Les dernières frappes de l’armée américaine contre la base syrienne de Shayrat constituent une grave atteinte au droit international et au processus de paix dans le pays. De nouvelles attaques pourraient suivre par la coalition, il est urgent de s’y opposer. A moins de ne pas vouloir retenir les leçons du passé.

Les faits. Jeudi 6 avril, Donald Trump décide finalement de passer à l’attaque contre le régime syrien et lance 59 missiles sur la base de Shayrat, en réaction au raid aérien lancé sur Khan Cheikhoun deux jours plus tôt, que la Maison Blanche impute directement au pouvoir de Bachar al-Assad. Ce raid a fait 86 morts, au moins, dont 27 enfants et plus de 160 blessés dans cette petite ville de la province d’Idleb, contrôlée par les rebelles et jihadistes. Il est qualifié d’attaque chimique par deux sources uniquement, qui accusent également Damas d’être à l’origine de l’attaque : l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme (OSDH), et l’organisation des Casques blancs. Deux sources peu fiables, à l’indépendance jugée douteuse à plusieurs reprises.

Article Le Figaro

L’OSDH, tenu par un opposant au régime, a été jugé en 2013 comme l’une des sources les moins partiales par l’Agence France-Presse. L’organisation des Casques blancs (financée à 23 millions de dollars par le gouvernement américain via USAID, 20 millions de livres de gouvernement britannique, et 4 millions d’euros par le gouvernement hollandais) est quant à elle suspectée de fabriquer de fausses images et vidéos pour mettre en scène leur action sur le terrain.

Article Huffington Post

Les questions. A la veille de nouvelles négociations de paix, après les derniers pourparlers de Genève en mars, et peu de temps après que la Maison Blanche déclare ne pas s’ingérer au conflit, pourquoi Bachar al-Assad lancerait-il soudain une attaque contre son peuple, qui plus est à l’aide de gaz chimique, suffisamment sanglante et spectaculaire pour se mettre à dos la quasi-totalité de la communauté internationale ?

Pourquoi cet empressement à intervenir militairement, avant même d’obtenir des preuves solides et fiables ? En 2013, après le massacre à l’arme chimique à Damas, provoquant 1845 morts et presque 10 000 blessés, les Nations Unies n’avaient pas réussi à prouver la responsabilité du régime. Une étude de la très reconnue Massachussetts Institue of Technology (MIT) concluait même que les frappes avaient été perpétrées depuis une zone rebelle.

Article Le Point

Pourquoi contourner le droit international et la constitution américaine ? Ce scénario nous rappelle les débuts de la seconde Guerre du Golfe, et les fausses allégations portées à l’encontre de Saddam Hussein, et sa supposée possession d’armes de destruction massive.

Le contexte. La Syrie est actuellement l’épicentre d’un possible basculement politique du Moyen-Orient. Le pays, gouverné par des Alaouites, branche du Chiisme, est en proie au retour des Sunnites. Un grand danger pour la Russie, soutien militaire au régime d’al-Assad, qui verrait se fermer la route allant du port de Tartous, au Nord, à Bagdad et Téhéran, jusqu’au Golfe Persique, et mettre directement à mal ses intérêts dans la région. En intégrant le conflit, la Russie saisit également l’occasion en or d’affaiblir les monarchies pétrolières du Moyen-Orient, notamment les Saoudiens, sunnites. Pour se faire, elle fait alliance avec les principaux pouvoirs chiites, à savoir l’Iran, le Hezbollah libanais et le nouveau gouvernement d’Irak. Avec cette alliance, le Kremlin et les régimes chiites peuvent mettre fin à la domination américaine au Moyen-Orient et faire tomber les monarchies sunnites en cas de victoire, permettant une hausse du prix du pétrole.

Un scénario impensable pour le camp de l’OTAN, qui a tout intérêt à ce que Bachar al-Assad quitte le pouvoir.

Ce qu’il risque de se passer. Le Sénat américain et la Maison Blanche vont probablement passer une résolution condamnant Bachar al-Assad pour cette attaque. On y devinera une autorisation d’user une fois de plus la force militaire. Cette résolution laissera probablement un ultimatum à Bachar al-Assad pour quitter le pouvoir avant d’éventuelles frappes, le même type d’ultimatum qui avait été laissé à Milosevic et Saddam Hussein à quelques jours de l’offensive finale. 

Ce qu’on peut faire. Bouger les pierres, faute de pouvoir déplacer les montagnes. Nous invitons les lecteurs à se mobiliser, à mener des actions collectives et se rassembler pacifiquement de type #handsoffsyria aux USA, pour demander la non-intervention de l’armée française dans le conflit syrien, en l’absence de preuves réelles accablant le régime de Damas.

Contrairement aux Anglais et aux Américains, le citoyen français n’a pas le privilège de pouvoir demander à ses députés de voter contre une intervention militaire. Sauf cas d’urgence, seul le Président, chef des armés, peut en décider. Commençons par lutter par l’information.