C’est beau Internet, tout est libre et on n’y paie pas grand-chose. On accède à tant de contenus, tant de partages et tant de services gratuits. C’est même tellement beau qu’on s’est tous fait berner…

Internet, avant d’être un magnifique échange de liberté, est un lieu de monopoles où les plus grands groupes rachètent tout, même le superflu, pour rester en pole position. Et s’il y a bien une chose qu’ils sont prêts à racheter à prix d’or, ce sont nos données personnelles. Vous savez, toutes ces informations qu’on accepte de céder en échange d’un accès à un moteur de recherche, un réseau social ou une application mobile. Elles ne flottent pas dans des limbes obscurs, elles appartiennent à quelqu’un. Nous avons produit ces données et nous les avons… données, en échange d’une aumône, à savoir l’accès à quelques services « gratuits ». Quelle ironie.

Mais le pire est à venir. Demain ces données seront utilisées par des compagnies d’assurance, qui nous les revendront sous forme de primes pour mieux contrôler notre santé, notre éducation, et pour vérifier que nous sommes bien aux normes de notre société. Cette société qu’ils définiront eux-mêmes. Cette machine va nous soumettre à un pouvoir qui va définir un modèle de réussite. Celui qui n’obéira pas à ces normes ne sera plus assuré. Et, non, ce n’est pas de la paranoïa, ça a déjà commencé, en douceur. Comme le rapporte le site d’infos BastaMag : « la société d’assurance John Hankock propose à ses clients des bracelets connectés, des capteurs d’activité développés par la société états-unienne Fitbit. S’ils atteignent un niveau d’exercices physiques stipulés dans le contrat, le client bénéficie alors d’une série d’avantages, comme des bons cadeaux chez Amazon, des réductions sur des nuits d’hôtels ou des remboursements d’abonnement à des salles de sport. »

On se donne aujourd’hui pour se faire vendre demain. C’est la jouissance de l’esclavage, la servitude volontaire que décrivait Etienne de la Boétie en 1576 : le peuple se soumet de lui-même, ce n’est pas le tyran qui lui prend sa liberté.

La dictature de demain commencera par l’alliance entre les agrégateurs de données et les compagnies d’assurance. Pour ne pas en arriver là, il faut des normes de droit pour se réapproprier nos données, et ces normes devront être décidées démocratiquement, pas par une cour d’arbitrage. Elles sont indispensables au libre marché pour ne pas qu’il laisse la place au commerce illégal et criminel. Nous n’en sommes pas loin. Protéger un tiers contre une prime, n’est-ce pas si étranger du racket ?

Les nouvelles technologies doivent être à notre service, et pas à celui d’un système qui nous dira ce qu’on peut consommer ou pas. L’innovation doit nous aider à nous dépasser, à être au service d’un monde meilleur. Il faut la penser sur le long terme.