La thématique est loin d’être une priorité du débat politique actuel, et tout porte à croire que ce n’est pas près de changer.

La primaire de la droite est terminée. François Fillon sera bien le représentant des Républicains pour l’élection présidentielle. Le « Thatcher français » aura convaincu un peu plus de 2 millions de Français de le choisir comme le candidat de l’alternance en mai prochain. Les principaux sujets qu’il aura mis en avant durant sa campagne portent essentiellement sur les préoccupations économiques et sociales : la suppression de 500 000 fonctionnaires, des allocations chômage dégressives… Des mesures qui ont pour but selon lui de remettre à flot la France. Mais outre ces propositions, qu’en est-il de la culture ? 

Précarité et gros sous

Et oui, la culture. Celle qui a fait d’André Malraux et de Jack Lang des ministres dont les noms ont traversé les époques et les mémoires. Comment expliquer dans quelques décennies que les résidents de la rue de Valois de notre génération ne nous ont pas marqués, au point même d’oublier leurs noms ? Malgré tout le respect qu’impose la fonction, ne pas se souvenir des passages de Renaud Donnedieu de Vabres ou de Jean-Jacques Aillagon fait partie des signes d’une culture totalement délaissée par la politique. Il suffit de s’arrêter sur les programmes des principaux candidats à l’élection présidentielle pour se rendre compte que la priorité est aujourd’hui ailleurs. Pour reprendre l’exemple de François Fillon, l’action autour de la culture se développe dans ses propositions autour des outils numériques et en particulier internet. Le reste ne concerne qu’initiatives autour d’institutions déjà existantes et la participation des citoyens à des projets culturels. Des idées qui ne respirent pas l’innovation et qui sont portées par le prisme du secteur privé que l’ancien Premier Ministre veut solliciter comme principal financeur.

Une démarche de gestion et non d’innovation qui marque bien l’entrée de la politique culturelle dans une logique bureaucratique. Une preuve s’il en fallait une : depuis Jack Lang (de 1988 à 1993), pas un seul Ministre de la Culture n’a exercé ses fonctions plus de 2 ans. Une instabilité qui, à leur décharge, ne permet pas de mener de grandes réformes dans un laps de temps aussi court.

Est-ce que tout ça n’est alors qu’une simple histoire de gros sous? En temps de crise, il conviendrait de croire que les restrictions budgétaires s’imposent dans de nombreux secteurs, et notamment ceux où il n’y a pas « urgence ». Pourtant, le budget de l’État en 2017 comprend une enveloppe de 7 milliards d’euros, soit un peu plus d’1% des fonds alloués l’année prochaine, dédiée à la culture. La Ministre, Audrey Azoulay, se félicitait d’ailleurs de ce chiffre « historique ». Un symbole plus qu’un réel apport puisqu’à l’époque de Malraux, le pourcentage du budget consacré à la culture n’excédait pas les 0,5%.

L’artiste au cœur des projets

Plus qu’une histoire de gros sous c’est surtout une question de volonté qui se pose. Une sonnette d’alarme tirée par l’essayiste américain Donald Morrison et l’historien Antoine Compagnon, depuis 2007, dans un ouvrage intitulé Que reste-t-il de la culture française ?. Un titre provocateur pour un constat qui l’est tout autant : la France décline culturellement du fait de la posture « subventionniste » prise par l’État.

Une théorie bien pessimiste pour une culture malmenée par une réalité budgétaire, alors que les artistes, eux, sont bel et bien là. Les exemples de Françaises et Français, et ce quel que soit leur domaine de prédilection, s’exportant loin de nos frontières sont encore nombreux. Le fait est que ces derniers semblent être persona non grata dès que leur notoriété dépasse notre pays. Le mandat avorté de Benjamin Millepied en tant que directeur de la danse à l’Opéra de Paris, car jugé trop réformateur, résume bien la place des artistes dans le paysage culturel français. De même que le fait que les Ministres de la Culture soient plus souvent des énarques que des artistes.

D’ailleurs, en parlant d’énarque, il ne manque plus que le candidat du Parti Socialiste soit désigné en janvier et la dernière ligne droite de l’élection présidentielle arrivera à grands pas. Parmi ceux qui se sont déjà déclarés candidats, on retrouve Arnaud Montebourg et Benoit Hamon. Aucun des deux n’a encore exprimé ses idées autour de cette thématique. Espérons que le débat politique s’y intéressera un minimum pour refaire de la culture, à terme, le plus court chemin de l’homme à l’homme, dixit un certain Malraux…