Depuis des décennies, les contrats de sportifs, en particulier ceux des footballeurs, nous rappellent à quel point le sport professionnel est un monde à part.

Place au CDI

Heinz Müller. Ce nom ne vous dit peut-être rien. Gardien de but à Mayence, il n’aura pas réussi à se faire un nom dans le football à l’instar de ses homonymes Gerd, Dieter ou Thomas. Pourtant l’allemand est en plein cœur d’une affaire qui pourrait bien changer la réglementation des contrats de joueurs à tout jamais. En 2009, Heinz quitte l’Angleterre et Barnsley pour signer à Mayence, fraîchement promu dans l’élite allemande. La ville est située à cinquante kilomètres de Francfort, lieu de naissance du footballeur. Un retour aux sources en somme qui va vite tourner au cauchemar. Après une première saison aboutie (trente matchs en tant que titulaire), les cinq années qui suivront s’avèreront plus délicates. En juin 2014, le club allemand décide de ne pas lui proposer de prolongation de contrat, ce dernier venant d’arriver à terme. Le portier alors âgé de trente-six ans ne l’entend pas de cette oreille et attaque son employeur devant le tribunal du travail allemand. En effet selon la législation, un employé peut demander la requalification de son contrat en CDI après avoir passé plus de deux ans dans la même entreprise. Résultat : le club et son président Harald Strutz sont condamnés à conserver Heinz Müller dans leur effectif. Mayence fait naturellement appel et en février dernier, la justice fait machine arrière et reconnaît la spécificité du contrat de travail du sportif. Le gardien allemand ne perd pas espoir et compte toujours faire valoir son droit de pouvoir disposer d’un contrat à durée déterminée. Au-delà de cette affaire qui paraît anecdotique à l’heure qu’il est, ce cas pourrait à terme faire jurisprudence au moins à l’échelle du sport allemand.

Un modèle financier à revoir ?

«Les sportifs doivent être considérés comme tous les autres travailleurs et ont donc droit, après deux années de travail, à un contrat à durée indéterminée», déclarait en première instance Ruth Lippa, le juge du travail. Une phrase anodine qui pose énormément de questions si la décision en appel tourne en la faveur du joueur. Le mercato devenant chaque année de plus en plus onéreux, les clubs aux budgets restreints ont besoin de liquidités. Si les joueurs dans le cas d’Heinz Müller peuvent jouir à l’avenir d’un CDI, ils deviendront automatiquement intransférables. Il faudrait alors que le départ soit acté dans un premier temps par le joueur lui-même avant que le club décide de fixer son prix de départ et de négocier avec d’autres équipes. Les rôles seraient donc inversés et les rentrées financières pour les clubs seraient encore plus difficiles à prévoir. Mais pas de panique selon Sylvain Kastendeuch, vice-président de l’UNFP, interrogé à l’époque par le magazine So Foot, et qui précise le caractère exceptionnel de l’affaire : « Il faudrait qu’un sportif saisisse les tribunaux ailleurs… De là à voir ça, il y a du chemin, mais il faut anticiper et puis essayer d’analyser tout ça et on va le faire. Je ne suis pas inquiet, mais il y a une petite brèche quelque part   ». Une brèche qui s’est déjà ouverte il y a deux ans, et que Mayence aimerait bien refermer au plus vite.

Les clauses, vraie foire aux caprices

Si le football mondial suivra à coup sûr le dénouement de cette affaire, ce n’est pas la première fois que le ballon rond fait parler de lui, ou plutôt de ses contrats. Il faut dire que les clubs redoublent d’effort pour convaincre un joueur de porter leur maillot, quitte à accepter tout,  et parfois n’importe quoi. Entre la clause « jet privé » de Samuel Eto’o lors de sa signature à l’Anzhi Makhatchkala, ou à l’inverse la clause « refus d’embarquer » de Denis Bergkamp, phobique de l’avion, les joueurs profitent de plus en plus de cette particularité contractuelle pour assouvir n’importe quel caprice. Pourtant, les clauses étaient à la base créées pour protéger les clubs, au point eux aussi de frôler le ridicule. Le club anglais de Sunderland, en 1999, avait notamment fait parler de lui pour une histoire de clause interdisant le milieu de terrain suédois Stefan Schwarz d’aller dans l’espace. En effet, le joueur alors âgé de 30 avait clamé son souhait d’aller tutoyer les étoiles un fois que les vols commerciaux seraient mis en place. Quoi qu’il en soit, pour ce qui est de « l’affaire Müller », une chose est sûre, à la fin ce sont encore les allemands qui gagneront.