Nous avons, pour la plupart, la fâcheuse tendance à agir dans le vide. C’est un constat terrible, décourageant et accablant. Comme si la vie et la destinée humaine n’étaient qu’un simple fruit du hasard. Et pourtant nous avons besoin d’une foi, d’un idéal, d’une espérance à laquelle s’accrocher. Nous voulons trouver un sens à l’existence, car vivre pour vivre ne suffit pas.   

Mais quel sens trouver ? A cette question, nous avons tous fait l’erreur de répondre par des critères. Nous avons érigé la réussite en but suprême de nos efforts ; Il faut devenir, il faut posséder, il faut afficher et brandir les trophées du succès.

Cela ne marche pas. Aucun progrès, aucune richesse, science ou technique ne nous a jamais contenté, et ne nous contentera jamais. Ils ne sont qu’accessoires et ne doivent pas être une fin pour l’homme. Ils ne sont en réalité qu’un moyen pour accomplir cette mission que nous sommes tous en train d’oublier : vivre en paix, et vivre libres.

Il n’est pas bon pour autant de blâmer quiconque d’être égoïste et de n’agir pour aucune cause humaine. Comment en vouloir à quelqu’un de désirer ce que tout le monde semble désirer, et de mimer des modèles, des leaders, pour obtenir ce morceau de bonheur convoité ? Nous avons appris, sans savoir comment ni pourquoi, à vivre pour réussir. Réussir quoi, réussir comment ? Nous l’ignorons mais nous le voulons.

Il est pénible de reconnaître le monde tel qu’il est, et plaisant de le rêver tel qu’on le souhaite. Nous sommes tous aliénés à la tentation vénale de réussir seuls et d’être aimés en retour pour le fruit de cette réussite. Nous sommes guidés par la peur de l’échec plus que par l’amour de la vie et de ceux qui la composent. Et en ce sens, nous alimentons cette boucle infernale qui consiste à détourner les âmes de l’apaisement, celui qui permet à chacun d’accomplir son destin et de devenir soi.

« Que le tentateur ne méprise pas le faible », écrivait Alfred de Musset dans Lorenzaccio. Qu’il ne le méprise pas car il est lui-même faible de jouer ce jeu. Nous devons tous nous rappeler que ce monde nous appartient et qu’il convient d’y vivre bien. Nous devons chacun, selon nos moyens, œuvrer pour la paix totale car elle est le véritable sens de notre existence, notre hygiène de conscience.