Marseille, Nice, Lille… : les débordements des hooligans sont légion depuis le début de la compétition européenne de football.

Pendant que certains voient leurs libertés les plus fondamentalesi bafouées sous couvert de mesures de sûretéii, ou se voient traînés dans la boue médiatique pour le fait d’exercer leurs droits afin de tenter de les préserver, tout le monde trouve normal que l’Euro continue alors qu’il est source des dérives violentes qui mettent nos villes à sac depuis quelques jours.

En effet, l’état d’urgence est en place en France depuis le 14 novembre 2015 et a été depuis cette date prolongé à chaque échéance ; ne doit-on pas s’étonner alors que de tels événements puissent avoir lieu sur notre territoire ?

Etat d’urgence, manifestations et sécurité

Pour rappel, l’état d’urgence est un état d’exception qui donne pouvoir aux autorités administratives de prendre des mesures restreignant les libertés en lieu et place de l’ordre judiciaire.

Or, nombre de ces mesures ont été appliquées depuis novembre, visant en tout premier lieu les manifestations, considérées comme des « réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre » (article 8 de la loi du 3 avril 1955 modifiée). Citons pour les plus marquantes l’interdiction de la Marche pour le Climat qui aurait dû avoir lieu le 29 novembre 2015, ou encore la répression du mouvement Nuit Debout en 2016. Manifestations se revendiquant d’une intention pacifiste.

Ce qui n’est pas le cas des ultras, qui bien au contraire clament leur goût pour les affrontements avec le camp adverse, préparent et annoncent souvent leur venue à l’avance dans le seul but de participer à ces combats, et même de les provoquer.

Ces gens se nourrissent de la violence, et en demandent toujours plus : « On est tous venus pour ça. Le jour du match, tous les Russes ont pris l’avion (pour la France), il y avait environ 150 gars, les plus costauds », raconte Vladimir sur le site francetvsport.fr, ajoutant plus loin que « Rien ne les arrêtera », ces supporters, ni les lois ni les avertissements de l’UEFA.

Alors, pourquoi un tel manque de réaction de la part de nos pouvoirs publics, quand tant de nos concitoyens ont fini avec des blessures infligées arbitrairement par les CRS lors des manifestations contre la loi El Khomri ?

Par ailleurs, rappelons également que la mise en place de l’état d’urgence a été décidée à la suite des attentats du 13 novembre, afin de renforcer la sécurité face à la menace terroriste, et en sus des autres dispositifs déjà actifs (plan Vigipirate et opération Sentinelle notamment).

L’état d’urgence est donc censé avoir pour objectif de protéger la population des dangers qui pèsent sur elle.

Comment ne pas se demander dans ce cas, alors que le spectre des attentats est plus présent que jamais, en quoi laisser s’agglutiner des gens dans des stades immenses ou des fanzones (celle de Paris a une capacité d’accueil de 92 000 personnes par exemple) est plus sûr que de laisser des citoyens défiler dans la rue pour une cause politique ou sociale ?

Comment croire que quelques fouilles de sacs et palpations à l’entrée de ces lieux de communion empêcheront n’importe quel candidat au martyr d’accomplir son dessein ?

Comment ne pas imaginer que l’agitation et la pagaille provoquées par les hooligans dans nos rues puissent être propices à l’action des terroristes ?

On ouvre grand nos frontières aux extrémistes du football qui sont fiers d’annoncer qu’ils ne viennent que pour troubler l’ordre public alors qu’on se méfie de chaque réfugié qui tente sa chance ailleurs que dans son pays en guerre.

On prohibe les réunions et manifestations des citoyens concernés et des militants qui ne font que faire entendre leurs voix divergentes de celles du système en place alors qu’on laisse des supporters surexcités et agressifs saccager l’espace public.

Mais les retombées économiques attendues de l’Euro sont exceptionnelles elles aussi…

« À croire que le Veau d’Or a une promo à l’échelle planétaire ».

i La liberté d’expression, la liberté de circulation et la liberté de réunion sont toutes garanties par la DDHC.

ii Voir notre article sur l’état d’urgence.