Anne Roumanoff revient avec son spectacle « Aimons nous les uns les autres » qu’elle rejoue depuis le 26 juillet à l’Alhambra devant une foule acquise sa cause.

Pourquoi avoir choisir le thème de l’amour pour ce nouveau spectacle ? 

Et bien, parce que je me suis aperçue que le fil conducteur du spectacle finalement c’était la difficulté à aimer et puis, par les temps qui courent, c’est un message un peu positif. Je me doute bien que ce n’est pas avec le titre du spectacle que les gens vont se mettre à s’aimer tout d’un coup, mais tant qu’à faire on est dans la merde alors autant s’aimer plutôt que se détruire.

Ce spectacle, comment l’avez-vous préparé ?

Ça a été très long. Ça prend beaucoup de temps de préparer un spectacle comme ça. C’est d’abord un travail d’écriture, de mise au point. On cherche une idée avec tel personnage après on écrit, on raye, on rature. Ensuite on le joue en public, on regarde les gens s’ils rient ou pas, on raye, on recommence… Ce spectacle, je l’ai d’abord créé pour pouvoir le jouer à l’Olympia le 2 février 2015 ensuite je l’ai joué au théâtre de l’Alhambra pendant 6 mois pour après l’emmener pendant 6 mois en tournée. Et là je refais une nouvelle version avec plein de sketchs nouveaux. Mais c’est ça qui est agréable quand on joue longtemps un spectacle, c’est de pouvoir approfondir les personnages et les textes donc je pense qu’il est plus abouti… enfin c’est ce que tout le monde me dit, que c’est vraiment mon meilleur spectacle.

C’est un aboutissement ?

Oui, je le crois.

Qu’est ce qui a changé par rapport à vos précédents spectacles ?

Tout à changé ! La manière de faire de l’humour à changé, la société à changé, moi j’ai changé ! L’humoriste tend un miroir à la société donc quand la société change l’humour change aussi. Il est devenu plus efficace qu’avant, il s’est professionnalisé. D’autant qu’il y a beaucoup plus d’humoristes qu’avant, le niveau est meilleur et donc, il y a plus de compétition mais c’est une bonne chose, ça stimule !

Après tant de spectacles, d’où tirez vous votre inspiration, toutes ces anecdotes, ces sketchs ?

De tout ! De la vie quotidienne, de ce qui m’arrive, de mes amis, de ce que je lis sur internet, de ce que je ressens. Ce sont des expériences vécues qui, assemblées forment un tout, un ensemble. A chaque fois, je change, je le fais évoluer, je le fais vivre en fonction de l’actu, en fonction de ce qu’il se passe de ce que je ressens de la société, il change tout le temps.

C’est essentiel de parler aux gens de ce qu’ils connaissent, de leur propre quotidien ?

Oui. Je trouve que c’est ça qui est intéressant et ça m’intéresse beaucoup de parler aux gens d’eux. Je pioche dans mon expérience les anecdotes, les histoires qui j’estime peuvent toucher les gens.

Comme le sketch de la mairie dans lequel vous expliquez que vos papiers d’identité ont été détruits ?

(Rire) Oui, ça m’est vraiment arrivé. On m’a détruit mes papiers. Toutes les cartes d’identité de la famille étaient prêtes sauf la mienne et quand je suis revenue 3 semaines, 1 mois après, ils l’avaient détruite… ça ma tellement dégouté j’étais hystérique. (Rire) Et j’ai décidé d’en faire un sketch.

La politique aussi c’est un thème important ? Est-ce que c’est un exercice délicat que de faire rire avec nos politiques ? 

Oui c’est délicat mais de toute façon, en ce moment tout est délicat. Mais le fait que ce soit compliqué ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer de le faire. Comme par exemple ce sketch sur le front national il était compliqué à faire mais je suis contente d’y être arrivée même si c’était beaucoup de travail.

Le sketch doit être visible par des gens du FN sans que ça les heurte. C’est facile de dire c’est des cons c’est des fachaux et de leur cracher à la gueule mais ça ne résous rien. Alors là, de montrer une femme sympathique qui est militante front nationale qui a des petits défauts et qui après, tombe amoureuse d’un tunisien, je trouvais ça plus intéressant. De cette façon je fais rentrer les gens dans son mode de penser, dans son sketch, dans sa manière de voir les choses. Je trouvais ça plus intéressant comme approche, ce n’est pas frontal. Quand y a 30 à 40% des gens qui votent pour un truc on ne peut pas seulement dire « c’est de la merde » il faut essayer de comprendre pourquoi et comment on en est arrivé là et ce, par le biais de son personnage, tout en faisant quand même passer des messages.

