Bentham, et j’en passe.

Pas étonnant, dans ce cas, que le débat Outre Manche sur une éventuelle sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni prenne une tournure plus philosophique que politique. Derrière ce référendum se cache une question cruciale à la survie des valeurs européennes de paix et de prospérité : l’Union, telle qu’elle est bâtie, est elle démocratique ? La réponse est non. Ses institutions mettent à mal nos libertés.

La Commission propose, le Parlement dispose

La Commission européenne, dont les membres ne sont pas élus par les citoyens européens, ont le monopole législatif sur le Parlement de l’Union. En d’autres termes, les commissaires, non élus, imposent leur ordre du jour aux députés européens, élus, qui s’exécutent. Où se trouve la démocratie quand la souveraineté nationale ne peut pas s’exprimer par la voix de ceux pour qui ils ont voté, librement ?

Les Britanniques vont donc avoir le choix de continuer d’être gouvernés par des personnes qu’ils n’ont pas directement élu, qui ne sont pas responsables devant eux, et qui ne peuvent pas être démis de leurs fonctions, ou bien d’être gouvernés par des personnes qu’ils connaissent (un peu plus), qui les représentent et dont ils peuvent se débarrasser à intervalles réguliers par le biais d’élections libres.

La BCE va provoquer une nouvelle crise financière, et personne ne la contrôle

La Banque centrale européenne, principale institution monétaire de l’Union, a recours à des procédés douteux pour sauver les banques européennes de la faillite, sans aucun contrôle démocratique.

Voici le constat : le secteur bancaire est fragile, 70% des banques européennes sont en état de quasi faillite lorsque l’on jette un œil sur leurs cours de bourse. En huit ans, elles ont quasiment perdu les ¾ de leurs valeurs. Pourquoi ? Car la BCE manipule ses taux d’intérêts, et inspire de moins en moins la confiance des marchés financiers.

Depuis l’arrivée de l’euro, la Banque centrale a mis le prix des actifs, sorte de réservoir de cash pour maintenir l’économie en équilibre, au cœur de son système monétaire. En particulier avec les obligations d’Etat. La BCE a pris le pari d’imprimer assez d’argent pour que ce fameux prix des actifs ne baisse pas, sans avoir la garantie que cet argent crée de toutes pièces se diffuse dans l’économie réelle. C’est précisément ce qui provoque aujourd’hui le malaise des marchés financiers.

En créant des faux taux d’intérêt, des biens sans valeurs continuent d’exister sur le marché, alors qu’ils devraient disparaître. Les marchés sont montés grâce à l’achat des actifs par la BCE, mais la réalité économique n’est pas raccord. Or la valorisation des actifs est une bulle, et il y aura une correction tôt ou tard.

Une nouvelle crise financière se prépare au fur et à mesure que monte cette bulle du secteur bancaire européen. Avec un système sans prix, où existent désormais les très affolants de prêts à taux négatifs à court terme, aucune croissance ne semble possible pour le pays de l’Union. Les Britanniques ont raison d’afficher leur scepticisme sur la gestion calamiteuse menée par la BCE.

S’exprimer muets

Difficile d’oublier le référendum sur la Constitution européenne que la majorité des Français avait rejeté, dont François Hollande, pour finalement se la voir imposer par l’intermédiaire du Traité de l’Union peu de temps après.

Difficile d’oublier que les Irlandais avaient refusé l’euro avant d’être invités à voter à nouveau, jusqu’à l’accepter, pour ne plus jamais pouvoir en sortir ensuite.

Et difficile d’oublier le vote des Grecs, immédiatement trahis par Tsipras, qui n’a pas manqué de vendre la souveraineté grecque pour une poignée de clous.

Pour conclure, il ne s’agit pas de se demander bêtement s’il faut être pour ou contre l’Union européenne, il est clair que l’Europe a besoin d’être unie pour remporter les défis industriels, sociaux et philosophiques de demain. Mais il est clair également que les institutions actuelles de l’Union nous malmènent plus qu’elles nous élèvent.

Il est temps de repenser l’Europe, pour la reconstruire ensuite. La sortie du Royaume-Uni pourrait créer cet impulse qui nous manque cruellement pour garantir nos libertés.