Peu de temps après les commémorations des attentats de Charlie Hebdo, après ceux, douloureux, du 13 novembre, le traitement humain d’un attentat par les journalistes –dans un contexte où le hard news le rend pernicieux-, pose question.

Attentat, n.m : Atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation, acte de violence de nature à mettre en péril les institutions de la République ou l’intégrité du territoire national.

Journaliste, n.m, n.f : Est celui dont le métier est d’informer à travers un média, presse écrite, radio, télévision. Son travail consiste à collecter, vérifier, sélectionner, synthétiser et commenter des faits pour les présenter au public.

Le devoir d’informer et la liberté d’expression sont les fondements même de toute société démocratique. La France a connu en 2016 plusieurs attentats sur son sol, comme quelque chose d’inédit, que les journalistes ont du in fine traiter, comme toute autre information majeure. Néanmoins, la course effrénée à l’information et au sensationnalisme a pris le pas sur la logique journalistique, et nous avons vu les médias sombrer en direct.

Le 15 janvier 2015, le gendarme de l’audiovisuel, le CSA, a convoqué télévisions et radios afin de les avertir sur leur –mauvais- traitement des attentats. Un appel à la prudence avait été donné, notamment à cause du non-respect des impératifs de sécurité. La liste serait bien longue à énumérer, mais on peut toutefois se rappeler de l’accusation largement fondée à l’encontre de BFMTV, annonçant en direct que des personnes se trouvaient cachées dans une chambre froide au sous-sol de l’Hyper Cacher.

La victoire du « journalisme jaune »

Il y a déjà un bon nombre d’années que les médias ont développé des stratégies de développement de programmes de type hard news afin d’attirer un maximum d’audience. Il est donc peu étonnant que des chaînes d’info en continu se laissent aller au sensationnalisme, appelé dans le milieu « journalisme jaune » et diffusent des images, des vidéos ou encore des témoignages de victimes sans aucun filtre. Sous la pression du direct, on cherche un proche, une victime encore sonnée qu’on doit absolument interviewer afin de combler le manque cruel d’images. Mais la course aux images chocs a même touché France Télévisions, TF1 ainsi que des journaux mythiques comme Libération ou Le Point, avec sa une dégoûtante montrant la photo du policier à terre avant de se faire abattre par les terroristes de Charlie Hebdo.

La déontologie a laissé sa place à la logique de « mass-médiatisation », largement insufflée par Internet et les réseaux sociaux, qui, pour le coup, ont largement pris part au grand n’importe quoi ambiant. Sans aucune analyse ni aucun recul, comme si tous les journalistes de France avaient décidé de laisser leurs cerveaux blessés et choqués au bureau, la montée crescendo du malsain s’est organisée.

Des situations exceptionnelles

Le temps médiatique a souvent du mal à s’accorder avec le policier, spécialement lors d’un moment de crise ou d’une situation exceptionnelle, qui sort de l’ordinaire. Le droit d’informer de la presse se heurte ainsi à la volonté de discrétion des forces de l’ordre, mais n’excuse en rien les dysfonctionnements majeurs dont les journalistes et les rédactions sont coupables.

Balloté entre ressentis personnels et réflexes professionnels, le métier de journaliste peut devenir difficile à exercer en direct, surtout lorsque l’on évolue habituellement loin des zones de conflits. Des reporters de guerre ou photojournalistes, habitués aux terrains de guerre ont facilement avoué que ces attentats sur le sol français avait une portée différente en étant français et journaliste, à l’instar de Patrick Chauvel, qui avoue volontiers à Télérama : « J’ai du mal à me contenter d’être photographe. Etant aussi Français et citoyen, habitant moi-même à Belleville, je voudrais pouvoir agir, et je suis très en colère […] C’est également très étrange de retrouver, dans la ville, tous les photographes de guerre que l’on ne croise jamais d’habitude à Paris, équipés comme s’ils étaient en reportage en Libye.»

Sans tomber dans le pessimisme, il est probable que les français vivent à nouveau un attentat. Il est alors essentiel que les journalistes soient préparés professionnellement et psychologiquement à ce type d’évènement, afin d’être les fossoyeurs de la déontologie journalistique.