Quand enfance rime avec survie

Dans un monde où l’on n’en finit plus de déplorer la perte de ses citoyens, on en oublie parfois que pour beaucoup, c’est un quotidien et surtout le début d’une vie qui se construit aux côtés des fusillades et autres explosions sanglantes. Les enfants de guerre, comme on les appelle, connaissent dès le plus jeune âge la terreur, la peur, mais aussi la difficulté de grandir dans un environnement instable politiquement. Ils doivent affronter la dure réalité d’une société ingérable pour les hautes institutions, et des aides apportées aux populations qui restent encore compliquées à délivrer.

Autoriser si peu d’espoir à un enfant, le laisser découvrir le monde dans des conditions aussi désastreuses, ne devrait pas être imaginable. Ils doivent parfois fuir leur pays dans l’espoir d’une vie meilleure, mais partir n’a pas le même résultat pour tous.

Un territoire instable

La Syrie, auparavant berceau de l’humanité, est depuis maintenant quelques années, considérée comme le quartier général du djihadisme, menaçant la terre entière en permanence. Daesh, organisation principalement basée à Raqqa (ville syrienne de presque 200 000 habitants et malheureusement fief de Daesh), sème la terreur à travers le monde par des attentats perpétrés à différents endroits du globe. Daesh, c’est donc aussi la formation et l’entraînement intensif de djihadistes venus des quatre coins de la planète pour rejoindre un groupe qui au fur et à mesure a pris la forme d’une véritable armée. Des chiffres établis par le Soufan Group (institut spécialisé dans les services de renseignements de sécurité, pour les gouvernements et organisations multinationales) fin 2015, porteraient à 86 le nombre de nationalités différentes représentées dans l’État Islamique. Chiffre alarmant mais qui nous fait saisir l’ampleur du phénomène. Ce mouvement ayant donc pris racine en Irak (pays limitrophe de la Syrie), les Syriens ne sont bien sûr pas épargnés. Déjà victime de la guerre civile qui a débuté en mars 2011, la population doit maintenant faire face à la menace terroriste. Au milieu de toutes ces horreurs se trouvent des familles, des civils sans défense et sans moyen de pouvoir poursuivre le cours de leur vie dans des conditions décentes. Les enfants sont les premières victimes de l’atrocité qui est devenue quotidienne.

Affronter le danger pour aider les plus démunis

S’unir est un des moyens pour lutter contre l’oppresseur : à plusieurs, la cause sera plus forte et surtout mieux entendue. Certains ont pris les choses en main, ne laissant pas la peur diriger et dicter la vie d’individus qui sont au chevet d’un monde qui ne laisse parfois pas l’espoir d’un lendemain. « Nous sommes un groupe de Franco-Syriens avec des conjoints et des amis français. Nous avons décidé de nous regrouper dans une association, sans affiliation politique ou confessionnelle et d’agir dans l’unique but d’aider les Syriens civils sinistrés ou déplacés dans toutes les zones de la Syrie. » explique Laurent, un des fondateurs de l’association Cœur et Action pour la Syrie. Indignés, ces occidentaux se mobilisent pour proposer leur aide au peuple syrien qui souffre, loin du confort des pays ‘riches’. « Face à la guerre en Syrie, nous nous sentions démunis, presque coupables d’être protégés ici en France alors que les Syriens souffraient là-bas », poursuit Laurent.

Être tranquillement chez soi en regardant en boucle dans les médias les images de violence, se sentir inutile devant une population sans moyens de défense, vivre dans des conditions décentes, tout cela peut créer une prise de conscience, ainsi qu’une remise en question face aux affres d’une vie qui est non pas sous des épées de Damoclès, mais bien pire, sous les coups de feu et les bombes qui menacent des vies à chaque moment. Danger est le maître mot de leurs journées, que ce soit chez eux ou à l’extérieur ; les habitants n’ont pas de répit. 

Daesh, Bachar Al Assad, les rebelles, le Front Al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda) ainsi que les Kurdes ont tous des intérêts différents à défendre et tiennent donc, par leur violence, la population en otage 24h sur 24. Chaque génération et tranche d’âge est touchée ; les enfants sont les premières victimes, pas le temps d’avoir une enfance digne de ce nom, pas de temps pour l’insouciance. Pendant que dans le monde, certains enfants jouent aux petits soldats, les petits Syriens connaissent la réalité et la terreur d’une vraie guerre. « On a rencontré une fille de 16 ans, elle étendait le linge sur le toit de sa maison lorsqu’un obus est tombé ; elle a perdu sa mère, sa sœur, sa nièce, mais aussi sa jambe » me raconte Laurent. « Aujourd’hui elle est contente de sa nouvelle jambe artificielle que nous lui avons offerte » ajoute-t-elle. Il faut se rendre compte du travail effectué par ce genre d’organisme, dont les membres mettent en péril leur vie pour aider les plus démunis. Un enfant ne peut se construire si on lui vole ce qui l’accompagne tout au long de son existence : sa famille.

Certains enfants s’en sortent sans problème : ceux de familles aisées qui quittent la Syrie afin de poursuivre leurs études dans de bonnes conditions. Ils sont les seuls à partir et retrouver une vie paisible. Les citadins s’en sortent mais vont en classe la boule au ventre, sur le chemin mais aussi une fois en cours, de peur qu’un obus tombe sur leur établissement, « comme il y en a eu ici ou ailleurs et qui ont emporté la vie d’autres enfants pendant ces cinq dernières années ». Les autres n’ont pas la moindre chance. Obligées de fuir leurs habitations, toutes les familles ne rejoignent pas l’Europe. Elles atteignent des pays voisins ou restent à proximité, réfugiées, parfois même à l’intérieur de la Syrie. Ces personnes vivent dans des camps, plus ou moins organisés, équipés ou non d’école, « leur éducation est sporadique, discontinue ou inexistante ».

« Certains sont contraints de travailler pour subsister aux besoins de leurs familles, le sort de certaines filles est malheureusement encore plus triste car elles sont obligées de se marier très jeunes pour ne plus être une charge pour la famille ». Si la guerre ne suffisait pas, les filles peuvent être forcées de quitter leur famille, et débuter une vie qu’elles n’ont en aucun cas choisie. Enlevées par des personnes malintentionnées, ces dernières n’ont pas pour objectif de leur offrir une vie de rêve. Ce témoignage poignant de Laurent a pu me faire comprendre la complexité du monde qui entoure un jeune Syrien. Il ne vit pas, il survit.

Les enfants n’ont pas seulement une vie miséreuse, ils sont délaissés et souvent avec « des séquelles de différents degrés de gravité ». Pertes de proches, victimes des éclats d’obus, les enfants sont touchés psychologiquement mais aussi physiquement. L’association rencontrée m’a raconté comment ils aident les sinistrés de toutes ces horreurs. La nourriture, l’eau potable, les médecins, l’hygiène, l’apport scolaire, tout est rondement mené pour que les Syriens retrouvent une vie un minimum décente ou puissent démarrer un nouveau cycle plus confortable, même si confort reste un mot encore bien fort. L’humanitaire est une cause juste et qui force le respect, au vu des risques encourus par les personnes investies dans des projets qui peuvent présenter multiples difficultés de réalisation une fois installés sur les lieux. La paix est leur seul et unique but, apporter un peu de réconfort dans ce monde si brutal.