Vous essayez de toucher à tous les partis ?

Oui c’est important je trouve. J’essaye d’équilibrer même si on attaque toujours forcément plus le parti au pouvoir parce que c’est justement, le parti au pouvoir.

Est-ce que c’est le rôle des humoristes de faire passer un message ?

D’abord le rôle des humoristes c’est de faire rire, les gens payent pour ça. Après une fois que les gens ont ri j’aime bien qu’il y ait un peu de sens aux choses, que les sketchs aillent quelque part sans tomber dans l’excès, il n’y a pas forcément un message dans chaque sketch. Pour certains il n’y en a pas et ce sont juste une description de la réalité ou d’un point de vue sur les choses. Il n’y en a pas partout sinon ça serait fatigant mais j’essaye au moins de disséminer un point de vue en tout cas.

Les attentats, comment on les aborde quand on est humoriste ?

Je pense que c’est important d’en parler mais surtout à un moment où les gens ne s’y attendent pas c’est à dire quand qu’ils sont en train de rirent et tac d’un coup il y a 3 secondes d’émotion, voilà.

Vous pensez qu’on peut en rire ?

Je pense qu’on ne peut pas rire des attentats mais on peut rire de ce qu’il y a autour, d’Estrosi qui croit qu’il est encore maire de Nice ou de la déchéance de la nationalité. Il y a des choses risibles mais ça ne veut pas dire que c’est drôle même si c’est risible, ce n’est pas la même chose.

Je pense que les choses sont tellement horribles que ça fait du bien aux gens d’en rire quelque soit la manière mais chaque humoriste traite ça avec sa propre sensibilité.

Quel bilan pour la dame en rouge ? 

(Rire). Et bien un bon bilan, ce n’est pas si mal je trouve, non ? Ça fait déjà presque 30 ans de carrière. Je me dis que ce n’est déjà pas si mal d’être arrivée jusque-là mais je pense surtout à ce qui va arriver, dans l’avenir. J’ai plusieurs projets. D’abord il y a mon émission sur Europe 1 à la rentrée. J’adore faire de la radio ! J’en ai fait pendant 5 ans pendant lesquels j’avais une heure et demie par semaine et là on ma proposé une demi heure par jours donc je suis heureuse. Je vais avoir toute une bande de chroniqueurs autour de moi. On va faire de l’humour sur l’actu tous les jours avec quelque chose d’assez rythmé.

Mais j’aimerais aussi écrire plus, peut-être écrire un scénario…

Et actrice ?

Peut être… Mais je n’attends pas après ça.

C’est difficile de mener une carrière comme la votre, dans une profession qui reste majoritairement masculine ?

Vous savez, j’ai remarqué que, moi, quand il m’arrive des choses c’est toujours moi qui suis à l’initiative. Je dois faire les choses moi-même. D’Ailleurs c’est beaucoup de chose une carrière, c’est de l’intelligence, c’est du talent, c’est être aimé du public. C’est de la compréhension, c’est réussir à sentir les évolutions mais c’est aussi être fiable, être à l’heure, être sympa avec les médias. Il y a beaucoup de chose à faire et pour avoir une carrière qui dure longtemps il y a aussi beaucoup de choses à sentir.

En ce qui concerne les femmes dans le métier, je ne suis pas tellement d’accord avec cette appellation d’humoriste féminine. C’est comme si on parlait d’une sous catégorie de l’humour. Il y a 50% d’hommes, 50% de femmes sur terre donc il n’y a pas d’humoristes féminines il n’y a que des femmes qui font de l’humour.

Je trouve qu’il y a de plus en plus de femmes qui osent faire des choses et c’est bien mais après ça reste limité et aux festivals d’humour il y a encore souvent ¾ de mecs pour ¼ de femmes. J’ai même déjà entendu des organisateurs dirent « ah bah on a déjà une femme ça suffit » Pourquoi on entend ça ? on ne dit pas : « y a déjà un mec ça suffit ». Il y a encore beaucoup de choses à faire pour faire évoluer les mentalités.